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1MĂ©thodologie Ăcrit 1 CAPEPSOuvrir les cours de mĂ©thodologieïŒ
CM1 MĂTHODOLOGIE
RepĂšres & MĂ©thodologie de lâĂcrit 1
Comprendre lâĂ©preuve · analyser un sujet · construire lâintroduction · annoncer ses parties · argumenter · conclure ïŒ
CAPEPS Ăcrit 1 : RepĂšres & MĂ©thodologie
Une dissertation portant sur l'histoire de l'EPS. Le candidat doit construire une problématique, 2 ou 3 parties argumentées et une ouverture en guise de conclusion.
Une thématique accompagnée d'une ou plusieurs questions. Le candidat doit construire une problématique, 2 ou 3 parties argumentées et une ouverture en guise de conclusion.
Les 3 items de lâĂcrit 1
1. Transmettre et adapter
Conduire une rĂ©flexion sur l'Ă©volution de la leçon d'EPS pour rĂ©pondre aux finalitĂ©s et mutations de l'Ăcole.
Prendre en compte les élÚves dans leur diversité et l'adéquation entre les contenus, les pratiques pédagogiques et les modalités d'évaluation. Concerne également l'association sportive, les sections sportives, l'enseignement de spécialité, etc.
2. Le geste et lâeffort
Interroger la dimension corporelle de l'éducation physique. Le geste renvoie à une approche esthétique, technique et biomécanique du corps.
L'effort est associé à l'implication et à l'engagement physique et psychologique des élÚves, individuellement ou avec d'autres.
3. Débats et controverses
Inscrire l'enseignement de l'EPS dans un « champ conceptuel » oĂč des acteurs proposent diffĂ©rentes visions de l'EPS : recherche scientifique, positionnement idĂ©ologique, engagement syndical, sphĂšre mĂ©dicale, monde sportif fĂ©dĂ©ral, etc.
Les analyseurs
Les analyseurs permettent de prĂ©senter diffĂ©rentes scĂšnes de lâEPS, de faire apparaĂźtre des nuances et des dĂ©calages, de caractĂ©riser une pĂ©riode et surtout de qualifier les mots clĂ©s du sujet.
1. Les pratiques / leçon réeelle
Ce que les enseignants proposent réellement sur le terrain.
- Pratiques innovantes (~10 %)
- Pratiques dominantes (~80 %)
- Pratiques régressives (~10 %)
- Diversité des élÚves : genre, origine sociale, niveau de pratique, besoins éducatifs particuliers.
2. Les conceptions / leçon conceptuelle
Les différentes maniÚres de penser l'EPS.
- conception du corps et de l'élÚve ;
- apprentissage et performance ;
- santé ;
- rĂŽle de l'enseignant ;
- finalités de l'EPS ;
- type d'élÚve que l'on cherche à former.
3. Les textes officiels / leçon institutionnelle
Ce que l'institution prescrit.
- instructions officielles ;
- programmes ;
- circulaires ;
- référentiels ;
- modalités d'évaluation.
La prise en compte de la diversitĂ© des Ă©lĂšves a constituĂ© un « indicateur pour identifier les meilleures productions ». Le jury invite notamment Ă considĂ©rer lâorigine sociale, le genre, le niveau de pratique et les besoins Ă©ducatifs particuliers.
Croiser le diachronique et le synchronique
Pour construire une vĂ©ritable dĂ©monstration historique, il faut articuler deux façons de lire lâhistoire de lâEPS.
Ătudier lâĂ©volution dans le temps.
- évolutions ;
- ruptures ;
- continuités ;
- permanences.
Analyser ce qui coexiste Ă une mĂȘme pĂ©riode.
- plusieurs conceptions ;
- plusieurs types de pratiques ;
- acteurs en désaccord ;
- tensions et controverses ;
- décalages entre textes, conceptions et pratiques.
Les productions de niveau 3 étudient les notions selon une approche « à la fois diachronique et synchronique ». Le jury valorise également la confrontation de plusieurs conceptions pour construire un processus « synchronique et non plus seulement diachronique ».
Croiser les analyseurs dans une mĂȘme partie
Lâobjectif nâest pas de faire trois blocs indĂ©pendants : Textes officiels â Conceptions â Pratiques. Il faut les mettre en relation au service du sujet.
Que prescrit lâinstitution ?
Quels acteurs défendent ou contestent cette orientation ?
Que font réellement les enseignants ?
Tous les Ă©lĂšves vivent-ils la mĂȘme EPS ?
Pourquoi ces évolutions apparaissent-elles à ce moment ?
Lire un sujet
Un sujet est toujours composé de plusieurs éléments. Avant de répondre, il faut le décortiquer méthodiquement.
Mots clés
Souvent deux grandes notions Ă mettre en relation. Elles doivent ĂȘtre qualifiĂ©es selon les pĂ©riodes. Chercher environ 3 Ă 5 mots ou expressions par pĂ©riode pour les caractĂ©riser.
Mot pivot
Permet de comprendre la relation à démontrer entre les mots clés : répondre, refléter, contribuer, favoriser, transformer, permettre, davantage, toujours...
Il peut ĂȘtre dĂ©clinĂ© selon lâintensitĂ© ou la temporalitĂ©.
Inducteur de questionnement
- Montrez que... â dĂ©montrer.
- Comment... â montrer formes et Ă©volutions.
- En quoi... â expliquer le lien.
- Dans quelle mesure... â mesurer et nuancer.
- A-t-elle davantage... ? â comparer.
Borne temporelle
Indique la période historique à analyser. Exemples : « Depuis la fin du XIXe siÚcle », « Depuis 1936 », « Depuis 1945 ».
Exemples dâanalyse de sujets
« Depuis la fin du XIXe siĂšcle, la performance a-t-elle Ă©tĂ©, en EPS, davantage un moyen quâune finalitĂ© ? »
- Mot clé 1 : PERFORMANCE
- Mot pivot : DAVANTAGE
- Mots clĂ©s 2 : MOYEN / FINALITĂ
- Borne : Depuis la fin du XIXe siĂšcle
- Inducteur : « A-t-elle été... ? »
« L'effort et la formation des élÚves en EPS depuis la fin du XIXe siÚcle. Comment la notion d'effort a-t-elle été appréhendée... ? En quoi cette évolution reflÚte-t-elle des conceptions différentes... ? »
- Mots clés : effort, formation des élÚves, conceptions
- Mot pivot : REFLĂTER
- Borne : Depuis la fin du XIXe siĂšcle
- Inducteurs : Comment...? / En quoi...?
Le bornage : comment découper son devoir ?
Une fois le sujet compris, il faut construire un bornage cohĂ©rent. On peut souvent retrouver une logique en 3 grandes pĂ©riodes. Les bornes ne doivent cependant jamais ĂȘtre utilisĂ©es mĂ©caniquement : elles doivent ĂȘtre justifiĂ©es par le sujet.
Dans chaque période :
- Comment est qualifié mon mot clé 1 ?
- Comment est qualifié mon mot clé 2 ?
- Quelle relation existe entre eux ?
- Comment cette relation évolue-t-elle ?
- Que montrent les pratiques ?
- Que montrent les conceptions ?
- Que montrent les textes officiels ?
- Quels décalages apparaissent ?
- Quelle diversité des élÚves faut-il prendre en compte ?
Ă toi de jouer
Pour chaque sujet ci-dessous, identifie :
Comment l'évolution des conceptions du geste et de l'effort a-t-elle participé à la construction de l'identité de l'EPS depuis la fin du XIXe siÚcle ?
Comment l'EPS obligatoire et le sport scolaire ont-ils pu représenter une ouverture culturelle pour les élÚves ?
Depuis la fin du XIXe siÚcle, comment l'évolution des techniques enseignées en éducation physique et sportive reflÚte-t-elle les conceptions du corps dans la société française ?
Comment faire un plan ?
Le 3 Ă 2
| Partie 1 | Partie 2 | Partie 3 | |
|---|---|---|---|
| Sous-partie 1 |
Pratiques dominantes Textes officiels Conceptions dominantes Contexte â THĂSE / MAJORITAIRE |
Pratiques dominantes Textes officiels Conceptions dominantes Contexte â THĂSE / MAJORITAIRE |
Pratiques dominantes Textes officiels Conceptions dominantes Contexte â THĂSE / MAJORITAIRE |
| Sous-partie 2 | Pratiques innovantes / minoritaires / rĂ©gressives Conceptions alternatives DiversitĂ© des Ă©lĂšves DĂ©calages prescription / terrain â NUANCE / MINORITAIRE â qualifie autrement les mots-clĂ©s et le mot pivot |
Pratiques innovantes / minoritaires / rĂ©gressives Conceptions alternatives DiversitĂ© des Ă©lĂšves DĂ©calages prescription / terrain â NUANCE / MINORITAIRE â qualifie autrement les mots-clĂ©s et le mot pivot |
Pratiques innovantes / minoritaires / rĂ©gressives Conceptions alternatives DiversitĂ© des Ă©lĂšves DĂ©calages prescription / terrain â NUANCE / MINORITAIRE â qualifie autrement les mots-clĂ©s et le mot pivot |
Le 3 Ă 3
| Partie 1 | Partie 2 | Partie 3 | |
|---|---|---|---|
| Sous-partie 1 |
EPS dominante Un analyseur fort ex. : textes officiels Qualification des mots-clĂ©s â THĂSE |
EPS dominante Un analyseur fort ex. : textes officiels Qualification des mots-clĂ©s â THĂSE |
EPS dominante Un analyseur fort ex. : textes officiels Qualification des mots-clĂ©s â THĂSE |
| Sous-partie 2 | Conceptions dominĂ©es / innovantes / rĂ©gressives / minoritaires â autre qualification des mots-clĂ©s et du mot pivot â parfois en avance sur les textes officiels |
Conceptions dominĂ©es / innovantes / rĂ©gressives / minoritaires â autre qualification des mots-clĂ©s et du mot pivot â parfois en avance sur les textes officiels |
Conceptions dominĂ©es / innovantes / rĂ©gressives / minoritaires â autre qualification des mots-clĂ©s et du mot pivot â parfois en avance sur les textes officiels |
| Sous-partie 3 |
Pratiques dominantes RĂ©alitĂ© du terrain DiversitĂ© des Ă©lĂšves Corps enseignant â renforce ou nuance la thĂšse |
Pratiques dominantes RĂ©alitĂ© du terrain DiversitĂ© des Ă©lĂšves Corps enseignant â renforce ou nuance la thĂšse |
Pratiques dominantes RĂ©alitĂ© du terrain DiversitĂ© des Ă©lĂšves Corps enseignant â renforce ou nuance la thĂšse |
La logique générale du plan
â THĂSE
â NUANCE / CONTROVERSE
â PRATIQUES / DĂCALAGES
Comment faire une accroche ?
Lâaccroche doit permettre dâentrer directement dans le sujet. Elle se construit en 4 temps, qui doivent sâenchaĂźner naturellement.
« Depuis 1936, lâĂ©ducation physique peut-elle ĂȘtre analysĂ©e comme une rĂ©ponse aux transformations des conceptions de la santĂ© et du bien-ĂȘtre dans les sociĂ©tĂ©s modernes ? »
Annoncer une citation
On commence par mobiliser une citation / une référence apprise / une connaissance d'actualité qui reprend un ou plusieurs mots-clés du sujet.
Expliciter la citation au regard du sujet
La citation ne doit jamais rester seule. Il faut expliquer ce quâelle permet de dire du sujet. Cela suppose de qualifier les mots-clĂ©s, le mot pivot et la relation entre eux.
â rĂ©ponse forte
â conception holistique
Nuancer
Il faut ensuite montrer que cette premiĂšre rĂ©ponse nâest ni totale ni Ă©vidente. La nuance doit elle aussi passer par une nouvelle qualification des termes du sujet.
â dâune rĂ©ponse forte Ă une rĂ©ponse plus partielle et discutable
â dâune conception holistique Ă une conception davantage corporelle et physique
Questionner
Les questions doivent dĂ©couler directement de lâopposition construite entre la premiĂšre rĂ©ponse et sa nuance.
Une référence liée au sujet
Qualifier mots-clés + mot pivot
Requalifier pour créer une tension
Transformer la tension en questions
Définir les termes du sujet
La dĂ©finition ne doit pas prendre la forme dâun catalogue de dĂ©finitions successives. Il sâagit dâidentifier le terme central du sujet, de le dĂ©finir de maniĂšre fonctionnelle, puis dâen prĂ©ciser les diffĂ©rentes acceptions utiles au traitement du sujet.
Le rapport du jury insiste sur la nécessité de définir puis articuler les notions-clés, tout en évitant le « florilÚge de définitions ».
La méthode
Partir du terme central : la performance
Ce que fait cette définition
Résultat · exploit · degré de réussite
Physique · athlétique · sportive · artistique
Dépassement de soi (« mieux ») · accomplissement (« bien »)
Relier progressivement les autres termes
2. Le définir, le caractériser et le catégoriser
3. Faire apparaßtre ses différentes acceptions
4. Relier progressivement les autres termes du sujet
Et le diachronique ? Le voilĂ , le bloc que tu peux tout le temps faire ;)
Juste aprĂšs la dĂ©finition des termes, il faut prĂ©voir un paragraphe de jeu des scĂšnes/analyseurs. Son objectif est de montrer trĂšs tĂŽt que la rĂ©ponse au sujet varie selon lâangle dâanalyse retenu.
Ce que lâinstitution prescrit.
Ce que défendent les acteurs et concepteurs.
Ce qui est effectivement mis en Ćuvre.
Dominantes · innovantes · régressives
Sexe · milieu social · niveau de pratique · ressources · besoins particuliers
Il faut faire comprendre dĂšs lâintroduction que la rĂ©ponse ne sera jamais uniforme : une mĂȘme pĂ©riode peut produire des rĂ©ponses diffĂ©rentes selon ce que lâon observe, les conceptions retenues, les pratiques Ă©tudiĂ©es et les Ă©lĂšves concernĂ©s.
Faire apparaĂźtre le diachronique
On commence par montrer que les termes du sujet évoluent dans le temps.
Complexifier avec les différents analyseurs
Montrer la diversitĂ© au sein dâune mĂȘme pĂ©riode
Intégrer la diversité des élÚves
Le paragraphe complet
Comment la réponse évolue-t-elle entre les périodes ?
Quelles rĂ©ponses diffĂ©rentes coexistent dans une mĂȘme pĂ©riode ?
La réponse est-elle identique pour tous ?
selon les périodes · les analyseurs · les pratiques · les élÚves
Construire le questionnement : une systématique reproductible
AprĂšs avoir dĂ©fini puis complexifiĂ© les termes du sujet, il faut faire Ă©merger des tensions. Pour ne pas perdre de temps le jour du concours, certaines formes de questionnement peuvent ĂȘtre rĂ©utilisĂ©es sur de nombreux sujets.
Renverser la relation entre les mots-clés
Le sujet propose gĂ©nĂ©ralement une relation dans un sens. Il faut se demander si cette relation peut Ă©galement fonctionner dans lâautre sens.
Mais inversement, le mot-clé 2 peut-il transformer le mot-clé 1 ?
On peut se demander : « La maniĂšre dont lâEPS dĂ©finit ses finalitĂ©s a-t-elle elle-mĂȘme transformĂ© la maniĂšre de concevoir et dâutiliser la performance ? »
Questionner lâintensitĂ© et la temporalitĂ© du mot pivot
Chaque sujet contient un mot pivot qui organise la relation entre les mots-clĂ©s : rĂ©pondre · reflĂ©ter · contribuer · accompagner · transformer · permettre · Ă©voluer · davantageâŠ
forte · faible · partielle · dominante · secondaire
constante · progressive · ponctuelle · tardive · précoce · décalée
⹠Le mot-clé 1 a-t-il toujours fortement influencé le mot-clé 2 ?
⹠Cette relation a-t-elle été constante ou variable selon les périodes ?
âą Les deux termes ont-ils Ă©voluĂ© au mĂȘme rythme ?
⹠Existe-t-il des décalages entre leurs évolutions ?
âą La performance a-t-elle toujours Ă©tĂ© davantage un moyen quâune finalitĂ© ?
⹠Cette prédominance du moyen a-t-elle été aussi forte à toutes les périodes ?
âą La performance a-t-elle pu ĂȘtre simultanĂ©ment moyen et finalitĂ©, mais dans des proportions diffĂ©rentes selon les pĂ©riodes ?
Questionner le singulier et le pluriel
Un terme prĂ©sentĂ© au singulier peut en rĂ©alitĂ© recouvrir plusieurs dimensions. Il faut donc se demander si la relation proposĂ©e par le sujet fonctionne de la mĂȘme maniĂšre pour chacune dâelles.
physique · athlétique · sportive · artistique · individuelle · collective · absolue · relative à soi
physiques · morales · sociales · culturelles · sanitaires
âą Toutes les formes de performance ont-elles Ă©tĂ© utilisĂ©es de la mĂȘme maniĂšre comme moyen ?
âą La performance a-t-elle servi avec la mĂȘme force toutes les finalitĂ©s de lâEPS ?
Questionner les freins et les limites
La relation entre les mots-clĂ©s nâest pas nĂ©cessairement positive ou linĂ©aire. Un terme peut aussi freiner, limiter ou contredire lâautre.
« La recherche de performance a-t-elle toujours servi les finalitĂ©s Ă©ducatives de lâEPS ou a-t-elle parfois constituĂ© un frein Ă certaines dâentre elles ? »
Peut-on renverser la relation ?
Avec quelle force ? Quand ?
Toutes les dimensions ?
Un terme limite-t-il lâautre ?
Construire la problématique : une méthode reproductible
La problĂ©matique ne doit pas simplement reformuler le sujet sous forme interrogative. Elle doit proposer une rĂ©ponse directrice et Ă©volutive, puis la prĂ©ciser, lâexpliquer et la nuancer.
Donner une réponse générale et qualifier la tendance.
Faire évoluer la qualification des mots-clés et du mot pivot.
Relier lâĂ©volution au contexte scolaire et sociĂ©tal.
Montrer que la relation varie selon les pratiques, acteurs et élÚves.
1. Caractériser les concepts et annoncer la tendance évolutive
Il faut commencer par proposer une idĂ©e forte sur lâĂ©volution de la relation entre les mots-clĂ©s. Les termes du sujet doivent ĂȘtre qualifiĂ©s, et le mot pivot doit lui aussi ĂȘtre caractĂ©risĂ©.
pratiques autoritaires / normatives / transmissives â davantage centrĂ©es sur lâactivitĂ© et la diversitĂ© des Ă©lĂšves
â Ă©volution progressive, et non rupture brutale
2. Reformuler et préciser
Il faut ensuite prĂ©ciser la premiĂšre rĂ©ponse afin dâĂ©viter un raisonnement trop binaire du type : « avant câĂ©tait comme ça â maintenant câest lâinverse ».
3. Relier au contexte scolaire et sociétal
Il faut ensuite expliquer pourquoi cette Ă©volution se produit : transformations de lâĂcole, attentes sociales, politiques Ă©ducatives, conceptions de lâindividu, Ă©volutions scientifiques et culturelles.
4. Nuancer avec la diversité des pratiques et des acteurs
La tendance gĂ©nĂ©rale ne doit jamais ĂȘtre prĂ©sentĂ©e comme totalement homogĂšne. Dans une mĂȘme pĂ©riode peuvent coexister des pratiques dominantes, innovantes et rĂ©gressives.
rĂ©pondre â plus ou moins fortement · accompagner â plus ou moins rapidement · reflĂ©ter â fortement ou partiellement · Ă©voluer â Ă des rythmes diffĂ©rents
2. PRĂCISER â Comment les mots-clĂ©s et le mot pivot se transforment-ils ?
3. EXPLIQUER â Pourquoi cette Ă©volution se produit-elle ?
4. NUANCER â La relation est-elle identique selon les pĂ©riodes, pratiques, acteurs et Ă©lĂšves ?
santĂ©/bien-ĂȘtre corporels et physiques â holistiques â diversement pris en compte selon les pratiques et les Ă©lĂšves
Comment faire une annonce de partie ?
Une annonce de partie ne consiste pas simplement à annoncer une période et son contenu. Elle doit déjà constituer une réponse argumentée au sujet.
Borner la partie et justifier les dates
Il faut commencer par annoncer les bornes chronologiques de la partie. Mais une date ne doit jamais ĂȘtre choisie au hasard : elle doit ĂȘtre justifiĂ©e au regard du sujet.
RĂ©pondre au sujet dĂšs lâannonce de partie
Lâannonce doit proposer une rĂ©ponse claire pour la pĂ©riode concernĂ©e. Il faut donc reprendre le mot pivot et les mots-clĂ©s, puis les qualifier.
â FORTEMENT
progrÚs · performance · efficacité · rayonnement
formation · sélection · intégration · massification
textes officiels + pratiques dominantes
Expliquer la réponse grùce au contexte
Une caractĂ©risation ne doit pas tomber de nulle part. Il faut montrer pourquoi elle prend sens dans cette pĂ©riode. Le contexte ne doit donc pas ĂȘtre juxtaposĂ© : il doit expliquer la dĂ©monstration.
« à cette époque, la France connaßt une forte croissance économique. »
â contexte simplement juxtaposĂ©
Relier les valeurs de rendement et dâefficacitĂ© aux pratiques compĂ©titives de lâEPS.
â le contexte justifie la rĂ©ponse au sujet
Nuancer avec un nouvel analyseur
Une annonce de partie ne doit jamais prĂ©senter une EPS totalement uniforme. Il faut montrer quâĂ une mĂȘme pĂ©riode peuvent coexister plusieurs rĂ©ponses au sujet.
pratiques innovantes
la tendance dominante reste valable
plusieurs rĂ©ponses coexistent dans la mĂȘme pĂ©riode
Annoncer et justifier les dates
Qualifier mot pivot + mots-clés
Justifier grĂące au contexte
Ajouter un nouvel analyseur
Argumenter et construire ses parties
Argumenter en Ăcrit 1, ce nâest pas empiler des connaissances : chaque preuve doit ĂȘtre choisie et exploitĂ©e pour rĂ©pondre directement au sujet.
Comment argumenter
et construire ses parties ?
Dans lâĂcrit 1 du CAPEPS, une partie ne doit pas ĂȘtre une simple succession de connaissances historiques.
Chaque argument doit participer Ă la dĂ©monstration : annoncer une idĂ©e forte, lâillustrer par des preuves, les mettre en relation avec le sujet et le contexte, puis verrouiller lâargument.
Partons dâun sujet concret
Nous allons suivre un seul argument du début à la fin.
Mini-introduction :
annonce ton idée forte
Commence ton argument en annonçant ce que tu vas démontrer.
« Dâabord, nous montrerons que la relation pĂ©dagogique autoritaire imposĂ©e par les textes officiels rĂ©pond fortement Ă des enjeux sanitaires et politico-culturels (Charlot, 2007). »
Illustre ton idée forte
avec des preuves
Ton idĂ©e doit maintenant ĂȘtre appuyĂ©e par des Ă©lĂ©ments historiques prĂ©cis.
« En effet, dans les IO du 20 juin 1923, il sâagit de « corriger les attitudes dĂ©fectueuses » par la discipline. « Cessez, rompez, allez ! » (Manuel, 1881) sont des commandements qui permettent au maĂźtre « dâasseoir sa discipline, de rĂ©gler son autoritĂ© » (IO, 1945). »
Toute la mĂ©thodologie de lâĂcrit 1
Retrouve mes fiches Ăcrit 1 CAPEPS avec la mĂ©thodologie, les repĂšres et les exemples pour construire tes copies.
DĂ©couvrir les fiches Ăcrit 1 CAPEPSUtilise les preuves
en lien avec le sujet et le contexte
Câest ici que lâargumentation prend rĂ©ellement forme : tu interprĂštes tes preuves.
« Ainsi, il sâagit par une relation pĂ©dagogique autoritaire prescrite par les TO dâinstituer aux Ă©lĂšves les comportements du bon soldat qui pourra ainsi servir sa patrie et la nation. Cette relation enseignants-Ă©lĂšves rĂ©pond alors fortement aux enjeux Ă©ducatifs du groupe et de la nation quâil faut comprendre au regard de la dĂ©faite de Sedan, ainsi que des deux guerres mondiales. »
â
démonstration
Bouclage · Verrouillage
Mini-conclusion
Termine ton argument en revenant clairement à ce que tu cherchais à démontrer.
« Par-là , la relation pédagogique désincarnée prescrite permet de ré-éduquer les corps meurtris (Berthoumieu, 1946) et malades de la jeunesse française afin de les rendre utiles aux enjeux sanitaires. »
La structure dâun argument
Une fois assemblé,
ton argument donne ceci
Les quatre étapes ne sont pas quatre paragraphes indépendants : elles forment un seul raisonnement continu.
« Dâabord, nous montrerons que la relation pĂ©dagogique autoritaire imposĂ©e par les textes officiels rĂ©pond fortement Ă des enjeux sanitaires et politico-culturels (Charlot, 2007).
En effet, dans les IO du 20 juin 1923, il sâagit de « corriger les attitudes dĂ©fectueuses » par la discipline. « Cessez, rompez, allez ! » (Manuel, 1881) sont des commandements qui permettent au maĂźtre « dâasseoir sa discipline, de rĂ©gler son autoritĂ© » (IO, 1945).
Ainsi, il sâagit par une relation pĂ©dagogique autoritaire prescrite par les TO dâinstituer aux Ă©lĂšves les comportements du bon soldat qui pourra ainsi servir sa patrie et la nation. Cette relation enseignants-Ă©lĂšves rĂ©pond alors fortement aux enjeux Ă©ducatifs du groupe et de la nation quâil faut comprendre au regard de la dĂ©faite de Sedan, ainsi que des deux guerres mondiales.
Par-là , la relation pédagogique désincarnée prescrite permet de ré-éduquer les corps meurtris (Berthoumieu, 1946) et malades de la jeunesse française afin de les rendre utiles aux enjeux sanitaires. »
SantĂ© et bien-ĂȘtre :
un autre argument construit
On retrouve exactement la mĂȘme logique : idĂ©e forte â preuves â mise en relation â mini-conclusion.
« Dâabord, lâouverture aux pratiques dâentretien corporel au sein des textes officiels et leur traitement dans les pratiques innovantes constituent une rĂ©ponse forte de lâEP Ă des conceptions de la santĂ© et du bien-ĂȘtre davantage autogĂ©rĂ©es.
En effet, dĂšs les TO de 1993, lâEP se pare de lâobjectif de « gestion de sa vie physique », associĂ© Ă Pineau, avant lâintĂ©gration officielle des activitĂ©s physiques dâentretien dans les programmes du cycle terminal de 2001, puis de la compĂ©tence culturelle 5 dĂ©diĂ©e Ă lâentretien de soi, prolongĂ©e ensuite par le champ dâapprentissage 5.
Par-lĂ , lâEP rĂ©pond fortement aux transformations des conceptions de la santĂ© et du bien-ĂȘtre, car elle dĂ©volue progressivement Ă lâĂ©lĂšve la gestion de sa propre santĂ©. Celui-ci devient responsable et gardien des ressources de son corps par lâintĂ©riorisation de normes (L. RobĂšne et al., 2008), dans une logique de santĂ© et de bien-ĂȘtre davantage programmĂ©s et autogĂ©rĂ©s. Cette Ă©volution peut ĂȘtre comprise au regard de la valorisation du capital humain dans une sociĂ©tĂ© libĂ©rale et capitaliste (B. Charlot, Une nouvelle Ă©cole est-elle en train dâĂ©merger ?, 2007).
Câest donc au regard dâun devoir sociĂ©tal â celui dâĂȘtre Ă©panoui pour ĂȘtre plus efficient â quâĂ©mergent une santĂ© et un bien-ĂȘtre davantage physiques, mentaux et autogĂ©rĂ©s, auxquels lâEP rĂ©pond fortement par leur mise en Ćuvre dans les textes officiels. »
SantĂ© / bien-ĂȘtre : â autogĂ©rĂ©s · physiques · mentaux
Analyseurs : â textes officiels + pratiques innovantes
Contexte : â autonomie · responsabilisation · sociĂ©tĂ© libĂ©rale et capitaliste
LâidĂ©e essentielle
Argumenter en Ăcrit 1, ce nâest pas empiler des connaissances. Chaque preuve doit ĂȘtre choisie puis exploitĂ©e pour rĂ©pondre au sujet. La partie progresse donc dâune idĂ©e forte vers des preuves, puis vers leur interprĂ©tation, avant de se terminer par un bouclage qui verrouille la dĂ©monstration.
Comment faire une conclusion ?
La conclusion doit permettre de refermer la démonstration. Elle ne doit pas apporter de nouveaux arguments, mais synthétiser ce qui a été démontré, répondre clairement à la problématique puis proposer une ouverture obligatoire.
Résumer les principaux arguments
Il sâagit de rappeler, de maniĂšre trĂšs synthĂ©tique, les grandes rĂ©ponses apportĂ©es au sujet dans chacune des parties.
Lâobjectif nâest pas de rĂ©pĂ©ter tout le dĂ©veloppement, mais de faire apparaĂźtre lâĂ©volution gĂ©nĂ©rale de la dĂ©monstration.
PremiĂšre configuration
Transformation de la relation
Nouvelle configuration / complexification
Reprendre toutes les dates, auteurs et connaissances mobilisés.
Restituer en quelques phrases le cheminement de la démonstration.
Répondre clairement à la problématique
AprĂšs le rĂ©sumĂ©, il faut formuler une rĂ©ponse explicite Ă la problĂ©matique annoncĂ©e dans lâintroduction.
Cette rĂ©ponse doit ĂȘtre claire, nuancĂ©e, cohĂ©rente avec les arguments dĂ©veloppĂ©s et plus complexe que la rĂ©ponse initialement envisagĂ©e.
⹠selon quelle temporalité ;
âą sous quelles formes ;
âą avec quelles limites ou nuances.
La problématique formule une hypothÚse complexe au début du devoir.
La conclusion apporte la réponse construite à cette hypothÚse.
Ouvrir
Lâouverture doit prolonger intelligemment la rĂ©flexion sans lancer un nouveau dĂ©veloppement. Elle doit rester courte, pertinente et directement reliĂ©e au sujet.
Ălargir Ă une transformation contemporaine.
Faire apparaĂźtre une tension encore vive aujourdâhui.
Relier le sujet Ă une mutation contemporaine.
Prolonger directement la réflexion menée.
Une question trÚs générale ou sans lien réel avec la démonstration.
Partir de la réponse apportée pour faire émerger un nouvel enjeu directement lié au sujet.
Rappeler le cheminement de la démonstration
Apporter une réponse claire et nuancée
Proposer une ouverture obligatoire et pertinente
Dans le temps â diachronie
Dans chaque pĂ©riode â synchronie
Dans lâargumentation â croisement des pratiques, conceptions, textes officiels, diversitĂ© des Ă©lĂšves et contexte.
2 · MĂ©thodologie Ăcrit 2 CAPEPS
L3 & M2 · construire lâintroduction · annoncer ses parties · argumenter · illustrer ïŒ
Exemples de sujets â Ăcrit 2 du CAPEPS
Les formulations diffĂšrent entre le CAPEPS L3 et le CAPEPS M2, mais une mĂȘme exigence traverse lâĂ©preuve : lire les comportements dâĂ©lĂšves, les analyser et construire des interventions cohĂ©rentes avec cette analyse.
Sujet 1 â Les Ă©motions
« AprĂšs une introduction (30 lignes au maximum, soit environ 300 mots) dans laquelle vous caractĂ©riserez la notion dââĂ©motionâ, vous dĂ©velopperez deux parties portant chacune sur un Ă©pisode de votre choix (Ă©pisode diffĂ©rent dâune partie Ă lâautre). Dans chacune de ces parties, en accordant une importance particuliĂšre aux connaissances relatives aux Ă©motions : vous analyserez des comportements dâĂ©lĂšves que vous jugez significatifs ; sur la base de cette analyse, vous proposerez des principes dâintervention favorables aux transformations que vous envisagez. Ces principes seront justifiĂ©s et illustrĂ©s dans lâAPSA support de lâĂ©pisode. »
Sujet 2 â Lâapprentissage moteur
« AprĂšs une courte introduction dans laquelle vous caractĂ©riserez la notion dâapprentissage moteur et son importance au regard des visĂ©es de lâEPS (30 lignes au maximum), vous dĂ©velopperez deux parties portant chacune sur un Ă©pisode de votre choix (Ă©pisode diffĂ©rent dâune partie Ă lâautre). Dans chacune de ces parties, en accordant une importance particuliĂšre aux connaissances relatives Ă lâapprentissage moteur : vous analyserez deux comportements dâĂ©lĂšves que vous jugez significatifs ; sur la base de cette analyse, vous proposerez des principes dâintervention favorables aux transformations envisagĂ©es. Ces principes seront illustrĂ©s. »
Sujet 1 â Effort et sensations
« En quoi et comment lâenseignant dâEPS peut-il favoriser les efforts des Ă©lĂšves en prenant en compte leurs sensations ? Vous illustrerez vos propositions dans lâĂ©tablissement dĂ©crit en annexe et en prenant appui sur au moins deux des Ă©pisodes prĂ©sentĂ©s. Vous Ă©tayerez vos propos en vous rĂ©fĂ©rant Ă des connaissances scientifiques, professionnelles, institutionnelles et technologiques. »
Sujet 2 â Sensations et apprentissages moteurs
« En quoi et comment les sensations des Ă©lĂšves peuvent-elles ĂȘtre prises en compte par lâenseignant pour favoriser leurs apprentissages moteurs ? Vous illustrerez vos propositions dans lâĂ©tablissement dĂ©crit en annexe et en prenant appui sur au moins deux des Ă©pisodes prĂ©sentĂ©s. Vous Ă©tayerez vos propos en vous rĂ©fĂ©rant Ă des connaissances scientifiques, professionnelles, institutionnelles et technologiques. »
MĂ©thodologie de lâintroduction â CAPEPS L3
Lâintroduction est courte : 30 lignes maximum, soit environ 300 mots. Lâobjectif est de construire progressivement une rĂ©flexion qui va de la comprĂ©hension de la notion jusquâau problĂšme professionnel posĂ© par les Ă©lĂšves du dossier.
1) Contextualiser briĂšvement la notion
Montrer rapidement pourquoi la notion constitue un enjeu pour les Ă©lĂšves et pour lâEPS. Une ou deux phrases suffisent.
2) Définir précisément la notion
Proposer une dĂ©finition scientifique claire et utile, qui fournit dĂ©jĂ des Ă©lĂ©ments exploitables ensuite dans lâanalyse.
3) Caractériser et expliciter la notion
Préciser comment fonctionne la notion, ses composantes, ses manifestations ou ses effets.
4) Enrichir la notion par des distinctions utiles
Cette Ă©tape nâest pas systĂ©matique. Les distinctions choisies doivent rĂ©ellement aider Ă comprendre les comportements des Ă©lĂšves.
5) Montrer les enjeux de la notion pour lâEPS
Expliquer pourquoi cette notion est importante du point de vue des apprentissages et de la formation de lâĂ©lĂšve.
6) Mettre la notion en tension
Montrer que la notion peut soutenir ou freiner les apprentissages, favoriser ou perturber lâengagement, faciliter ou empĂȘcher certaines transformations.
7) Ancrer cette tension dans les épisodes
SĂ©lectionner quelques comportements significatifs, sans consommer toute lâanalyse du dĂ©veloppement.
8) Faire émerger le problÚme professionnel
Passer du problĂšme vĂ©cu par les Ă©lĂšves au problĂšme que lâenseignant devra rĂ©soudre.
Voir lâintroduction complĂšte obtenue
Ă lâadolescence, lâimportance du regard dâautrui, de la comparaison sociale, de la rĂ©ussite ou encore de lâĂ©chec peut donner une place particuliĂšrement forte aux Ă©motions vĂ©cues par les Ă©lĂšves. En EPS, ces Ă©motions sont dâautant plus prĂ©sentes que les Ă©lĂšves sont rĂ©guliĂšrement confrontĂ©s Ă des situations de performance, de confrontation, de coopĂ©ration ou dâexposition au regard des autres.
Les Ă©motions peuvent ĂȘtre dĂ©finies comme des Ă©tats affectifs complexes dĂ©clenchĂ©s par lâĂ©valuation quâun individu rĂ©alise dâune situation et orientant ainsi sa maniĂšre dâagir (Vallerand, 1993). Elles associent notamment une Ă©valuation cognitive de la situation, des rĂ©actions physiologiques, des manifestations expressives et des tendances Ă lâaction, telles que lâapproche, lâĂ©vitement ou la fuite. Leur nature, leur intensitĂ© et leurs effets peuvent varier selon la situation et la signification que lâĂ©lĂšve lui attribue. Une mĂȘme situation peut ainsi susciter des Ă©motions diffĂ©rentes selon les Ă©lĂšves et leur expĂ©rience antĂ©rieure.
Cette dimension Ă©motionnelle constitue donc un enjeu important pour lâEPS, qui confronte rĂ©guliĂšrement les Ă©lĂšves Ă la rĂ©ussite, Ă lâĂ©chec, au regard des autres, Ă lâincertitude ou encore Ă la confrontation. Il sâagit alors non seulement de permettre aux Ă©lĂšves dâĂ©prouver des Ă©motions, mais progressivement de les identifier, les comprendre et les rĂ©guler afin de soutenir leur engagement et leurs apprentissages.
Les Ă©motions peuvent cependant jouer un rĂŽle contrastĂ© dans lâactivitĂ© de lâĂ©lĂšve : elles peuvent constituer une ressource pour agir et apprendre, mais Ă©galement devenir un obstacle aux transformations recherchĂ©es lorsquâelles dĂ©sorganisent son activitĂ© ou provoquent son dĂ©sengagement. Ainsi, dans lâĂ©pisode de tennis de table, le dĂ©couragement de Sofiane semble lâamener Ă servir prĂ©cipitamment et Ă renoncer Ă toute intention tactique, tandis que la joie manifestĂ©e par ClĂ©ment accompagne au contraire une prise dâinitiative efficace.
Lâenjeu pour lâenseignant sera dĂšs lors de construire des conditions dâapprentissage permettant aux Ă©lĂšves dâidentifier et de rĂ©guler leurs Ă©motions afin quâelles deviennent davantage des ressources pour agir et apprendre que des obstacles Ă leurs transformations.
Exemples dâintroductions â CAPEPS L3
MĂ©thodologie de lâintroduction â CAPEPS M2
1) Accroche
Deux styles dâaccroche sont possibles.
Style 1 â Ă partir dâune rĂ©fĂ©rence
ThĂšse â utilisation du contexte en lien avec les mots clĂ©s du sujet ou utilisation dâune rĂ©fĂ©rence si elle est en lien avec le sujet et le contexte. Montrer le pĂŽle positif : ce quâil y a Ă gagner.
Nuance â pĂŽle nĂ©gatif : ce quâil y a Ă perdre, en appui si possible sur une rĂ©fĂ©rence.
Questionnement â 1 ou 2 questions par rapport aux tensions en reprenant tous les termes du sujet.
Style 2 â Directement ancrĂ© dans le contexte
Partir immĂ©diatement dâune donnĂ©e saillante du contexte pour construire une tension.
Exemple dâaccroche â CAPEPS M2
2) Définition et mise en tension des termes du sujet
DĂ©finition et mise en tension des termes â CAPEPS M2
3) Questionnement
Une systémique reproductible dans tous les sujets pour ne pas perdre de temps.
- Renverser le sujet â le mot clĂ© n°2 peut-il influencer le mot clĂ© n°1 ? Vice-versa.
- Enjeu de formation â quels enjeux ou enjeu de formation ressort en lien avec les mots clĂ©s ?
- Questionner le singulier et le pluriel â le mot clĂ© au singulier influence-t-il pareillement tous les Ă©lĂšves du contexte ?
- Questionner les freins â un mot clĂ© peut-il freiner le dĂ©veloppement de lâautre ? Toujours en lien avec le contexte.
4) Problématique
Une systémique aussi reproductible dans tous les sujets :
- « Notre rĂ©flexion gravitera autour de lâhypothĂšse selon laquelle⊠»
- « Autrement dit⊠» si une reformulation est nécessaire.
- « Toutefois⊠»
- « DÚs lors⊠»
Lâannonce de partie
De mĂȘme que pour lâintroduction, lâannonce de partie doit devenir relativement mĂ©canique. Plus les routines mĂ©thodologiques dâĂ©criture sont maĂźtrisĂ©es, plus le candidat gagne du temps et peut consacrer son Ă©nergie Ă la qualitĂ© de lâanalyse.
Choisir un parti pris théorique qui permet de montrer que les mots clés répondent à un enjeu de formation prioritaire.
Si besoin.
à partir de caractéristiques saillantes de la classe choisie en illustration.
Choisir un nouveau parti pris théorique permettant de dépasser la nuance en réutilisant les mots clés.
Exemple 1
Exemple 2
Annonce de partie
Annonce de partie
Argumentation
1) Ămettre des hypothĂšses explicatives
Ămettre des hypothĂšses explicatives sur la base des donnĂ©es retenues dans le contexte et en lien avec le sujet et des connaissances. Il sâagit de prendre un Ă©lĂ©ment du contexte ou de lâĂ©pisode et dâĂ©mettre une hypothĂšse explicative, tout en reliant celle-ci aux mots-clĂ©s du sujet, au contexte et Ă des connaissances.
« Cela peut vouloir dire que⊠» · « Nous faisons lâhypothĂšse que⊠» · « Nous pouvons supposer que⊠»
Ămettre une hypothĂšse explicative
2) Utiliser cette hypothĂšse explicative pour justifier la mise en place dâun parti-pris thĂ©orique
Lâintervention proposĂ©e doit dĂ©couler de lâhypothĂšse explicative prĂ©cĂ©dente.
3) Expliciter le parti-pris théorique en lien permanent avec le contexte
Il ne suffit pas de nommer un dispositif. Il faut expliquer comment il fonctionne, pour quels élÚves et pourquoi il est susceptible de provoquer les transformations recherchées.
Justifier et expliciter le parti-pris théorique
4) Montrer la réciprocité des mots-clés en lien avec le contexte
Lorsque cela est pertinent, montrer comment les transformations obtenues sur un premier mot-clĂ© peuvent Ă leur tour produire des effets sur lâautre.
HypothĂšses explicatives
HypothĂšse explicative et explicitation
Illustration â CAPEPS M2
1) Une systémique
Toujours le mĂȘme objectif. MĂ©canique dâĂ©criture au service du gain de temps et de la cohĂ©rence.
2) BrĂšve prĂ©sentation du dispositif dâapprentissage
Ănoncer si continuitĂ©/discontinuitĂ© avec lâĂ©pisode et pourquoi au regard du sujet et des caractĂ©ristiques des Ă©lĂšves. But pour les Ă©lĂšves. Consignes.
3) Cibler deux profils dâĂ©lĂšves aux besoins diffĂ©rents
- Profil 1 â « Ces Ă©lĂšves vont apprendre à ⊠» « si⊠alors⊠»
- Profil 2 â « Ces Ă©lĂšves vont apprendre à ⊠» « si⊠alors⊠»
4) Le rĂŽle de lâenseignant sâintĂšgre facilement ici
Ne surtout pas lâoublier dans votre rĂ©daction. Lâenseignant peut ĂȘtre au service de rĂ©gulations pour les Ă©lĂšves, dâencouragement, dâenquĂȘte⊠Voir les parties sur lâenseignant dans la fiche Ă©crit 2.
Exemples dâillustrations â CAPEPS M2
Illustration â CAPEPS L3
Lâobjectif est de concrĂ©tiser le principe dâintervention issu de lâanalyse dans lâAPSA support de lâĂ©pisode.
1) Repartir de lâhypothĂšse explicative et annoncer la transformation visĂ©e
Lâillustration ne doit pas apparaĂźtre « de nulle part ». Elle dĂ©coule directement de lâanalyse prĂ©cĂ©dente.
2) Annoncer et justifier le principe dâintervention
Dire sur quoi lâenseignant choisit dâagir et justifier ce choix Ă lâaide dâune connaissance.
3) Illustrer concrĂštement dans lâAPSA support de lâĂ©pisode
PrĂ©ciser lâorganisation, le matĂ©riel, le but de la tĂąche, les consignes principales et les variables utiles.
4) PrĂ©ciser lâactivitĂ© attendue des Ă©lĂšves et le rĂŽle de lâenseignant
Une illustration ne doit pas seulement dĂ©crire le dispositif matĂ©riel. Lâenseignant peut observer, questionner, donner des feedbacks, orienter lâattention, faire verbaliser, encourager, modifier une contrainte ou aider Ă comparer les essais.
5) Faire évoluer le dispositif grùce à des variables et des régulations
En fonction des rĂ©ponses des Ă©lĂšves, lâenseignant peut simplifier ou complexifier, retirer progressivement une aide, modifier le matĂ©riel, changer une contrainte, ajuster les groupes ou diffĂ©rencier selon les besoins.
6) Annoncer précisément les transformations attendues
Lâillustration doit se terminer en revenant aux Ă©lĂšves et en prĂ©cisant ce qui doit concrĂštement changer dans leur activitĂ©.
7) PrĂ©voir les rĂ©gulations de lâenseignant
Le dispositif peut ne pas fonctionner immĂ©diatement. Lâenseignant doit rester capable de rĂ©guler.
JâAI COMPRIS QUE⊠â JE VEUX TRANSFORMER⊠â DONC JE CHOISIS DE⊠â CONCRĂTEMENT⊠â LâENSEIGNANT⊠â JE FAIS ĂVOLUER⊠â JE MâATTENDS Ă OBSERVERâŠ
Exemples dâillustrations â CAPEPS L3
CAPEPS L3 & M2
Les trois grands items de connaissances Ă maĂźtriser pour lâĂcrit 1.
1Transmettre et adapterOuvrir le coursïŒ
Transmettre et adapter
Conduire une rĂ©flexion sur l'Ă©volution de la leçon d'EPS pour rĂ©pondre aux finalitĂ©s et mutations de l'Ăcole.
Prendre en compte les élÚves dans leur diversité et l'adéquation entre les contenus, les pratiques pédagogiques et les modalités d'évaluation.
Concerne également l'association sportive, les sections sportives, l'enseignement de spécialité, etc.
Les notions Ă maĂźtriser
1. Les enjeux éducatifs
Les enjeux éducatifs désignent l'ensemble des défis, des finalités et des objectifs auxquels le systÚme éducatif doit répondre pour permettre le développement et l'épanouissement des individus, tout en assurant leur intégration dans la société.
Un enjeu devient éducatif lorsqu'il s'inscrit dans un objectif de transmission de savoirs, de compétences, de valeurs ou de comportements ayant pour but de contribuer au développement global de l'individu dans le cadre d'un processus éducatif.
Cela implique que cet enjeu concerne des problĂ©matiques ou des dĂ©fis qui peuvent ĂȘtre rĂ©solus ou amĂ©liorĂ©s par l'Ă©ducation, et qu'ils visent Ă prĂ©parer les individus Ă s'intĂ©grer dans la sociĂ©tĂ© de maniĂšre autonome, responsable et Ă©panouie.
2. Diversité des élÚves
Nous comprendrons la diversitĂ© comme la prĂ©sence en un mĂȘme lieu et en mĂȘme temps de populations aux caractĂ©ristiques diverses tant sur le plan de lâĂąge, du sexe que sur le dĂ©veloppement staturo-pondĂ©ral ou moteur.
staturo-pondéral
moteur
Par ailleurs, les origines disparates de ces Ă©lĂšves se concentrent au sein de l'Ă©cole dĂšs lâaccĂšs gĂ©nĂ©ralisĂ© Ă lâenseignement secondaire.
3. Pratiques pédagogiques
« Les pratiques pĂ©dagogiques constituent un ensemble de procĂ©dĂ©s qui permettent aux enseignants de transmettre des contenus Ă leurs Ă©lĂšves. Leur Ă©volution traduit une transformation du type de savoir, des maniĂšres de transmettre le savoir, un rĂŽle et un statut diffĂ©rent de lâapprenant et de lâenseignant, et un idĂ©altype de lâhomme Ă construire selon les Ă©poques »
4. ModalitĂ©s dâĂ©valuation
« LâĂ©valuation tient une place fondamentale dans une logique de scolarisation dâune discipline »
« LâĂ©volution des modalitĂ©s dâĂ©valuation sont parallĂšles aux changements scolaires »
En EP, lâĂ©valuation met plus de temps Ă sâimposer. La commission interministĂ©rielle de 1904 avait demandĂ© la mise en place dâune Ă©preuve dâEP aux examens afin dâunifier les mĂ©thodes enseignĂ©es, sans succĂšs.
Il a fallu attendre un demi-siĂšcle pour que soit instaurĂ©e une Ă©preuve obligatoire dâEP au bac.
« Evaluer signifie formuler un jugement de valeur sur une rĂ©alitĂ©, sur laquelle les exigences de lâaction ont conduit Ă sâinterroger »
5. Transmission
Ce qui est effectivement transmis
La transmission ne concerne pas uniquement la maniĂšre dâenseigner : elle interroge Ă©galement ce qui est effectivement transmis aux Ă©lĂšves.
Or, les contenus transmis ne dĂ©pendent pas seulement des prescriptions institutionnelles. Ils sont aussi influencĂ©s par la formation, lâexpĂ©rience personnelle et professionnelle ainsi que par la culture de lâenseignant.
LâĂ©volution des pratiques enseignantes est ainsi caractĂ©risĂ©e par une forte inertie, notamment en raison du poids dĂ©terminant de la formation initiale (B. Michon et B. Caritey, « Histoire orale dâune profession : les enseignants dâEP », Revue Spirales, 13-14, 1998).
La formation reçue par les enseignants contribue donc Ă construire des maniĂšres relativement durables de concevoir lâEPS, de choisir les activitĂ©s enseignĂ©es et de dĂ©terminer les contenus jugĂ©s lĂ©gitimes Ă transmettre.
De plus, Combaz et Hoibian (2009) expliquent par ailleurs que les enseignants programment majoritairement des activités institutionnalisées dans lesquelles on produit une performance correspondant à leur « habitus sportif ».
Ainsi, ce qui est transmis aux Ă©lĂšves dĂ©pend Ă©galement de la culture sportive incorporĂ©e par les enseignants : leurs expĂ©riences antĂ©rieures, les activitĂ©s quâils maĂźtrisent et les reprĂ©sentations quâils ont construites de lâEPS participent Ă orienter leurs choix de programmation et les contenus quâils privilĂ©gient.
La pratique de lâenseignant dans une activitĂ© spĂ©cifique constitue un savoir expĂ©rientiel (« savoir construit dans lâexpĂ©rience ») qui influence ce qui est dĂ©finitivement transmis en classe.
Lâ« en plus » (P. Buznic-Bourgeacq & al., La transmission du savoir expĂ©rientiel en EPS, 2010) = savoir expĂ©rientiel que lâenseignant a construit dans sa pratique personnelle et quâil peut alors transmettre Ă lâĂ©lĂšve.
Lâ« en plus » est transformĂ© par un processus de conversion didactique qui permet dâintĂ©grer ce savoir expĂ©rientiel dans lâenseignement.
- contenu conceptuel moins dense ;
- vocabulaire générique ;
- recours moins fréquents aux sensations.
Lâ« en plus » dans une activitĂ© permet une transmission de contenu plus spĂ©cifique et contextualisĂ©.
Transmettre ne signifie pas nécessairement faire incorporer
Cependant, tout ce qui est transmis par lâenseignant nâest pas nĂ©cessairement incorporĂ© par lâĂ©lĂšve. Il convient donc de distinguer les contenus proposĂ©s et transmis par lâenseignant de ce que lâĂ©lĂšve sâapproprie effectivement au cours de son expĂ©rience.
LâĂ©lĂšve ne constitue donc pas un simple rĂ©ceptacle des savoirs transmis. Les contenus proposĂ©s peuvent ĂȘtre compris, transformĂ©s, sĂ©lectionnĂ©s, rĂ©interprĂ©tĂ©s ou ne pas ĂȘtre incorporĂ©s.
Ce qui est effectivement incorporĂ© dĂ©pend notamment de lâexpĂ©rience vĂ©cue par lâĂ©lĂšve, de son histoire, de ses caractĂ©ristiques et du sens quâil attribue Ă ce qui lui est proposĂ©.
6. Relation pédagogique
« La relation pĂ©dagogique devient Ă©ducative quand, au lieu de se rĂ©duire Ă la transmission du savoir, elle engage des ĂȘtres dans une rencontre oĂč chacun dĂ©couvre lâautre et se voit soi-mĂȘme, et oĂč commence une aventure humaine par laquelle lâadulte va naĂźtre en lâenfant »
La relation pĂ©dagogique ne se rĂ©duit donc pas au rapport entre lâenseignant, le savoir et sa transmission. Elle dĂ©signe aussi le lien qui se construit entre lâenseignant et les Ă©lĂšves, dans une structure sociale oĂč prennent place le sens, les interactions, le partage, lâengagement et le dĂ©veloppement de lâĂ©lĂšve.
Lâenjeu est notamment de susciter lâintĂ©rĂȘt des Ă©lĂšves et de les engager dans des pratiques porteuses de vĂ©ritables enjeux, susceptibles de produire du sens et du progrĂšs.
« les pédagogies sont porteuses de préceptes qui donnent au corps une forme et quadrillent pour le soumettre aux normes plus sûrement que la pensée »
« Chaque modÚle de citoyens formés définit le type de relation pédagogique à privilégier »
7. Association sportive et sport scolaire
Le sport scolaire constitue une particularitĂ© forte du systĂšme Ă©ducatif français. Il prolonge lâEPS obligatoire par une pratique associative, volontaire et organisĂ©e dans lâĂ©tablissement scolaire.
« Aucun pays dâEurope et au-delĂ nâa fait ce choix de formation sportive scolaire avec les mĂȘmes exigences et en complĂ©ment dâune EP obligatoire »
« rassemblement volontaire des élÚves dans l'association multisports de leur établissement scolaire pour pratiquer des APS dans un cadre le plus souvent compétitif »
« est une fédération multisports au service des licenciés des associations sportives des établissements scolaires du second degré »
P. Arnaud distingue deux voies dâintĂ©gration du sport dans le systĂšme Ă©ducatif français :
Le sport est intĂ©grĂ© dans les programmes obligatoires et transformĂ© en contenu dâenseignement de lâEPS.
Le sport sâintĂšgre Ă la vie sociale et culturelle de lâĂ©tablissement par les associations sportives auxquelles les Ă©lĂšves adhĂšrent librement et volontairement.
1880 â 1967
Comprendre le contexte gĂ©nĂ©ral et scolaire dans lequel Ă©voluent les enjeux de transmission et dâadaptation en EPS.
Une société marquée par la revanche, la fragilité des corps et la reconstruction nationale
La défaite contre la Prusse en 1870 provoque la chute du Second Empire. La défaite de Sedan est attribuée à la faiblesse physique et morale des jeunes français. Dans un souci de revanche, il faut préparer les futurs soldats, cultiver leur corps et leur volonté.
Au sortir de la 1Ăšre GM, lâĂ©tat des lieux est dâautant plus lourd quâaux 1,4 millions de morts, rien que pour la France, sâajoutent 3 millions de blessĂ©s et 1 million de mutilĂ©s. La population, qui ne semblait dĂ©jĂ ne pas se renouveler, apparaĂźt donc doublement fragile. Lâobsession de « rebĂątir la race » est au centre des discours et des dispositions.
AprĂšs Vichy (1945), selon l'IG Berthoumieu en 1946 :
« 80% de nos jeunes sont des déficients physiologiques (...), des insuffisances respiratoires et musculaires ».
DĂšs lors, « lâidĂ©ologie revancharde et patriotique » (Attali et J. Saint-Martin, 2004) traverse cette pĂ©riode et influence les savoirs enseignĂ©s par les enseignants vers davantage de dirigisme et dâautoritĂ©.
Une Ăcole organisĂ©e selon un dualisme social
Ă lâĂ©cole, il existe un dualisme qui exclut toute passerelle entre Ă©cole du peuple et secondaire (La dĂ©mocratisation de lâenseignement, A. Prost, 1992).
LâĂ©cole du peuple
En effet, lâĂ©cole primaire rĂ©publicaine a pour volontĂ© de ne pas modifier la position sociale de ceux quâelle instruit.
les ouvriers deviendront ouvriers.
Lâinstituteur est jugĂ© excellent sâil fait rĂ©ussir les bons Ă©lĂšves (B. Charlot, Une autre Ă©cole est-elle en train dâĂ©merger ?, 2007).
Ă lâĂ©cole primaire, construite pour le peuple, des pratiques sociales comme la danse, la boxe ou la natation peuvent ĂȘtre mises en Ćuvre, mais elles font lâobjet dâun travail dĂ©contextualisĂ© qui prive les Ă©lĂšves dâune grande partie de leur sens culturel, au profit de finalitĂ©s disciplinaires, morales et physiques.
Dans la mĂ©thode sportive, la gymnastique de dĂ©veloppement reste privilĂ©giĂ©e tandis que la gymnastique dâapplication et les pratiques sportives demeurent largement en dehors des frontiĂšres de lâĂ©cole du peuple. Les Ă©coliers rĂ©pĂštent ainsi des mouvements abstraits et scientifiquement irrĂ©prochables afin de « rentabiliser » leur capital santĂ©.
LâĂ©cole primaire, autonome et coupĂ©e du secondaire, produit ainsi des individus qui ne doivent pas entretenir dâillusions sociales ou professionnelles en limitant leurs connaissances à « ce quâil nâest pas permis dâignorer » (T. Terret, IdentitĂ© de lâEP Ă lâĂ©cole primaire 1880-1998).
LâĂ©cole de lâĂ©lite sociale
Or, lâenseignement du secondaire est rĂ©servĂ© Ă lâĂ©lite sociale.
Il sâagit de faire des citoyens destinĂ©s aux positions « Ă©levĂ©es ».
Ă la diffĂ©rence des Ă©coliers du primaire, les lycĂ©ens accĂšdent davantage au sport, qui doit notamment dĂ©velopper des qualitĂ©s de dĂ©brouillardise et dâinitiative (T. Terret, IdentitĂ© de lâEP Ă lâĂ©cole primaire 1880-1998).
Le sport est lâactivitĂ© dĂ©fendue pour le secondaire, utile Ă lâĂ©ducation de lâĂ©lite car il est lâapanage de la « classe dominante » seule Ă disposer de loisirs (Baluteau, LâEP dans plusieurs mondes, 2002).
Ăcole du peuple
Gymnastique de développement · capital santé
Pratiques sociales décontextualisées
Ălites sociales
Sport et culture dominante
Initiative · débrouillardise
- 1870 : la dĂ©faite contre la Prusse alimente une logique de revanche et de prĂ©paration des corps ; Attali & Saint-Martin (2004) parlent dâ« idĂ©ologie revancharde et patriotique ».
- Berthoumieu, 1946 : « 80% de nos jeunes sont des dĂ©ficients physiologiques (...) » â le corps est pensĂ© comme Ă redresser et fortifier.
- Vimard, Conseil National des sports, 1946 : « Toute reconstruction nationale comme ce par la reconstruction du corps ».
- Prost, 1992 : dualisme entre Ă©cole primaire du peuple et secondaire ; T. Terret, IdentitĂ© de lâEP Ă lâĂ©cole primaire 1880-1998 : au primaire, pratiques sociales dĂ©contextualisĂ©es et gymnastique de dĂ©veloppement pour le « capital santĂ© », tandis que le secondaire donne davantage accĂšs au sport, Ă lâinitiative et Ă la dĂ©brouillardise ; Baluteau, 2002 : le sport reste associĂ© Ă la « classe dominante ».
Des normes corporelles transmises et incorporées différemment
Les pratiques enseignantes permettent ici de relier directement transmission, diversité des élÚves, évaluation et incorporation.
De 1880 Ă 1967, lâEP repose largement sur une volontĂ© de faire incorporer des normes corporelles, mais celles-ci ne sont ni identiques pour tous les Ă©lĂšves ni nĂ©cessairement rĂ©ductibles aux contenus explicitement enseignĂ©s. Dans les pratiques rĂ©gressives et dominantes dĂ©crites par Marsenach, la pĂ©dagogie demeure essentiellement transmissive : dĂ©monstration, commandement, rĂ©pĂ©tition collective et dĂ©composition analytique des techniques. Lâapprentissage de la brasse en constitue une bonne illustration : hors de lâeau, les Ă©lĂšves reproduisent ensemble les mouvements prescrits avant de passer successivement dans le bassin (Terret, 1993 ; Caritey & Michon, 1998). Explicitement, lâenseignant transmet une technique utilitaire destinĂ©e Ă permettre Ă lâĂ©lĂšve de se sauver ; implicitement, cette organisation peut Ă©galement faire incorporer des dispositions Ă lâobĂ©issance, Ă la rĂ©pĂ©tition et Ă la conformitĂ© corporelle.
Cependant, ce processus dâincorporation est profondĂ©ment diffĂ©renciĂ©. LâEP ne construit pas le mĂȘme corps fĂ©minin que masculin. Les filles sont davantage confrontĂ©es Ă des exercices rythmiques et Ă une valorisation de la grĂące, de la souplesse et de lâesthĂ©tique. Les rapports dâinspection rĂ©alisĂ©s sous Vichy, Ă©tudiĂ©s par Szerdahelyi, montrent comment les enseignantes peuvent elles-mĂȘmes vĂ©hiculer implicitement ces normes par leur maniĂšre dâĂȘtre et de dĂ©montrer : une enseignante est dĂ©crite comme une « belle athlĂšte, souple et fine, [qui] excelle en rythmique », consolidant son autoritĂ© « par le sang-froid et la distinction » et grĂące Ă des « dĂ©monstrations prĂ©cises et gracieuses » (Szerdahelyi, « Enseignantes paradoxales. Femmes dâaction en EPS (1941 et 1989) », Revue TrĂ©ma, 2016). Lâenseignante ne transmet donc pas seulement verbalement : son propre corps constitue Ă©galement un modĂšle Ă reproduire. Attali, Ottogalli et Saint-Martin parlent de « sexuation des apprentissages » : lâenseignement participe donc Ă la transmission, puis potentiellement Ă lâincorporation, de normes sociales diffĂ©rentes selon les sexes. Cette diffĂ©renciation est Ă©galement sociale puisque les Ă©lĂšves du primaire populaire rencontrent surtout une culture corporelle utilitaire et dĂ©contextualisĂ©e, tandis que les Ă©lĂšves du secondaire peuvent davantage accĂ©der au sport, Ă lâinitiative et Ă la dĂ©brouillardise.
Enfin, les groupes physiologiques instaurĂ©s aprĂšs 1945 montrent que lâĂ©valuation participe directement Ă sĂ©lectionner ce qui pourra ĂȘtre incorporĂ©. Le mĂ©decin mesure et classe les Ă©lĂšves selon leur aptitude corporelle ; le classement obtenu dĂ©termine ensuite le type dâEP proposĂ©. Les Ă©lĂšves du groupe I accĂšdent Ă une EP normale et sportive tandis que dâautres sont orientĂ©s vers des contenus correctifs ou rééducatifs. T. Bourgoin (Handicap et EPS, 2018) montre plus largement que les Ă©lĂšves considĂ©rĂ©s comme diffĂ©rents ont aussi Ă©tĂ© dĂ©signĂ©s par des catĂ©gories telles que « idiots, imbĂ©ciles, hĂ©miplĂ©giques, arriĂ©rĂ©s, instables ». Lâadaptation existe donc dĂ©jĂ , mais elle fonctionne principalement comme une assignation de contenus Ă des catĂ©gories de corps. Ainsi, sous une apparente homogĂ©nĂ©itĂ© pĂ©dagogique, cette pĂ©riode produit en rĂ©alitĂ© une forte diffĂ©renciation : selon son sexe, son aptitude et sa position scolaire et sociale, lâĂ©lĂšve ne rencontre pas les mĂȘmes contenus, ne vit pas les mĂȘmes expĂ©riences et nâest donc pas placĂ© dans les mĂȘmes conditions dâincorporation.
Comment la transmission se différencie selon les élÚves
Quatre entrĂ©es permettent de comprendre comment les pratiques, le sexe, lâorigine sociale et lâĂ©valuation modifient ce qui est explicitement transmis, implicitement vĂ©hiculĂ© et potentiellement incorporĂ©.
Transmettre une technique, mais aussi une maniĂšre dâĂȘtre Ă©lĂšve
De 1880 Ă 1967, les pratiques restent majoritairement transmissives, directives et analytiques. Dans les pratiques rĂ©gressives et dominantes dĂ©crites par Marsenach, lâenseignant montre, commande et fait reproduire.
En natation, la brasse est apprise hors de lâeau, de maniĂšre dĂ©composĂ©e, avant des passages successifs dans le bassin (Terret, 1993 ; Caritey & Michon, 1998).
Filles et garçons ne sont pas exposĂ©s aux mĂȘmes normes corporelles
Chez les filles, les exercices rythmiques, la grĂące, la souplesse et lâesthĂ©tique sont davantage valorisĂ©s. Cette diffĂ©renciation sâexplique par les rĂŽles sociaux assignĂ©s au corps fĂ©minin : lâĂ©ducation corporelle doit notamment accroĂźtre la dextĂ©ritĂ© de la jeune fille pour les travaux dâaiguille ou mĂ©nagers, tout en recherchant une grĂące supposĂ©e utile Ă sa future fonction dâĂ©pouse et de mĂšre.
Liotard montre que lâexclusion de tout excĂšs et lâutilitĂ© esthĂ©tique sont fortement valorisĂ©es dans les IO de 1945 et de 1959 : il sâagit de « rendre la femme belle [âŠ] afin dâamĂ©liorer sa fonction de reproductrice ».
Cette grĂące doit cependant rester modĂ©rĂ©e : « Lâeffet dâesthĂ©tisation de la gestualitĂ© n'a de sens que dans la recherche dâun reproducteur et dĂšs lors que la sĂ©duction sâautonomise de la procrĂ©ation, elle est condamnĂ©e ».
Les rapports dâinspection sous Vichy Ă©tudiĂ©s par Szerdahelyi montrent que ces normes sont aussi implicitement transmises par le corps et lâattitude des enseignantes. Lâune est dĂ©crite comme une « belle athlĂšte, souple et fine, [qui] excelle en rythmique », dont lâautoritĂ© se consolide « par le sang-froid et la distinction », grĂące Ă des « dĂ©monstrations prĂ©cises et gracieuses ».
Lâenseignante ne transmet donc pas seulement verbalement : son propre corps constitue Ă©galement un modĂšle Ă reproduire.
Attali, Ottogalli et Saint-Martin parlent ainsi de « sexuation des apprentissages ».
Le systÚme scolaire distribue des cultures corporelles différentes
Le dualisme scolaire distingue encore fortement lâĂ©cole primaire du peuple et lâenseignement secondaire des Ă©lites. LâĂcole ne cherche pas encore Ă transmettre une culture corporelle commune Ă tous, mais prĂ©pare les Ă©lĂšves Ă des positions sociales diffĂ©rentes.
Mesurer les corps pour décider de ce qui sera transmis
AprĂšs 1945, lâĂ©valuation est largement diagnostique et mĂ©dicale. Le mĂ©decin mesure et classe les Ă©lĂšves selon leurs aptitudes et leur morphologie dans diffĂ©rents groupes physiologiques. Ce classement dĂ©termine directement le contenu proposĂ©.
T. Bourgoin montre plus largement la maniĂšre dont les Ă©lĂšves considĂ©rĂ©s comme diffĂ©rents ont pu ĂȘtre catĂ©gorisĂ©s et dĂ©signĂ©s : « idiots, imbĂ©ciles, hĂ©miplĂ©giques, arriĂ©rĂ©s, instables ».
EP normale et sportive.
Contenus correctifs ou rééducatifs.
Pas dâEP normale.
LâĂ©valuation ne mesure donc pas seulement une diffĂ©rence dĂ©jĂ existante : elle produit une orientation pĂ©dagogique diffĂ©rente.
- Terret, 1993 ; Caritey & Michon, 1998 : apprentissage analytique de la brasse hors de lâeau avant le passage dans le bassin â dĂ©monstration, rĂ©pĂ©tition, reproduction.
- T. Terret, IdentitĂ© de lâEP Ă lâĂ©cole primaire 1880-1998 : primaire populaire â gymnastique de dĂ©veloppement et pratiques sociales dĂ©contextualisĂ©es ; secondaire â sport, initiative et dĂ©brouillardise.
- Liotard, « Ătre belle pour ĂȘtre utile : Le discours sur lâEP fĂ©minine aprĂšs 1918 » : « rendre la femme belle [âŠ] afin dâamĂ©liorer sa fonction de reproductrice » â contexte social de la diffĂ©renciation sexuĂ©e.
- Szerdahelyi, « Enseignantes paradoxales. Femmes dâaction en EPS (1941 et 1989) », Revue TrĂ©ma, 2016 : les rapports dâinspection montrent comment les enseignantes peuvent implicitement donner Ă voir le modĂšle corporel attendu â « belle athlĂšte, souple et fine », « dĂ©monstrations prĂ©cises et gracieuses ».
- T. Bourgoin, Handicap et EPS, 2018 : les catĂ©gorisations des Ă©lĂšves diffĂ©rents (« idiots, imbĂ©ciles, hĂ©miplĂ©giques, arriĂ©rĂ©s, instables ») Ă©clairent une adaptation historiquement pensĂ©e par le classement ; aprĂšs 1945, les groupes physiologiques organisent Ă©valuer â classer â orienter â transmettre diffĂ©remment.
Prescrire des contenus, mais aussi des normes corporelles
Les textes officiels prescrivent ce qui doit ĂȘtre enseignĂ© et la maniĂšre de lâenseigner. Ils vĂ©hiculent Ă©galement des conceptions du corps et de lâĂ©lĂšve susceptibles dâorienter ce qui sera incorporĂ©.
Les textes officiels confortent largement, jusquâaux annĂ©es 1950, une conception directive et collective de lâenseignement de lâEP.
« ĂȘtre pratiquĂ©s avec modĂ©ration, en Ă©vitant tout excĂšs et toute spĂ©cialisation »
« le maitre dĂ©montre lâexercice, en commande et en surveille lâexĂ©cution, prĂ©voit les accidents et les Ă©vite »
« corriger les attitudes dĂ©fectueuses quâimpose trop souvent au corps de lâenfant le travail scolaire »
Cette conception reste visible dans les IO de 1945. Combeau-Mari (1993) montre alors que le « contrĂŽle du corps est partout ». La relation pĂ©dagogique est largement autoritaire : les Ă©lĂšves sont alignĂ©s, marchent au pas, en colonne, et le groupe tend Ă englober lâindividu.
La normalisation corporelle ne conduit pas Ă une EP identique pour tous. Les textes dâĂ©valuation diffĂ©rencient directement filles et garçons. MĂȘme lorsque lâEP est facultative au baccalaurĂ©at, certaines Ă©preuves sont rĂ©servĂ©es aux garçons â saut en hauteur, grimper de corde, lancer de poids â alors que le lancer de balle est proposĂ© aux filles.
Liotard montre que lâexclusion de tout excĂšs en EP et lâutilitĂ© esthĂ©tique restent fortement valorisĂ©es dans les IO de 1945 et de 1959, dans une perspective visant Ă :
« rendre la femme belle [âŠ] afin dâamĂ©liorer sa fonction de reproductrice »
La différenciation des contenus correspond donc aux représentations sociales dominantes. Les textes ne prescrivent pas seulement des exercices différents : ils institutionnalisent des usages sociaux différents du corps féminin et masculin.
- IO 1908 : « le maitre dĂ©montre lâexercice, en commande et en surveille lâexĂ©cution » ; les exercices doivent ĂȘtre pratiquĂ©s « avec modĂ©ration ».
- IO 1923 : « corriger les attitudes dĂ©fectueuses quâimpose trop souvent au corps de lâenfant le travail scolaire ».
- Combeau-Mari, 1993 à propos des IO de 1945 : le « contrÎle du corps est partout ».
- Liotard, « Ătre belle pour ĂȘtre utile : Le discours sur lâEP fĂ©minine aprĂšs 1918 » : les IO de 1945 et de 1959 valorisent lâexclusion de tout excĂšs et lâutilitĂ© esthĂ©tique ; lâEP fĂ©minine vise notamment à « rendre la femme belle [âŠ] afin dâamĂ©liorer sa fonction de reproductrice ».
Deux conceptions, deux modalitĂ©s dâincorporation
Georges HĂ©bert et Philippe TissiĂ© proposent deux maniĂšres diffĂ©rentes de transmettre des valeurs par le corps et de faire de lâexpĂ©rience motrice un support dâincorporation.
Faire incorporer des valeurs par lâexpĂ©rience motrice
Avec la mĂ©thode naturelle, Georges HĂ©bert dĂ©fend une Ă©ducation globale de lâindividu. Le geste naturel doit dĂ©velopper simultanĂ©ment la santĂ©, la rĂ©sistance Ă la fatigue, la confiance, le courage et lâĂ©quilibre psychique. Il ne sâagit pas de former « un lutteur, un coureur ou un acrobate », mais un homme complet, capable de sâadapter aux nĂ©cessitĂ©s de la vie.
« Ătre fort pour ĂȘtre utile »
La leçon, rĂ©alisĂ©e autant que possible en plein air, enchaĂźne des actions variĂ©es : marcher, courir, sauter, grimper, lancer, porter, lutter, nager, sâĂ©quilibrer, se dĂ©placer en quadrupĂ©die.
Ce qui est explicitement transmis dĂ©passe donc les seules habiletĂ©s motrices : HĂ©bert vise la santĂ©, le courage, la confiance, lâutilitĂ© sociale et le service dâautrui.
Mais la transmission des valeurs passe surtout par lâexpĂ©rience corporelle. RĂ©sister Ă la fatigue peut faire Ă©prouver le courage ; Ă©conomiser ses forces, la mesure ; agir efficacement, la confiance ; Ă©voluer librement en plein air, la joie et le « plaisir sain ».
Lâincorporation repose alors sur la rĂ©pĂ©tition dâexpĂ©riences variĂ©es et fonctionnelles. Ă force dâagir, de sâadapter, de persĂ©vĂ©rer ou de coopĂ©rer, lâĂ©lĂšve peut progressivement transformer ces valeurs en dispositions durables, câest-Ă -dire en maniĂšres dâagir et dâĂȘtre.
La leçon elle-mĂȘme devient ainsi un dispositif de socialisation : lâexpĂ©dition collective, lâentraide et lâutilitĂ© donnent au geste une signification qui dĂ©passe lâindividu.
« ĂȘtre fort pour ĂȘtre utile » â EXPĂRIENCE
agir, sâadapter, rĂ©sister, coopĂ©rer â INCORPORATION
courage, confiance, entraide, utilité
Ainsi, HĂ©bert cherche Ă transmettre lâidĂ©al dâun homme fort et utile par des expĂ©riences motrices variĂ©es, afin que lâĂ©lĂšve incorpore progressivement des dispositions de courage, de confiance, dâentraide et dâutilitĂ© sociale.
Il existe toutefois un paradoxe concernant la diversitĂ© sexuĂ©e : lâĂ©galitĂ© proposĂ©e par HĂ©bert repose largement sur des qualitĂ©s de vigueur, dâefficacitĂ© et de rĂ©sistance historiquement construites au masculin. Les filles peuvent donc accĂ©der au mĂȘme modĂšle corporel, mais au prix dâune certaine virilisation de la norme corporelle.
Discipliner le corps pour discipliner lâindividu
Chez Philippe TissiĂ©, la mĂ©thode suĂ©doise poursuit Ă©galement un projet qui dĂ©passe le simple dĂ©veloppement physique. LâEP doit renforcer la santĂ©, mais aussi former le caractĂšre : volontĂ©, attention, initiative, maĂźtrise des impulsions et refus de la paresse.
Jean Saint-Martin montre ainsi que la gymnastique de TissiĂ© « Ă©duque tout autant quâelle instruit » (Philippe TissiĂ© ou lâEP au secours de la dĂ©gĂ©nĂ©rescence de la jeunesse française, 2006).
« discipliner les muscles, câest discipliner la pensĂ©e »
Le geste constitue donc un moyen dâagir simultanĂ©ment sur le corps et sur le caractĂšre.
Ce qui est explicitement transmis, ce sont des exercices analytiques, méthodiques et précisément ordonnés, mais également des valeurs clairement recherchées : effort, volonté, attention, obéissance et maßtrise de soi.
La maniĂšre mĂȘme de les enseigner renforce cette transmission. RĂ©pĂ©ter des mouvements ordonnĂ©s, respecter une progression rigoureuse, agir avec prĂ©cision et contrĂŽler ses impulsions confronte quotidiennement lâĂ©lĂšve aux comportements que TissiĂ© souhaite dĂ©velopper.
Lâincorporation se joue alors Ă plusieurs niveaux : le corps acquiert des habitudes de prĂ©cision et de maĂźtrise ; le caractĂšre se construit dans la persĂ©vĂ©rance et le contrĂŽle de soi ; enfin, les exercices collectifs et synchronisĂ©s peuvent favoriser lâintĂ©riorisation du devoir, de la responsabilitĂ© et dâun ordre social collectif.
discipline, volontĂ©, maĂźtrise â RĂPĂTITION CORPORELLE
ordre, prĂ©cision, contrĂŽle â INCORPORATION
maßtrise de soi, persévérance, sens du devoir
Ainsi, TissiĂ© transmet des valeurs de discipline, de volontĂ© et de maĂźtrise Ă travers des exercices ordonnĂ©s et rĂ©pĂ©tĂ©s, afin que lâĂ©lĂšve incorpore progressivement des dispositions de contrĂŽle de soi, de persĂ©vĂ©rance et de sens du devoir.
Diversité, plein air, adaptation
Plaisir sain, courage, confiance
Valeurs Ă©prouvĂ©es dans lâaction
« Ătre fort pour ĂȘtre utile »
Analyse, répétition, précision
Volonté, discipline, maßtrise
Valeurs inscrites dans la répétition ordonnée
« Discipliner le corps pour discipliner la pensée »
- HĂ©bert â Villaret, 2004 : « Ătre fort pour ĂȘtre utile » ; activitĂ©s naturelles variĂ©es, plein air, adaptation, courage, confiance et utilitĂ© sociale.
- HĂ©bert : la valeur est surtout mise en acte dans lâexpĂ©rience â agir, rĂ©sister, sâadapter, coopĂ©rer â avant de devenir une disposition durable.
- TissiĂ© â Saint-Martin, 2006 : la gymnastique « Ă©duque tout autant quâelle instruit » ; « discipliner les muscles, câest discipliner la pensĂ©e ».
- TissiĂ© : rĂ©pĂ©tition analytique, ordre, prĂ©cision et contrĂŽle â maĂźtrise de soi, persĂ©vĂ©rance et sens du devoir.
1967 â 1985
Une pĂ©riode de coexistence entre des pratiques dominantes encore trĂšs sportives et transmissives, et des pratiques innovantes qui cherchent Ă placer davantage lâĂ©lĂšve au centre de ses apprentissages.
Une rationalitĂ© Ă©conomique commune Ă lâĂcole, au sport et Ă lâEP
LâEP et lâĂ©cole sont progressivement transformĂ©es par un mĂȘme « rĂ©cit » dominant, porteur dâune rationalitĂ© Ă©conomique. Ce rĂ©cit sâimpose notamment Ă partir des dĂ©bats du colloque dâAmiens en 1968 et des orientations politiques de De Gaulle (Prost, 1992).
Un rĂ©seau dâidĂ©es de plus en plus structurĂ© se dĂ©veloppe, articulant Ă©conomie, sport, Ă©cole, progrĂšs matĂ©riel et humain Ă travers les logiques de production (Baluteau, LâEP dans plusieurs mondes. Contribution Ă une histoire des disciplines scolaires, 2002).
Le sport, dans ce contexte, est fortement marquĂ© par la recherche de performance, Ă lâimage des formes de travail propres aux sociĂ©tĂ©s industrielles. Ce glissement culturel, perceptible dans lâĂ©cole comme dans lâEP, sâinscrit dans un dĂ©placement plus large des valeurs sociales. Une connivence entre le monde sportif et le monde Ă©conomique sâexprime clairement Ă travers lâusage commun de notions telles que « progrĂšs », « dĂ©passement » ou encore « performance ».
Le sport apparaĂźt alors « comme un des aspects de lâactivitĂ© humaine, une crĂ©ation de lâhomme pour le progrĂšs ».
DĂšs lors, la culture scolaire elle-mĂȘme se rĂ©oriente vers des valeurs dâefficacitĂ©, dâaction et de rendement. Lâintroduction du sport de compĂ©tition dans lâEP participe Ă cette logique : il sâagit de former les corps et les esprits dans une dynamique oĂč sport et rationalitĂ© Ă©conomique agissent de concert.
De lâĂ©litisme rĂ©publicain Ă lâĂ©galitĂ© des chances
La massification change la nature de lâĂcole dans la mesure oĂč elle transforme le modĂšle de lâĂ©litisme rĂ©publicain en modĂšle de lâĂ©galitĂ© des chances (Baluteau, LâEP dans plusieurs mondes, 2002).
LâĂ©cole Ă©lĂ©mentaire ne doit plus sĂ©lectionner les meilleurs, mais prĂ©parer tous les Ă©lĂšves Ă entrer au collĂšge oĂč tous pourront prĂ©tendre Ă des Ă©tudes longues (Dubet, Les enjeux dâune culture commune). Apparaissent ainsi des enjeux nouveaux de culture commune et dâĂ©galitĂ©.
Toutefois, le collĂšge unique vise Ă imposer une forme et un contenu pĂ©dagogiques uniques Ă des Ă©lĂšves qui ne sont pas tous de futurs lycĂ©ens capables de se conformer aux exigences dictĂ©es par le lycĂ©e dâenseignement gĂ©nĂ©ral, attentes que les professeurs ont fortement intĂ©riorisĂ©es comme la carriĂšre « normale ».
Ainsi, ce collĂšge fonctionne selon un principe de « distillation fractionnĂ©e » rejetant dans les marges ou des filiĂšres spĂ©ciales ceux qui ne correspondent pas aux canons de lâexcellence.
La prĂ©sence dâĂ©lĂšves faibles ou en difficultĂ© devient une vĂ©ritable prĂ©occupation pour des enseignants qui ne savent pas toujours les prendre en charge et qui peuvent finir, parfois au prix dâun fort sentiment de culpabilitĂ©, par les relĂ©guer.
- Baluteau, 2002 : rapprochement entre école, sport, économie et progrÚs autour de logiques de production.
- Collinet, 2000 : le sport est « une crĂ©ation de lâhomme pour le progrĂšs » â performance, dĂ©passement, efficacitĂ© et rendement deviennent des rĂ©fĂ©rences communes.
- Baluteau, 2002 : la massification transforme lâĂ©litisme rĂ©publicain en modĂšle de lâĂ©galitĂ© des chances.
- Dubet : enjeu dâune culture commune, mais le collĂšge unique demeure confrontĂ© Ă la diversitĂ© des Ă©lĂšves et Ă des mĂ©canismes de relĂ©gation.
Des pratiques dominantes aux pratiques innovantes
La relation pĂ©dagogique Ă©volue progressivement dâun modĂšle transmissif et autoritaire vers une approche plus interactive, mĂȘme si la sportivisation reste largement dominante.
Transmettre le modĂšle sportif et ses valeurs
Dans les pratiques dominantes, la relation pĂ©dagogique reste largement mimĂ©tique et transmissive. Lâenseignant dĂ©tient lâinitiative et propose des gestes issus des techniques sportives de rĂ©fĂ©rence que lâĂ©lĂšve doit reproduire. Roche souligne ainsi que la sportivisation ne suffit pas, Ă elle seule, Ă transformer la relation pĂ©dagogique : le modĂšle reste traditionnel et centrĂ© sur la reproduction technique.
« mettre lâaccent sur lâaspect du geste ou de la technique sportive dans le but de combler une lacune »
Cette orientation est renforcée par la formation initiale : Caritey et Michon (1998) montrent que les enseignants restent fortement marqués par une formation ENSEP/CREPS à dominante sportive.
La compĂ©tition, la performance et la recherche de maĂźtrise technique transmettent explicitement des valeurs dâeffort, de travail, de discipline, de respect des rĂšgles et de mĂ©rite (Queval, 2004).
Cette transmission correspond au contexte de la Ve République : sous De Gaulle et Herzog, le sport devient un symbole de progrÚs, de rayonnement national et de réussite individuelle. Lemonnier (2010) montre la proximité entre ces valeurs et celles du monde économique : rendement, productivité, optimisation et ascension par le travail.
LâenquĂȘte Misoff rĂ©vĂšle un dĂ©calage entre les valeurs institutionnelles et les attentes des jeunes. Ceux-ci ne rejettent pas nĂ©cessairement lâactivitĂ© physique, mais contestent davantage le record, lâexploit, la sĂ©lection et lâĂ©litisme, au profit du bien-ĂȘtre, de lâĂ©quilibre, du plaisir et de la sociabilitĂ©.
compĂ©tition, performance, discipline, mĂ©rite â EXPĂRIENCE
reproduire, sâentraĂźner, se comparer, ĂȘtre classĂ© â INCORPORATION
partielle, sélective ou résistante
Ainsi, les pratiques dominantes cherchent Ă transmettre les valeurs du sport compĂ©titif par la reproduction de modĂšles techniques et la confrontation hiĂ©rarchisĂ©e, mais lâĂ©lĂšve nâincorpore pas nĂ©cessairement lâensemble de ces valeurs : lâappropriation peut ĂȘtre partielle, sĂ©lective ou rĂ©sistante.
Les garçons, davantage socialisĂ©s Ă la compĂ©tition sportive, rencontrent Ă lâĂ©cole des normes dĂ©jĂ prĂ©sentes dans leurs loisirs et peuvent donc plus facilement les incorporer.
Pour les filles, la situation est plus contradictoire : elles doivent réussir dans un univers valorisant des qualités historiquement masculines tout en restant conformes à des attentes de féminité. La séparation des sexes demeure importante, particuliÚrement dans les activités à forte connotation masculine ou à confrontation directe.
« lâEPS des filles nâest alors pas simplement diffĂ©rente, ni Ă©gale Ă celle des garçons, elle est inĂ©galitaire car reproductrice des distinctions de genre »
Transmettre autrement pour permettre dâautres incorporations
Ă partir des annĂ©es 1970 apparaissent des pratiques innovantes qui cherchent Ă rompre avec la simple pĂ©dagogie du modĂšle. Avec MĂ©rand, Marsenach ou encore les influences liĂ©es aux transformations Ă©ducatives de lâaprĂšs-1968, lâĂ©lĂšve devient davantage acteur de ses apprentissages.
Lâenseignant prend davantage en compte ses possibilitĂ©s, ses besoins, son plaisir (Lobrot, 1995) et son activitĂ© propre. Ces pratiques introduisent ou valorisent davantage la danse, les activitĂ©s de pleine nature, les pratiques non compĂ©titives, lâexpression personnelle, la coopĂ©ration, lâautonomie et lâinitiative.
D. Bret permet de décrire cette évolution comme le passage du « praticien artisan » vers le « technicien réfléchi et applicateur ».
Les valeurs ne sont plus seulement celles de la compĂ©tition et de lâexcellence technique. Les pratiques innovantes transmettent davantage : autonomie, libertĂ©, plaisir, expression, coopĂ©ration et respect du rythme individuel.
Elles entrent ainsi davantage en rĂ©sonance avec les aspirations relevĂ©es par lâenquĂȘte Misoff : santĂ©, Ă©quilibre physique et moral, sociabilitĂ© et pratique sans obsession du podium ou du record.
autonomie, plaisir, expression, coopĂ©ration â EXPĂRIENCE
choisir, rechercher, sâexprimer, coopĂ©rer, expĂ©rimenter â INCORPORATION
autonomie, initiative, rapport plus personnel Ă lâactivitĂ©
Ainsi, les pratiques innovantes cherchent Ă transmettre des valeurs dâautonomie, de plaisir et dâexpression en transformant lâexpĂ©rience proposĂ©e Ă lâĂ©lĂšve ; parce que ces valeurs correspondent davantage aux aspirations juvĂ©niles, leur incorporation peut ĂȘtre facilitĂ©e.
Cette transformation ne signifie pas que tous les Ă©lĂšves bĂ©nĂ©ficient Ă©galement de la diversification des pratiques. Louveau et Davisse (1998) montrent que lâaccĂšs au sport reste socialement diffĂ©renciĂ© : les catĂ©gories supĂ©rieures et intermĂ©diaires disposent davantage des ressources nĂ©cessaires Ă la pratique, tandis que les ouvriers et employĂ©s y accĂšdent moins ; les femmes restent Ă©galement moins investies dans un univers encore fortement masculin. Changer ce qui est transmis ne suffit donc pas Ă garantir une incorporation identique : les expĂ©riences antĂ©rieures, le sexe et lâorigine sociale continuent Ă filtrer ce que les Ă©lĂšves peuvent effectivement sâapproprier.
Adapter la transmission à des publics plus diversifiés
Ă partir du dĂ©but des annĂ©es 1970, lâASSU cherche Ă Ă©largir son public en dĂ©veloppant, Ă cĂŽtĂ© de la formule compĂ©titive, une « formule masse », moins centrĂ©e sur la sĂ©lection et la performance. Ce choix traduit une volontĂ© dâadapter le sport scolaire aux besoins, aux envies et aux possibilitĂ©s de davantage dâĂ©lĂšves, notamment de ceux qui accĂšdent moins facilement Ă la pratique compĂ©titive.
La transformation ne porte donc pas seulement sur lâorganisation de lâAS : elle modifie Ă©galement ce qui est transmis.
Cette Ă©volution est particuliĂšrement importante du point de vue de la diversitĂ© sociale. Les Ă©lĂšves issus des milieux les moins favorisĂ©s disposent parfois de moins de ressources Ă©conomiques et dâune culture sportive moins familiĂšre, ce qui peut limiter leur accĂšs Ă une AS exclusivement compĂ©titive. En diversifiant ses formes de pratique, le sport scolaire cherche donc Ă rĂ©duire certains obstacles Ă la participation.
Mais lĂ encore, transmission ne signifie pas incorporation automatique : proposer une AS plus ouverte ne garantit pas que tous les Ă©lĂšves incorporent de la mĂȘme maniĂšre les valeurs de plaisir, de sociabilitĂ© ou dâengagement. Leur expĂ©rience dĂ©pend aussi de leur histoire sportive, de leur milieu social et du sens quâils donnent Ă la pratique proposĂ©e.
de lâoffre compĂ©titive Ă une offre plus diversifiĂ©e â TRANSMISSION
plaisir, participation, sociabilitĂ©, culture sportive â INCORPORATION
rapport plus positif et plus familier Ă la pratique physique
Ainsi, en diversifiant les formes de pratique proposĂ©es par lâASSU, lâinstitution ne cherche pas seulement Ă accueillir davantage dâĂ©lĂšves : elle transforme aussi les expĂ©riences sportives auxquelles ils accĂšdent et donc les valeurs quâils sont susceptibles dâincorporer.
modĂšle sportif â reproduction technique â compĂ©tition â incorporation sĂ©lective des valeurs de performance et de mĂ©rite.
activitĂ© de lâĂ©lĂšve â diversification â autonomie / plaisir â incorporation potentiellement plus en phase avec les aspirations juvĂ©niles.
La rupture ne porte donc pas seulement sur le choix des activitĂ©s : elle concerne surtout la maniĂšre de transmettre et le type dâexpĂ©rience Ă travers laquelle les valeurs peuvent ĂȘtre incorporĂ©es.
- IO 1967 : lâenseignant peut « mettre lâaccent sur lâaspect du geste ou de la technique sportive dans le but de combler une lacune » â permanence du modĂšle technique.
- Caritey & Michon, 1998 : forte fidélité des enseignants à leur formation initiale ENSEP/CREPS à dominante sportive.
- EnquĂȘte Misoff : les jeunes contestent davantage record, exploit, sĂ©lection et Ă©litisme, et valorisent bien-ĂȘtre, Ă©quilibre, plaisir et sociabilitĂ©.
- MĂ©rand / Marsenach ; Lobrot, 1995 : pratiques innovantes davantage centrĂ©es sur lâactivitĂ©, les besoins et le plaisir de lâĂ©lĂšve.
- ASSU, dĂ©but des annĂ©es 1970 : dĂ©veloppement dâune « formule masse » Ă cĂŽtĂ© de la formule compĂ©titive â Ă©largissement de lâoffre sportive scolaire.
Le sport, la performance et lâĂ©valuation comme normes scolaires
Les textes officiels prescrivent un idĂ©al humain fondĂ© sur la performance et le dĂ©passement de soi, tandis que lâĂ©valuation traduit concrĂštement cet idĂ©al en performances mesurĂ©es et hiĂ©rarchisĂ©es.
Au milieu des annĂ©es 1960, lâEP participe Ă un projet de modernisation et de puissance nationale. Il sâagit de former de « robustes adolescents » (Collinet, LâEP et les sciences, 2001), aptes au « dĂ©passement de soi » et ayant « lâambition de sâimposer dans le cadre de leur vie active » (IO du 19 octobre 1967).
Les finalitĂ©s de lâEP valorisent ainsi des individus performants, combatifs, ayant le « goĂ»t de lâeffort » et la volontĂ© de vaincre.
« non seulement à dégager un type humain dans sa perfection, mais à accroßtre par la compétition et le travail acharné qu'elle exige, les possibilités de l'homme »
Dans cette logique, le sport doit « dans la majoritĂ© des cas, tenir la plus grande place », car il implique « la confrontation, la compĂ©tition et la collaboration » et peut faire naĂźtre « un comportement et un Ă©tat d'esprit exemplaires ». La compĂ©tition est mĂȘme prĂ©sentĂ©e comme « une excellente motivation ».
Les textes ne prescrivent donc pas seulement davantage de sport : ils lĂ©gitiment une certaine maniĂšre dâĂȘtre performant, combatif et compĂ©titif que lâĂ©lĂšve est invitĂ© Ă incorporer.
Cette logique se retrouve dans les modalitĂ©s dâĂ©valuation. La table de cotation Letessier (1957) permet de transformer les performances physiques et la maĂźtrise technique en rĂ©sultats chiffrĂ©s comparables.
Son caractĂšre simple et objectif constitue un moyen dâassurer Ă©quitĂ©, transparence et uniformitĂ© nationale, participant ainsi Ă la scolarisation de lâEP comme discipline dâenseignement Ă part entiĂšre.
Mais la production motrice est principalement envisagĂ©e comme un produit mesurable : la performance obtenue conduit Ă la note, tandis que les processus mobilisĂ©s par lâĂ©lĂšve restent peu pris en compte.
Or tous les Ă©lĂšves ne disposent pas des mĂȘmes ressources face Ă cette norme. Les Ă©lĂšves pratiquant dĂ©jĂ en club sont avantagĂ©s, de mĂȘme que les enfants issus de milieux favorisĂ©s bĂ©nĂ©ficient plus frĂ©quemment dâune familiaritĂ© antĂ©rieure avec la culture sportive.
LâEPS peut alors produire elle aussi de lâĂ©chec scolaire et conduire Ă naturaliser les diffĂ©rences sous la forme du « don » (Maccario, 1983), cette :
« vertu mystĂ©rieuse que les uns possĂšdent alors que dâautres en sont dĂ©pourvus »
Une Ă©valuation prĂ©sentĂ©e comme identique et objective pour tous ne place donc pas tous les Ă©lĂšves dans les mĂȘmes conditions de rĂ©ussite ni dâincorporation des valeurs sportives.
sport, compĂ©tition, dĂ©passement â ĂVALUATION
performance mesurĂ©e et hiĂ©rarchisĂ©e â INCORPORATION
performance, comparaison, mérite, position dans la hiérarchie
Ce que lâinstitution cherche Ă transmettre ne prĂ©juge pas de ce que chaque Ă©lĂšve incorpore effectivement.
- Collinet, 2001 : lâEP doit former de « robustes adolescents ».
- IO du 19/10/1967 : « dĂ©passement de soi », « ambition de sâimposer dans le cadre de leur vie active » ; le sport doit « dans la majoritĂ© des cas, tenir la plus grande place ».
- IO 1967 : la compétition est présentée comme « une excellente motivation » et comme support de confrontation, collaboration et comportement exemplaire.
- Letessier, 1957 : table de cotation nationale fondée sur la performance ; Maccario, 1983 et Rauch, 1970 montrent le risque de naturaliser les écarts sous la forme du « don ».
Deux maniĂšres dâadapter la transmission : transformer la culture corporelle ou transformer la place de lâĂ©lĂšve
Claude Pujade-Renaud et Jacques De Rette proposent deux conceptions diffĂ©rentes mais convergentes sur un point : lâĂ©lĂšve ne peut plus ĂȘtre pensĂ© comme un simple exĂ©cutant dâun modĂšle imposĂ©.
Faire du corps un espace dâexpression et dâĂ©mancipation
Claude Pujade-Renaud appartient au contre-courant de lâexpression corporelle, notamment avec le GREC de Toulouse. InfluencĂ©e par la psychoclinique et la psychanalyse, elle critique une EP dominĂ©e par le sport, la performance et la technicisation du geste.
Elle refuse notamment les formes dâapprentissage dans lesquelles les gestes sont :
« rationnellement découpés suivant les principes de l'analyse mécanique du mouvement »
Cette logique techniciste rĂ©duit selon elle le corps Ă un objet Ă contrĂŽler et Ă rendre efficace. Ă lâinverse, lâexpression corporelle doit favoriser la crĂ©ativitĂ©, lâĂ©motion, la communication et lâĂ©panouissement individuel. Dans la leçon, lâĂ©lĂšve est invitĂ© Ă crĂ©er, sâexprimer et explorer son propre mouvement, avec une limitation de la normativitĂ© motrice.
« Lâexpression corporelle permet la remontĂ©e vers la conscience des mĂ©moires enfouies »
« Les activitĂ©s sportives sont partie intĂ©grante mais non suffisante dâune Ă©ducation corporelle entendue dans un sens extensif »
crĂ©ativitĂ©, expression personnelle, autonomie, communication, Ă©motion â EXPĂRIENCE
explorer, crĂ©er, ressentir, exprimer, communiquer corporellement â INCORPORATION
rapport plus personnel au corps, expression, émotion, émancipation
Ainsi, Pujade-Renaud cherche Ă transmettre des valeurs dâautonomie, de crĂ©ativitĂ© et dâexpression en faisant vivre Ă lâĂ©lĂšve des expĂ©riences corporelles moins normĂ©es, afin quâil puisse incorporer un rapport au corps davantage fondĂ© sur le ressenti, lâexpression personnelle et lâĂ©mancipation.
Cette conception conduit Ă©galement Ă critiquer lâĂ©valuation techniciste de type Letessier. Une Ă©valuation fondĂ©e sur la dĂ©composition mĂ©canique du geste privilĂ©gie ce qui est mesurable, productif et conforme Ă une norme, mais laisse de cĂŽtĂ© lâexpĂ©rience affective, relationnelle et expressive de lâĂ©lĂšve.
Cette conception entre directement en rĂ©sonance avec le contexte des annĂ©es 1968-1970 : montĂ©e de lâhĂ©donisme, contestation de lâautoritĂ© et des normes, revendications fĂ©ministes et rĂ©appropriation du corps par les femmes (Bard, 2001).
Permettre Ă lâĂ©lĂšve de sâapproprier la culture sportive
Jacques De Rette ne rejette pas le sport. Il cherche au contraire Ă transformer la maniĂšre de le transmettre.
« La gymnastique de grand-pÚre est morte »
Son objectif est de proposer « un sport de lâenfant et non un sport pour lâenfant » : il faut adapter lâEPS Ă la jeunesse moderne et construire une forme de sport que lâĂ©lĂšve puisse rĂ©ellement sâapproprier.
Dans les Républiques des Sports, les élÚves sont organisés en clubs stables et alternent entraßnements et compétitions. Mais ils deviennent aussi acteurs, observateurs et organisateurs : président, secrétaire, responsable du matériel, capitaines, représentants élus.
La culture sportive reste donc centrale, mais sa transmission passe davantage par la participation et la responsabilisation.
« EntrĂ©, comme beaucoup de camarades Ă lâENSEPS, en tant que sportif, jâen suis ressorti Ă©ducateur »
« Le vrai pĂ©dagogue peut intĂ©resser les Ă©lĂšves avec Ă peu prĂšs nâimporte quoi, mais les motifs qui lâaniment ne sont pas forcĂ©ment ceux qui font bouger les Ă©lĂšves »
culture sportive, responsabilitĂ©, citoyennetĂ©, coopĂ©ration, autonomie â EXPĂRIENCE
pratiquer, organiser, dĂ©cider, observer, exercer des responsabilitĂ©s â INCORPORATION
engagement, responsabilité, participation collective, autonomie
Ainsi, De Rette cherche Ă transmettre une culture sportive et citoyenne en faisant participer les Ă©lĂšves Ă lâorganisation mĂȘme de leur pratique, afin quâils puissent incorporer la responsabilitĂ©, lâautonomie et la participation plutĂŽt que de rester de simples exĂ©cutants.
Cette transformation apparaĂźt Ă©galement dans lâĂ©valuation. Les « dossiers techniques » permettent aux Ă©lĂšves dâenregistrer leurs rĂ©sultats et de rĂ©flĂ©chir eux-mĂȘmes Ă leurs progrĂšs :
« LâĂ©lĂšve envisage lâavenir, câest-Ă -dire les progrĂšs possibles⊠Il se dĂ©finit ainsi Ă lui-mĂȘme, et sous notre contrĂŽle, ses objectifs »
Il existe nĂ©anmoins une limite : les RĂ©publiques des Sports restent fortement dĂ©pendantes du modĂšle compĂ©titif. Loudcher et Vivier (2006) montrent quâelles sâessoufflent notamment en raison de cet alignement sur le sport compĂ©titif et de leur lourdeur organisationnelle.
Expression corporelle
Créativité, émotion, liberté
Refus du modĂšle technique unique
Critique de lâĂ©valuation techniciste
Changer ce qui est transmis
République des Sports
Responsabilité, autonomie, citoyenneté
Sport approprié et organisé par les élÚves
Ăvaluation plus dynamique et formative
Changer la maniĂšre de le transmettre
- Pujade-Renaud, 1975 : critique des gestes « rationnellement découpés suivant les principes de l'analyse mécanique du mouvement ».
- Pujade-Renaud, 1974 : « Lâexpression corporelle permet la remontĂ©e vers la conscience des mĂ©moires enfouies » ; 1979 : les sports sont « partie intĂ©grante mais non suffisante » de lâĂ©ducation corporelle.
- De Rette, Revue EPS n°98, 1969 : « EntrĂ© (...) en tant que sportif, jâen suis ressorti Ă©ducateur » ; il vise un sport de lâenfant que lâĂ©lĂšve peut sâapproprier.
- RĂ©publiques des Sports : clubs stables, responsabilitĂ©s, organisation par les Ă©lĂšves ; De Rette, 1962 : lâĂ©lĂšve se dĂ©finit lui-mĂȘme ses objectifs Ă partir de ses progrĂšs.
- Loudcher & Vivier, 2006 : limites liĂ©es au maintien dâune logique compĂ©titive et Ă la lourdeur organisationnelle.
Vers une logique personnaliste et une adaptation accrue aux élÚves
La prise en compte de lâĂ©lĂšve dans sa singularitĂ© devient un enjeu central, mais cette volontĂ© dâadaptation se heurte Ă la permanence de pratiques sportives traditionnelles et peut elle-mĂȘme produire de nouvelles diffĂ©renciations.
Lâaffirmation dâune logique personnaliste
Ă partir des annĂ©es 1980 sâaffirme progressivement une « logique personnaliste » (Baluteau), qui entre en tension avec lâorientation sportive et performative qui dominait jusque-lĂ lâEP. Il ne sâagit plus seulement de former un individu efficace et performant, mais de considĂ©rer la personne dans toutes ses dimensions : motrices, affectives, relationnelles et crĂ©atrices.
Cette Ă©volution sâinscrit dans une transformation plus large des valeurs sociales. Les termes qui dĂ©signaient auparavant les individus par leur appartenance collective â « patriotes », « travailleurs », « citoyens » â laissent davantage de place Ă ceux dâ« usagers », de « consommateurs » ou de « personnes ».
Le mouvement de 1968 participe Ă©galement Ă la valorisation de lâhĂ©donisme, du loisir, de la libĂ©ration et de lâĂ©panouissement personnel. Dans le champ des pratiques corporelles, le dĂ©veloppement des APEX et des APPN accompagne cette Ă©volution en valorisant davantage lâexpression, les sensations et la libĂ©ration du corps.
ParallĂšlement, la crise Ă©conomique rend les inĂ©galitĂ©s sociales plus visibles : chĂŽmage, blocage de lâascenseur social et ralentissement de la consommation caractĂ©risent ces « trente peu glorieuses » (L. Chauvel, 1998). Dans ce contexte, lâinstitution scolaire est conduite Ă mieux prendre en compte les caractĂ©ristiques propres de chaque Ă©lĂšve.
« placer lâĂ©lĂšve au centre du dispositif »
« individualiser lâenseignement au point que chaque Ă©lĂšve reçoive le traitement spĂ©cifique qui lui permettra de rĂ©ussir »
Faire rĂ©ussir tous les Ă©lĂšves dans une Ăcole devenue plus diverse
La prise en compte des différences entre élÚves devient une préoccupation centrale. Les ZEP, créées en 1983, visent à réduire les inégalités face à la formation selon le principe de « donner plus à ceux qui ont le moins ».
Cette politique affirme une volontĂ© de diffĂ©renciation, mais elle fait Ă©galement apparaĂźtre une contradiction : le systĂšme distingue dĂ©sormais des Ă©tablissements « normaux » et des Ă©tablissements relevant de lâĂ©ducation prioritaire, alors mĂȘme que les diffĂ©rences tiennent largement Ă leur recrutement social.
Surtout, la culture scolaire commune elle-mĂȘme est peu remise en question. Georges Snyders montre quâelle reste trĂšs proche de la culture des classes dominantes (Ăcole, classe et lutte des classes, 1976), laissant les classes populaires davantage dĂ©munies face aux attentes scolaires.
« amener 80 % dâune classe dâĂąge au niveau du baccalaurĂ©at »
Cette tension se retrouve en EPS. MalgrĂ© une ambition dâuniversalitĂ©, les contenus proposĂ©s peuvent varier selon le contexte social des Ă©tablissements. Poggi-Combaz (2002) montre que, dans les Ă©tablissements dĂ©favorisĂ©s, les enseignants proposent plus frĂ©quemment des activitĂ©s traditionnelles et prĂ©sentant peu dâincertitude, comme lâathlĂ©tisme ou la gymnastique. Ă lâinverse, les Ă©lĂšves des Ă©tablissements favorisĂ©s accĂšdent davantage Ă une diversitĂ© dâAPS, favorisant notamment lâautonomie et la prise de dĂ©cision.
- Baluteau : affirmation dâune « logique personnaliste » â prise en compte de la personne dans ses dimensions motrices, affectives et crĂ©atrices.
- Chauvel, 1998 : les « trente peu glorieuses » rendent plus visibles chĂŽmage, blocage de lâascenseur social et inĂ©galitĂ©s.
- LO du 10/07/1989 : « placer lâĂ©lĂšve au centre du dispositif ».
- Prost, 1992 : « individualiser lâenseignement au point que chaque Ă©lĂšve reçoive le traitement spĂ©cifique qui lui permettra de rĂ©ussir ».
- ZEP, 1983 : logique de compensation â « donner plus Ă ceux qui ont le moins » ; Poggi-Combaz, 2002 : les contenus proposĂ©s peuvent pourtant rester socialement diffĂ©renciĂ©s.
Diversifier, adapter⊠mais des pratiques dominantes qui résistent
La période voit apparaßtre des pratiques innovantes qui traduisent la logique personnaliste, tandis que les pratiques dominantes restent encore fortement marquées par le modÚle sportif traditionnel et technocentré.
Diversifier ce qui est transmis et adapter les formes de pratique
Ă partir des annĂ©es 1980, certaines pratiques innovantes sâĂ©loignent progressivement du « tout sport ». Lâoffre dâAPSA se diversifie avec lâintroduction des APPN, des APEX et dâautres activitĂ©s venant complĂ©ter les « sports de base ». O. Bessy Ă©voque ainsi lâapparition de « nouvelles pratiques » dans les programmations (Revue EPS n°227, 1991).
Cette diversification traduit une transformation de la culture corporelle transmise. Ă la culture sportive traditionnelle, compĂ©titive et institutionnalisĂ©e, viennent sâajouter des pratiques permettant dâautres rapports au corps et Ă lâactivitĂ©. A. Loret (GĂ©nĂ©ration glisse, 1995) Ă©voque ainsi lâenrichissement dâune « culture sportive digitale » par une « culture sportive analogique ».
Marsenach parle alors dâune vĂ©ritable redistribution des APSA proposĂ©es.
Les pratiques innovantes transmettent ainsi davantage de valeurs de diversitĂ©, dâautonomie, de libertĂ© dâengagement, dâexpression et de relation sensible au corps. Les APEX peuvent favoriser la crĂ©ativitĂ© et lâexpression personnelle, tandis que les APPN confrontent davantage lâĂ©lĂšve Ă lâincertitude, au choix et Ă lâadaptation Ă lâenvironnement.
Cette Ă©volution peut Ă©galement contribuer Ă une meilleure prise en compte de la diversitĂ© sexuĂ©e. Deltour (2005) considĂšre que cette redistribution des APSA participe Ă la recherche dâune certaine Ă©galitĂ© entre filles et garçons, en Ă©largissant les expĂ©riences corporelles proposĂ©es au-delĂ des pratiques sportives traditionnellement masculines.
diversitĂ©, autonomie, expression, libertĂ© dâengagement â EXPĂRIENCE
ressentir, choisir, crĂ©er, sâadapter, agir dans lâincertitude â INCORPORATION
rapport plus autonome, sensible et personnel au corps et Ă lâactivitĂ©
Ainsi, les pratiques innovantes cherchent Ă transmettre une culture corporelle plus diversifiĂ©e en proposant des expĂ©riences dâexpression, de choix et dâadaptation, afin que les Ă©lĂšves puissent incorporer des dispositions Ă lâautonomie, Ă la crĂ©ativitĂ© et Ă un rapport plus personnel au corps.
La logique personnaliste ne se traduit pas uniquement par la diversification des APSA. Elle conduit Ă©galement Ă transformer une mĂȘme activitĂ© en fonction des caractĂ©ristiques des Ă©lĂšves.
Gasparini (1999) propose par exemple une évolution des modalités de pratique en volley-ball selon le niveau scolaire.
2 contre 2 sur un petit terrain de 4 Ă 4 m Ă 5 Ă 5 m.
4 contre 4 sur un terrain de 7 Ă 7 m.
La pratique sportive nâest donc plus envisagĂ©e comme un modĂšle adulte quâil suffirait de reproduire Ă une Ă©chelle rĂ©duite. La forme scolaire de lâAPSA est reconstruite en fonction de lâĂąge, des ressources et du niveau des Ă©lĂšves.
rĂšgles, espace, effectif, complexitĂ©, objectifs â TRANSMISSION
une mĂȘme culture sportive rendue progressivement accessible â INCORPORATION
des savoirs et modes dâaction qui se complexifient
Ainsi, lâadaptation des formes de pratique permet de conserver une ambition culturelle commune tout en diffĂ©renciant les conditions nĂ©cessaires Ă son appropriation par des Ă©lĂšves dâĂąges et de niveaux diffĂ©rents.
Une permanence du modÚle sportif et technocentré
Malgré ces innovations, les pratiques dominantes évoluent beaucoup plus lentement.
« la démarche effective, en référence au HN, reste traditionnelle et techno-centrée »
« globalement la tradition domine, la notion de sport de base reste encore vivace »
Le sondage rĂ©alisĂ© dans lâacadĂ©mie de CrĂ©teil Ă la fin des annĂ©es 1980 montre que prĂšs de 80 % du temps scolaire demeure consacrĂ© Ă un petit noyau dâactivitĂ©s traditionnelles, tandis que les APPN (1 %) et APEX (4 %) restent marginales.
Bessy (1991) relie notamment cette permanence Ă lâ« habitus sportif » des enseignants : 57,5 % sont membres dâun club et 30 % pratiquent la compĂ©tition. Leur propre expĂ©rience sportive contribue donc Ă maintenir une prĂ©fĂ©rence pour les APSA institutionnalisĂ©es, compĂ©titives et centrĂ©es sur la performance.
« toujours et encore les mĂȘmes APSA et que rien ne change »
Lâinstitution affirme dĂ©sormais la nĂ©cessitĂ© dâindividualiser, de diffĂ©rencier et de faire rĂ©ussir tous les Ă©lĂšves. Pourtant, dans les pratiques dominantes, lâorganisation concrĂšte de lâenseignement continue souvent Ă transmettre des valeurs de performance, dâefficacitĂ©, de technicitĂ© et de conformitĂ© Ă un modĂšle.
individualisation, prise en compte de lâĂ©lĂšve, rĂ©ussite de tous â TRANSMIS EN ACTES
performance, modĂšle technique, hiĂ©rarchie, conformitĂ© â INCORPORATION POSSIBLE
efficacité, comparaison, conformité sportive
Ainsi, le passage Ă une logique personnaliste est loin dâĂȘtre immĂ©diat : les valeurs nouvelles affichĂ©es par lâinstitution peuvent coexister avec des pratiques qui continuent Ă faire incorporer les normes sportives hĂ©ritĂ©es des pĂ©riodes prĂ©cĂ©dentes.
Poggi-Combaz (2002) montre que les contenus proposĂ©s varient selon le contexte social des Ă©tablissements. Dans les Ă©tablissements dĂ©favorisĂ©s, les Ă©lĂšves sont davantage confrontĂ©s Ă des activitĂ©s traditionnelles, fermĂ©es et prĂ©sentant peu dâincertitude, comme lâathlĂ©tisme ou la gymnastique.
Ă lâinverse, les Ă©tablissements favorisĂ©s proposent davantage dâAPPN et une plus grande diversitĂ© dâAPS, donnant davantage accĂšs Ă des expĂ©riences de choix, de prise de dĂ©cision et dâautonomie â mĂȘme si ces APPN peuvent elles-mĂȘmes ĂȘtre remises en forme selon une logique compĂ©titive.
â conformitĂ©, rĂ©pĂ©tition, moindre incertitude
â possibilitĂ©s dâincorporation plus limitĂ©es en matiĂšre dâautonomie et de prise de dĂ©cision
â choix, incertitude, dĂ©cision
â dispositions davantage orientĂ©es vers lâautonomie et lâadaptation
Cette diffĂ©renciation peut alors « priver lâĂ©cole de son rĂŽle Ă©mancipateur » (Poggi-Combaz, 2002).
Les pratiques restent Ă©galement marquĂ©es par des reprĂ©sentations sexuĂ©es. Davisse et Louveau (Sport, Ă©cole et sociĂ©tĂ©, la part des femmes, 1991) montrent que les pratiques dâentretien sont davantage associĂ©es aux filles, renvoyant Ă une reprĂ©sentation du corps fĂ©minin plus proche de la sphĂšre domestique, tandis que les garçons restent davantage confrontĂ©s Ă des activitĂ©s valorisant compĂ©tition, force et affrontement.
« le sport demeure idĂ©ologiquement organisĂ© selon des critĂšres explicites ou diffus dâappartenance sexuelle oĂč chacun et chacune est jugĂ© et classĂ© selon ses goĂ»ts, ses pratiques, ses comportements ou ses formes corporelles »
Couchot-Schiex (2007) montre que les pratiques et les interactions pĂ©dagogiques sont elles aussi affectĂ©es par le genre. Les enseignants peuvent sâancrer dans les stĂ©rĂ©otypes vĂ©hiculĂ©s par le sport de haut niveau et ne pas transmettre exactement les mĂȘmes attentes aux filles et aux garçons, y compris dans une mĂȘme APSA.
En badminton, activitĂ© connotĂ©e masculine, « dans leurs discours sur lâactivitĂ©, les enseignants renforcent les comportements-type des filles et des garçons : attaque placĂ©e et dĂ©fense au filet pour les filles, smash pour les garçons ».
Ainsi, la diffĂ©renciation ne tient pas seulement aux APSA programmĂ©es : la relation pĂ©dagogique, les interactions et les contenus effectivement valorisĂ©s peuvent eux-mĂȘmes transmettre des attentes sexuĂ©es, susceptibles dâĂȘtre incorporĂ©es par les Ă©lĂšves.
LĂ encore, la diversification ne garantit donc pas automatiquement lâĂ©galitĂ© : selon la maniĂšre dont les activitĂ©s sont distribuĂ©es, les interactions conduites et les contenus valorisĂ©s, filles et garçons peuvent continuer Ă rencontrer des expĂ©riences diffĂ©rentes et Ă incorporer des normes corporelles sexuĂ©es.
logique personnaliste â diversification des APSA + adaptation des formes de pratique â expĂ©riences plus variĂ©es â incorporation possible de lâautonomie, de lâexpression, du choix et de lâadaptation.
inertie de lâhabitus sportif â activitĂ©s traditionnelles + technocentrisme + diffĂ©renciations sociales et sexuĂ©es â expĂ©riences inĂ©galement distribuĂ©es â incorporations diffĂ©rentes selon le sexe et le contexte social.
- Bessy, Revue EPS n°227, 1991 : les programmations complÚtent les « sports de base » par de « nouvelles pratiques », notamment les APPN.
- Loret, 1995 : la « culture sportive analogique » enrichit la « culture sportive digitale » â diversification des expĂ©riences corporelles.
- Gasparini, 1999 : en volley, 2c2 sur petit terrain en 6e puis 4c4 et organisation de lâattaque en terminale â adaptation concrĂšte de la forme de pratique au niveau des Ă©lĂšves.
- Marsenach, Revue EPS n°176, 1982 : « la démarche effective, en référence au HN, reste traditionnelle et techno-centrée ».
- Poggi-Combaz, 2002 : « globalement la tradition domine » et lâoffre varie selon le contexte social ; Davisse & Louveau, 1991 : maintien de diffĂ©renciations sexuĂ©es.
- Couchot-Schiex, Recherche et formation, 2007 : les interactions pĂ©dagogiques varient selon le genre ; en badminton, les enseignants renforcent des comportements-types â « attaque placĂ©e et dĂ©fense au filet pour les filles, smash pour les garçons ».
DiffĂ©rencier pour lutter contre lâĂ©chec et rendre lâĂ©lĂšve acteur de sa rĂ©ussite
Les textes officiels traduisent la logique personnaliste : lâĂ©galitĂ© ne consiste plus nĂ©cessairement Ă proposer la mĂȘme situation Ă tous, mais Ă adapter les conditions dâapprentissage et Ă responsabiliser davantage lâĂ©lĂšve.
Les IO de 1986 sâinscrivent dans un contexte de montĂ©e des inĂ©galitĂ©s et de dĂ©veloppement de lâĂ©chec scolaire. La crise Ă©conomique et sociale des « trente peu glorieuses » (Chauvel, 1998) conduit lâĂcole Ă renforcer son ambition dâĂ©galitĂ© des chances, orientation prolongĂ©e par la loi dâorientation de 1989.
Cette ambition suppose désormais de prendre davantage en compte la diversité des élÚves. Les IO de 1986 indiquent ainsi que :
« pour une mĂȘme classe il est possible de proposer des ateliers de travail diffĂ©renciĂ©s en fonction des niveaux dâhabiletĂ© atteints »
LâĂ©galitĂ© ne consiste donc plus nĂ©cessairement Ă proposer la mĂȘme situation Ă tous, mais Ă adapter les conditions dâapprentissage afin de permettre Ă chacun de progresser.
Cette Ă©volution traduit la logique personnaliste : lâĂ©lĂšve est considĂ©rĂ© dans ses caractĂ©ristiques propres et lâenseignement doit pouvoir ĂȘtre transformĂ© en fonction de ses besoins.
diffĂ©rencier les ateliers selon les niveaux dâhabiletĂ© â TRANSMISSION
rendre les apprentissages accessibles Ă des Ă©lĂšves diffĂ©rents â INCORPORATION
construire effectivement les savoirs malgré des ressources initiales différentes
Ainsi, les textes officiels font progressivement de lâadaptation une condition de la transmission : pour transmettre Ă tous, il devient nĂ©cessaire de ne pas nĂ©cessairement enseigner de la mĂȘme maniĂšre Ă chacun.
Les IO cherchent Ă©galement Ă modifier le rapport de lâĂ©lĂšve Ă sa propre rĂ©ussite. Il :
« faut en effet pouvoir comptabiliser les raisons de la réussite ou de l'échec, dans une analyse personnelle des conditions de réalisations, pour décider ensuite de la stratégie à adopter »
LâĂ©lĂšve nâest donc plus seulement celui dont lâenseignant constate la performance ou lâĂ©chec : il est invitĂ© Ă comprendre ce qui produit sa rĂ©ussite, Ă analyser son activitĂ© et Ă dĂ©cider de la suite de son action.
« placer lâĂ©lĂšve au centre du dispositif »
La « pĂ©dagogie du contrat », valorisĂ©e dans les IO de 1985, participe du mĂȘme dĂ©placement. Elle transmet des valeurs dâautonomie, dâengagement personnel et de responsabilisation : lâĂ©lĂšve est progressivement reconnu comme partenaire de son apprentissage.
autonomie, rĂ©flexivitĂ©, responsabilitĂ© â EXPĂRIENCE
analyser sa rĂ©ussite ou son Ă©chec, choisir une stratĂ©gie, sâengager dans un contrat â INCORPORATION
comprendre son activité, se fixer des objectifs, devenir acteur de ses apprentissages
Ainsi, les textes ne cherchent plus seulement Ă transmettre des savoirs : ils cherchent aussi Ă faire incorporer Ă lâĂ©lĂšve une maniĂšre plus autonome et rĂ©flexive de conduire ses propres apprentissages.
- IO 1986 : « pour une mĂȘme classe il est possible de proposer des ateliers de travail diffĂ©renciĂ©s en fonction des niveaux dâhabiletĂ© atteints ».
- IO 1986 : analyser les raisons de la rĂ©ussite ou de lâĂ©chec pour « dĂ©cider ensuite de la stratĂ©gie Ă adopter ».
- IO 1985 : valorisation dâune « pĂ©dagogie du contrat ».
- LO du 10/07/1989 : « placer lâĂ©lĂšve au centre du dispositif ».
Repenser lâĂ©valuation pour transformer lâexpĂ©rience de la rĂ©ussite
Le Groupe Plaisir de lâAEEPS et Mayeko et al. proposent deux maniĂšres dâadapter lâĂ©valuation : faire vivre davantage la rĂ©ussite et rendre visibles les progrĂšs de chaque Ă©lĂšve.
Partir du plaisir pour mobiliser lâĂ©lĂšve
Le Groupe Plaisir sâinscrit pleinement dans la logique personnaliste qui valorise lâĂ©panouissement, les Ă©motions et la prise en compte des caractĂ©ristiques propres de lâĂ©lĂšve.
Dans PĂ©dagogie de la mobilisation en EPS. RĂ©flexions et orientations (Belhouchat & Gagnaire, 2023), le plaisir nâest pas envisagĂ© comme un simple divertissement : il constitue un levier permettant de mobiliser durablement lâĂ©lĂšve dans la pratique.
Lâenjeu est notamment de dĂ©velopper un « habitus de pratique physique positif » et de reconnaĂźtre un vĂ©ritable « droit au plaisir ».
Il ne sâagit donc plus seulement de demander Ă lâĂ©lĂšve de sâadapter aux exigences de lâactivitĂ©, mais de construire des situations qui prennent appui sur ses ressources, ses prĂ©occupations et ce qui peut lui donner envie de sâengager.
Le Groupe Plaisir critique les Ă©valuations qui identifient principalement ce que lâĂ©lĂšve ne sait pas encore faire. Une telle « pĂ©dagogie des manques » peut multiplier les expĂ©riences dâĂ©chec, dĂ©valoriser lâĂ©lĂšve et rĂ©duire son envie de pratiquer. LâidĂ©e consiste au contraire Ă rendre visibles les rĂ©ussites et les progrĂšs accessibles.
Lâexemple proposĂ© par Belhouchat (2017) en acrosport illustre cette logique par une progression en paliers :
montage et démontage sécurisés
démontage acrobatique
montage acrobatique
montage et démontage acrobatiques
niveaux de rĂ©ussite accessibles et progressifs â EXPĂRIENCE
rĂ©ussir, valider un palier, percevoir ses progrĂšs, vouloir poursuivre â INCORPORATION
sentiment de compĂ©tence, plaisir de progresser, disposition positive Ă sâengager
Ainsi, le Groupe Plaisir cherche Ă adapter les situations et lâĂ©valuation pour multiplier les expĂ©riences de rĂ©ussite, afin que lâĂ©lĂšve incorpore progressivement un rapport positif Ă la pratique physique fondĂ© sur le plaisir, la compĂ©tence perçue et lâenvie de progresser.
Passer dâune performance normative Ă une performance autorĂ©fĂ©rencĂ©e
Mayeko et al. (Capitaliser ses performances en demi-fond : une expérience individuelle et collective à faire vivre aux élÚves, 2016) proposent de repenser la place de la performance en EPS.
Ils ne cherchent pas à supprimer la performance, mais à modifier la référence à partir de laquelle elle prend sens.
Dans une logique traditionnelle, lâĂ©lĂšve est confrontĂ© Ă une norme commune ou Ă la performance des autres. Cette conception favorise les Ă©lĂšves dĂ©jĂ performants et peut conduire les autres Ă interprĂ©ter leurs rĂ©sultats comme la manifestation dâune incapacitĂ© stable : la performance semble alors rĂ©servĂ©e Ă une « petite poignĂ©e dâĂ©lus », dotĂ©s de qualitĂ©s que les autres ne possĂ©deraient pas.
De plus, si chaque Ă©valuation constitue une nouvelle Ă©preuve ponctuelle, la moindre contre-performance peut ĂȘtre vĂ©cue comme une remise en cause de la compĂ©tence de lâĂ©lĂšve et du travail dĂ©jĂ accompli.
Mayeko et al. proposent au contraire une performance autorĂ©fĂ©rencĂ©e : lâĂ©lĂšve Ă©value sa progression Ă partir de ce quâil Ă©tait capable de rĂ©aliser auparavant. La capitalisation des performances individuelles et collectives permet ainsi de donner une place centrale au plaisir de progresser, de sâaccomplir et de se dĂ©passer.
Cette transformation permet Ă©galement de redonner une place positive Ă lâerreur. Celle-ci nâest plus seulement la marque dâun manque ou dâune incompĂ©tence, mais peut devenir une source de dĂ©couverte et de progrĂšs.
La performance individuelle confronte lâĂ©lĂšve Ă ses propres limites et Ă ses propres progrĂšs.
La performance collective permet parallÚlement de rassembler les élÚves, chacun pouvant contribuer au progrÚs du groupe à partir de son propre niveau.
LâĂ©valuation devient alors moins une procĂ©dure destinĂ©e Ă classer les individus quâun moyen de rendre les progrĂšs visibles et de mettre lâĂ©lĂšve sur la voie de lâapprentissage.
prendre comme rĂ©fĂ©rence les progrĂšs propres Ă chaque Ă©lĂšve â EXPĂRIENCE
constater ses progrĂšs, capitaliser ses rĂ©ussites, apprendre de lâerreur, contribuer au collectif â INCORPORATION
sentiment de compétence, goût du progrÚs, persévérance, rapport moins déterministe aux capacités
Ainsi, lâĂ©valuation autorĂ©fĂ©rencĂ©e adapte la rĂ©fĂ©rence de la performance au parcours de chaque Ă©lĂšve afin de lui faire vivre concrĂštement ses progrĂšs et de lui permettre dâincorporer lâidĂ©e que sa compĂ©tence peut se construire et se transformer par lâapprentissage.
Contre la « pédagogie des manques »
Paliers accessibles
Donner envie de sâengager
Faire vivre la réussite
Incorporer un rapport positif Ă la pratique
Contre la performance uniquement normative
Capitalisation des performances
Donner envie de progresser
Rendre visible le progrĂšs
Incorporer un rapport évolutif à sa compétence
- Belhouchat & Gagnaire, 2023 : le Groupe Plaisir vise un « habitus de pratique physique positif » et défend un « droit au plaisir ».
- Groupe Plaisir : critique dâune « pĂ©dagogie des manques » centrĂ©e sur ce que lâĂ©lĂšve ne sait pas faire.
- Belhouchat, 2017 â acrosport : paliers blanc â vert â bleu â rouge ; la validation progressive rend la rĂ©ussite visible et soutient lâengagement.
- Mayeko et al., 2016 : performance autorĂ©fĂ©rencĂ©e et capitalisation des progrĂšs individuels et collectifs ; la performance prend sens par rapport au parcours propre de lâĂ©lĂšve.
- Mayeko et al., 2016 : lâerreur peut devenir une source de dĂ©couverte et de progrĂšs plutĂŽt quâune preuve dâincompĂ©tence.
2Le geste et lâeffortOuvrir le coursïŒ
3DĂ©bats et controversesOuvrir le coursïŒ
CAPEPS L3
Les quatre items de connaissances au programme de lâĂcrit 2 CAPEPS L3.
ITEM 1ActivitĂ© et expĂ©rience des Ă©lĂšves dans les pratiques physiques, sportives et artistiquesïŒ
ITEM 2Apprentissage moteur et techniques corporellesïŒ
ITEM 3Effort et bien-ĂȘtreïŒ
ITEM 4DĂ©veloppement des adolescentsïŒ
CAPEPS M2
Les trois items de connaissances au programme de lâĂcrit 2 CAPEPS M2.
ITEM 1Technique, technologie et apprentissage moteurïŒ
Apprentissage moteur et techniques corporelles
Fil rouge : enseigner consiste Ă amĂ©nager des conditions externes ; apprendre correspond Ă un processus de transformation de lâĂ©lĂšve. Selon la façon dont on explique cette transformation, lâenseignant nâagit pas sur les mĂȘmes conditions.
Introduction â Enseigner et apprendre : deux processus diffĂ©rents
« Enseigner câest crĂ©er des conditions externes (matĂ©rielles, informationnelles, relationnelles) dans le but de permettre aux Ă©lĂšves de sâengager dans un processus interne et individuel Ă partir duquel ils construiront de nouvelles compĂ©tences. »
â amĂ©nager des conditions externes susceptibles de favoriser les apprentissages.
â processus de transformation des possibilitĂ©s dâaction de lâĂ©lĂšve.
Lâenseignant ne peut pas apprendre Ă la place de lâĂ©lĂšve (processus interne). Il peut en revanche agir sur la tĂąche, le matĂ©riel, lâespace, les rĂšgles, les consignes, les informations, les feedbacks, la rĂ©pĂ©tition, les interactions sociales et les rĂŽles attribuĂ©s aux Ă©lĂšves (conditions externes).
Ă retenir : lâenseignement porte sur les conditions de lâapprentissage, mais ne garantit pas lâapprentissage. En Ăcrit 2, lâintervention doit ĂȘtre reliĂ©e au contexte de lâĂ©tablissement et aux Ă©pisodes observĂ©s.
Lâapprentissage moteur
1. Quâest-ce quâapprendre ?
Pour Maurice Reuchlin, il y a apprentissage lorsquâun « organisme placĂ© plusieurs fois dans la mĂȘme situation modifie sa conduite de façon systĂ©matique et relativement durable ».
Une rĂ©ussite ponctuelle ne suffit donc pas Ă conclure quâun apprentissage sâest produit. Cette dĂ©finition doit nĂ©anmoins ĂȘtre nuancĂ©e : des apprentissages peuvent Ă©galement se produire par observation ou transmission verbale. Dans lâapprentissage moteur, lâexpĂ©rience corporelle et la rĂ©pĂ©tition restent cependant particuliĂšrement importantes.
Lâapprentissage est un processus non directement observable. Lâenseignant observe des comportements, coordinations, rĂ©ponses et performances, puis infĂšre quâune transformation a eu lieu.
Ce que lâĂ©lĂšve rĂ©alise ici et maintenant.
Transformation relativement durable de ses possibilitĂ©s dâaction.
2. Quâest-ce quâun apprentissage moteur ?
Pour Durand, apprendre consiste à « Ă©laborer et Ă rĂ©aliser une rĂ©ponse efficace et Ă©conomique pour atteindre un objectif prĂ©cis » (Lâenfant et le sport, PUF, 1987).
Efficace : lâaction permet dâatteindre le but recherchĂ©. Ăconomique : le rĂ©sultat est obtenu grĂące Ă une organisation progressivement plus adaptĂ©e.
3. Comment expliquer cette transformation ?
Les thĂ©ories de lâapprentissage reposent sur des conceptions diffĂ©rentes de lâĂ©lĂšve, de son activitĂ© et de sa relation Ă lâenvironnement. Pour chaque approche, on retiendra la mĂȘme grille :
2. Comment apprend-il ?
3. Comment qualifier lâenseignement ?
4. Quelles conditions externes lâenseignant amĂ©nage-t-il ?
Approche cognitiviste
LâĂ©lĂšve est : un processeur dâinformations et constructeur de reprĂ©sentations.
Comment apprend-il ? PERCEVOIR â TRAITER â SE REPRĂSENTER â DĂCIDER â AGIR â FEEDBACK. Au fil de ses expĂ©riences, il amĂ©liore connaissances, reprĂ©sentations, principes dâaction, rĂšgles de dĂ©cision et programmes moteurs (Schimdt, 1993).
à retenir : apprendre = construire et améliorer des représentations et connaissances permettant de mieux agir.
Lâenseignement est : explicite et rĂ©gulateur.
AdĂ©, 2021 Ă Apprendre consiste Ă acquĂ©rir de lâinformation mais aussi Ă optimiser son traitement, son stockage en mĂ©moire et sa rĂ©actualisation. Les connaissances sont organisĂ©es en regroupements de + en + larges permettant de stocker les informations non pas une par une mais dans des ensembles utilisables dans de multiples situations. Les mĂ©ta-procĂ©dures permettront alors au systĂšme cognitif Ă la fois de crĂ©er des automatismes et dâĂȘtre flexible. Cet apprentissage se fait Ă chaque Ă©tape du traitement de lâinfo°, depuis la perception jusquâĂ la production de la rĂ©ponse. Chaque expĂ©rience sâappuie sur ce qui est stockĂ© en mĂ©moire et, en retour, nourrit cette derniĂšre, ce qui donne au retour dâinformation (sur lâeffet de lâaction) un rĂŽle tout Ă fait prĂ©pondĂ©rant.
Conditions externes : informations, consignes, dĂ©monstrations, critĂšres de rĂ©ussite, feedbacks, verbalisation, rĂšgles dâaction de type « si⊠alors⊠».
Â
Approche dynamique
LâĂ©lĂšve est : un systĂšme auto-organisĂ© et explorateur.
Comment apprend-il ? Selon Newell (1986), la coordination Ă©merge de lâinteraction ORGANISME Ă TĂCHE Ă ENVIRONNEMENT. COORDINATION HABITUELLE â DĂSTABILISATION â EXPLORATION â ĂMERGENCE DâUNE NOUVELLE COORDINATION â STABILISATION.
Ă retenir : apprendre = faire Ă©merger puis stabiliser de nouvelles coordinations sous lâeffet des contraintes.
Lâenseignement est : orientĂ© par les contraintes et exploratoire.
Conditions externes : but, rÚgles, matériel, vitesse, cible, espace, distances, hauteurs, obstacles, zones et niveau de difficulté.
Approche écologique
LâĂ©lĂšve est : un percepteur-acteur. PERCEPTION â ACTION.
Gibson, J. J. (1979). The Ecological Approach to Visual Perception.
Comment apprend-il ? Il devient progressivement capable de dĂ©tecter les informations pertinentes de lâenvironnement et les affordances, câest-Ă -dire les possibilitĂ©s dâaction offertes par lâenvironnement relativement Ă ses capacitĂ©s. Lâapprentissage peut ĂȘtre pensĂ© comme une Ă©ducation de lâattention.
Ă retenir : apprendre = devenir capable de percevoir les informations pertinentes et les possibilitĂ©s dâaction.
Lâenseignement est : contextualisĂ© et attentionnel.
Conditions externes : milieu, reprĂ©sentativitĂ© de la situation, saillance des informations et orientation de lâattention.
Approche énactive
Varela 1989
Saury, AdĂ©, Gal-Petitfaux, Huet, SĂšve & Trohel (2013), Actions, significations et apprentissages en EPS. Une approche centrĂ©e sur les cours dâexpĂ©rience des Ă©lĂšves et des enseignants.
AdĂ© & TerrĂ© (dir., 2025), Le cours dâEPS, des expĂ©riences Ă vivre : une approche Ă©nactive de lâintervention.
LâĂ©lĂšve est : un acteur autonome et interprĂšte. Il sĂ©lectionne ce qui fait sens pour lui en fonction de son histoire, ses actions, ses perceptions et ses intentions. On peut retenir le modĂšle HAPI : Histoires â Actions â Perceptions â Intentions.
Comment apprend-il ? Deux Ă©lĂšves placĂ©s dans le mĂȘme environnement peuvent ne pas vivre la mĂȘme situation. ACTEUR â ENVIRONNEMENT â EXPĂRIENCE â CONSTRUCTION DE SIGNIFICATIONS â TRANSFORMATION DE LâACTIVITĂ.
LâĂ©lĂšve apprend en situation, en se situant et Ă se situer. Au fil de ses expĂ©riences, il construit aussi des expĂ©riences-types : EXPĂRIENCE â TYPICALISATION â EXPĂRIENCE-TYPE â RECONNAISSANCE â REMOBILISATION.
à retenir : apprendre = transformer progressivement les significations construites à partir de ses expériences.
Lâenseignement est : indirect et itĂ©ratif. INDIRECT : lâenseignant ne commande pas ce qui fera sens. ITĂRATIF : CONCEVOIR â OBSERVER â ENQUĂTER â AJUSTER â OBSERVER Ă NOUVEAU.
Les espaces dâactions encouragĂ©es â EAE
Un EAE est un environnement conçu afin de rendre certaines actions et expĂ©riences plus probables sans imposer complĂštement une rĂ©ponse. Lâenseignant agit sur ESPACE â MATĂRIEL â RĂGLES â AUTRUI â CONSIGNES â ORGANISATION.
PACE (Dossier EPS 93)
Limiter certaines possibilitĂ©s pour en encourager dâautres.
Créer un effet loupe sur une perception, une sensation ou un effet.
Créer des continuités et des « airs de déjà -vu » entre les expériences.
Comprendre ce que vit rĂ©ellement lâĂ©lĂšve : action, perception, intention.
Approche socio-constructiviste
Vygotsky, pensée et langage, 1934
Doise & Mugny (1981), Le dĂ©veloppement social de lâintelligence
LâĂ©lĂšve est : un co-constructeur de connaissances. Autrui devient une ressource pour apprendre.
Comment apprend-il ? Il transforme ses connaissances en confrontant son point de vue Ă celui des autres, en argumentant, expliquant et comparant.
Ă retenir : apprendre = construire ou transformer ses connaissances dans lâinteraction avec autrui.
Lâenseignement est : interactif et co-constructif.
Conditions externes : groupes, binĂŽmes, temps dâĂ©change, questionnement, traces de lâactivitĂ©, responsabilitĂ©s.
DĂ©bat dâidĂ©es : PRATIQUER â RECUEILLIR DES INFORMATIONS â ĂCHANGER â CONFRONTER â CO-CONSTRUIRE â REPRATIQUER. On ne fait pas parler les Ă©lĂšves pour parler : la parole doit transformer leur comprĂ©hension de lâaction.
Apprentissage social, imitation-modélisation et co-repérage
Bandura (1986), Social Foundations of Thought and Action: A Social Cognitive Theory
Winnykamen (1990), Apprendre en imitant ?, PUF â rĂ©fĂ©rence majeure pour lâimitation-modĂ©lisation interactive (IMI).
Les neurones miroirs ont Ă©tĂ© mis en Ă©vidence Rizzolatti & al 1996 dans les annĂ©es 1990. Ils sâactivent lorsquâun individu rĂ©alise une action mais aussi lorsquâil observe cette mĂȘme action rĂ©alisĂ©e par autrui.Â
Le lien avec lâapprentissage moteur par observation est donc assez intuitif : lorsque lâĂ©lĂšve observe un modĂšle, certains rĂ©seaux impliquĂ©s dans lâaction sont Ă©galement sollicitĂ©s. Cela peut faciliter la reprĂ©sentation de lâaction, la comprĂ©hension du but du geste et sa prĂ©paration ultĂ©rieure.
LâĂ©lĂšve est : un observateur actif et modĂ©lisateur.
Comment apprend-il ? OBSERVER â CONSTRUIRE UN MODĂLE â ESSAYER â COMPARER â AJUSTER.
Lâenseignement est : observationnel et interactif.
Conditions externes : choix du modÚle, démonstration explicitée, informations à observer, alternance observer/pratiquer, challenge optimal de modélisation.
Co-repĂ©rage (S.Delarche, 2015) : PRATIQUER â OBSERVER â ĂCHANGER â REPRATIQUER. Lâenseignant joue sur les binĂŽmes, rĂŽles, indicateurs, fiches et temps dâĂ©change.
SynthĂšse des conceptions de lâapprentissage
| Approche | LâĂ©lĂšve est⊠| Comment apprend-il ? | Lâenseignement est⊠| Conditions externes |
|---|---|---|---|---|
| Cognitiviste | Processeur dâinformations / constructeur de reprĂ©sentations | Construit connaissances et reprĂ©sentations | Explicite et rĂ©gulateur | Informations, consignes, feedbacks, dĂ©monstrations, verbalisation |
| Dynamique | SystÚme auto-organisé / explorateur | Fait émerger puis stabilise de nouvelles coordinations | Orienté par les contraintes et exploratoire | RÚgles, matériel, espace, difficulté, contraintes |
| Ăcologique | Percepteur-acteur | Perçoit informations et possibilitĂ©s dâaction pertinentes | ContextualisĂ© et attentionnel | Milieu, informations perceptives, reprĂ©sentativitĂ©, attention |
| Ănactive | Acteur autonome / interprĂšte | Transforme les significations construites Ă partir de ses expĂ©riences | Indirect et itĂ©ratif | EAE, expĂ©riences Ă vivre, PACE |
| Socio-constructiviste | Co-constructeur | Construit ses connaissances avec autrui | Interactif et co-constructif | Groupes, débats, verbalisation, confrontation |
| Imitation / co-repĂ©rage | Observateur actif / modĂ©lisateur | Utilise lâaction dâautrui pour rĂ©guler la sienne | Observationnel et interactif | ModĂšles, dĂ©monstrations, binĂŽmes, indicateurs, co-repĂ©rage |
Les techniques corporelles
1. Quâest-ce quâune technique corporelle ?
« La technique est un acte traditionnel efficace. »
Une technique corporelle est une solution corporelle, inventée, utilisée ou découverte pour résoudre un problÚme posé ou une classe de problÚmes.
2. Dépasser une conception techniciste
Une conception techniciste risque de rĂ©duire la technique Ă ses caractĂ©ristiques visibles : MODĂLE TECHNIQUE â REPRODUCTION â RĂPĂTITION â CORRECTION â STABILISATION. Elle peut apporter des repĂšres utiles, mais ne suffit pas Ă rendre compte de toute la complexitĂ© des techniques corporelles.
Caractéristiques observables et mesurables : positions, trajectoires, déplacements, vitesses, accélérations, coordinations segmentaires.
Ce que vit celui qui agit : intentions, perceptions, sensations, émotions, significations.
Comprendre une technique suppose donc de considérer à la fois ce que fait le corps et ce que vit celui qui agit.
3. Pourquoi enseigner des techniques corporelles ?
Selon SÚve et Gal-Petitfaux (2015), les techniques corporelles sont à la fois une fin et un moyen. Elles participent simultanément à une éducation DU corps et à une éducation PAR le corps.
Enrichir aisance, adaptabilité motrice, capacités perceptives, décisionnelles, physiologiques et coordinations. Construire une disponibilité motrice permettant de réinvestir gainage, mise en tension-renvoi, coordinations segmentaires et ajustements perceptivo-moteurs.
Construire Ă travers lâexpĂ©rience corporelle des ressources plus larges : responsabilitĂ©s, connaissance de lâeffort, relation Ă lâenvironnement, accĂšs Ă un mode de vie actif.
La finalitĂ© nâest donc pas seulement de reproduire une technique dans la situation prĂ©cise oĂč elle a Ă©tĂ© apprise. LâĂ©lĂšve doit pouvoir RECONNAĂTRE â RĂINVESTIR â ADAPTER.
4. Quelles techniques corporelles en EPS ?
Les techniques sportives occupent une place importante, mais elles ne sont pas les seules. On peut distinguer :
Agir efficacement dans les APSA sportives.
Créer, communiquer, exprimer par le corps.
Entretenir, préserver ou développer son corps.
Sâengager corporellement en contrĂŽlant les risques.
Articuler apprentissage moteur et techniques corporelles
Comment lâĂ©lĂšve se transforme-t-il ?
Quelles solutions corporelles lâĂ©lĂšve construit-il et sâapproprie-t-il ?
Lâapprentissage moteur permet de comprendre les processus de transformation ; les techniques corporelles dĂ©signent une partie des solutions corporelles que lâĂ©lĂšve construit et sâapproprie.
Selon la conception de lâapprentissage, les conditions externes varient : cognitivisme â informations et feedbacks ; dynamique â contraintes et exploration ; Ă©cologique â informations perceptives et milieu ; Ă©naction â expĂ©riences Ă vivre, EAE et PACE ; socio-constructivisme â Ă©changes et confrontation ; apprentissage social â observation, imitation-modĂ©lisation et co-repĂ©rage.
Apprendre des techniques dâentretien en CA5
En CA5, lâĂ©lĂšve ne doit pas seulement apprendre Ă rĂ©aliser un exercice. Il doit progressivement apprendre Ă percevoir les effets de son activitĂ© sur son propre corps afin de pouvoir rĂ©guler sa pratique.
1. Comment lâĂ©lĂšve apprend-il ?
Il construit des savoir-faire perceptifs : essoufflement, tensions musculaires, aisance respiratoire, fatigue, « soif dâair », localisation des sensations. Il apprend Ă utiliser ces informations pour faire des choix dans sa pratique.
2. Comment qualifier lâenseignement ?
Lâenseignement est notamment indirect, rĂ©flexif et itĂ©ratif. Lâenseignant ne ressent pas Ă la place de lâĂ©lĂšve. Il organise des conditions lui permettant de PERCEVOIR â OBJECTIVER â COMPARER â INTERPRĂTER â RĂGULER.
Il peut faire croiser CE QUE JE RESSENS avec CE QUE JE MESURE / CE QUE MON ACTIVITĂ DONNE Ă VOIR.
3. Les échelles de ressentis
Lâenseignant peut dâabord proposer une Ă©chelle de ressentis commune. Au fil des expĂ©riences rĂ©pĂ©tĂ©es, lâĂ©lĂšve peut progressivement construire une Ă©chelle esthĂ©siologique personnelle : un rĂ©pertoire de sensations de plus en plus fines susceptible de guider sa pratique (Schirrer & Paintendre, 2017).
4. Croiser ce que lâĂ©lĂšve vit et ce quâil donne Ă voir
Ce que lâĂ©lĂšve vit : sensations, perceptions, difficultĂ© ressentie, focalisations attentionnelles. Ce que lâĂ©lĂšve donne Ă voir : frĂ©quence cardiaque, mouvements corporels, paramĂštres Ă©nergĂ©tiques et biomĂ©caniques.
Paintendre (2024) propose quatre questions : quelles informations corporelles sont perçues ? lesquelles sont mesurĂ©es ? existe-t-il une congruence ou une incohĂ©rence ? pourquoi et quels ajustements effectuer ? Les Ă©carts deviennent alors des objets dâapprentissage.
5. Le partage des ressentis
Les Ă©lĂšves ne disposent pas toujours spontanĂ©ment des mots pour dĂ©crire leur expĂ©rience corporelle. Dans des espaces de dĂ©briefing, ils peuvent dĂ©crire, Ă©couter, comparer et enrichir leurs repĂšres. Cette logique peut contribuer Ă constituer une « communautĂ© sensorielle ». LâexpĂ©rience reste personnelle, mais les mots et perceptions dâautrui peuvent aider chacun Ă mieux identifier les siennes.
Argumentations et illustrations pour lâĂcrit 2
Approche Ă©nactive â Construire sa propre technique corporelle
Argumentation
Dans une approche Ă©nactive, apprendre une technique corporelle, entendue comme une solution corporelle efficace Ă un problĂšme, ne consiste pas Ă reproduire une forme gestuelle prĂ©dĂ©finie. LâĂ©lĂšve, acteur autonome et interprĂšte, construit progressivement sa propre technique Ă partir de ce qui fait sens pour lui dans les expĂ©riences vĂ©cues, selon ses ressources, ses perceptions et ses intentions. Lâenseignement est alors indirect et itĂ©ratif : lâenseignant amĂ©nage des conditions externes, notamment par des inducteurs, qui ouvrent et orientent le champ des possibles sans prescrire la rĂ©ponse. Ces inducteurs sollicitent chez lâĂ©lĂšve une activitĂ© dâexploration, dâinterprĂ©tation et de sĂ©lection : il Ă©prouve diffĂ©rentes solutions corporelles, en perçoit les effets, transforme ses premiĂšres rĂ©ponses puis stabilise progressivement celles qui lui permettent dâagir efficacement.
Exemple â Arts du cirque
En arts du cirque, plutĂŽt que dâimposer une technique traditionnelle de jonglage Ă reproduire, lâenseignant donne Ă chaque Ă©lĂšve un seul objet et lui laisse dâabord un temps dâexploration afin quâil mobilise son propre bagage moteur et produise ses premiĂšres solutions corporelles. Il introduit ensuite diffĂ©rents inducteurs : « fais voyager lâobjet sans le lancer », « garde-le en Ă©quilibre », « utilise une partie du corps que tu nâavais pas encore utilisĂ©e ». Ces consignes ne prescrivent pas une technique prĂ©cise mais conduisent chaque Ă©lĂšve Ă rĂ©interprĂ©ter et transformer ses premiĂšres rĂ©ponses, en explorant de nouvelles manipulations, trajectoires et coordinations. Lâenseignant observe alors les rĂ©ponses produites et propose de nouveaux inducteurs pour poursuivre cette transformation : chaque Ă©lĂšve construit ainsi progressivement sa propre technique corporelle, singuliĂšre mais efficace au regard du problĂšme proposĂ©.
Approche socio-constructiviste â Co-repĂ©rage et technique corporelle
Argumentation
Dans une approche socio-constructiviste, apprendre une technique corporelle ne repose pas uniquement sur la rĂ©pĂ©tition individuelle, mais sur les transformations permises par les interactions avec autrui. LâĂ©lĂšve, co-constructeur de connaissances, observe les rĂ©ponses motrices de ses pairs, les analyse, les confronte Ă ses propres façons dâagir puis rĂ©investit les repĂšres construits dans sa pratique. Lâenseignement est alors interactif et co-constructif : par le co-repĂ©rage, lâenseignant organise des conditions externes qui sollicitent une activitĂ© dâobservation, dâanalyse, de verbalisation et de comparaison. Ces interactions permettent Ă lâĂ©lĂšve de faire Ă©voluer ses reprĂ©sentations et ses rĂšgles dâaction afin de construire progressivement une technique corporelle plus efficace et adaptĂ©e Ă la situation.
Exemple â Basket-ball : co-repĂ©rage dâune technique dĂ©cisionnelle
En basket-ball, lâenseignant organise des groupes dans lesquels les Ă©lĂšves alternent les rĂŽles dâattaquant, dĂ©fenseur et observateur. Lors dâun 2 contre 2, les observateurs utilisent une fiche de co-repĂ©rage construite autour dâun indicateur qualitatif : « avance si le couloir de jeu est libre ; passe si un dĂ©fenseur est devant toi », avec plusieurs niveaux de maĂźtrise. LâĂ©lĂšve observateur repĂšre les choix de son camarade et les met en relation avec la configuration du jeu. Ă chaque rotation, il devient Ă son tour pratiquant et peut rĂ©investir ce quâil a observĂ© et discutĂ©. Le co-repĂ©rage induit donc une activitĂ© dâobservation â comparaison â construction dâune rĂšgle dâaction â rĂ©investissement, permettant progressivement de construire une technique corporelle dĂ©cisionnelle adaptĂ©e au rapport de force.
CA5 â Construire des repĂšres perceptifs pour rĂ©guler une technique dâentretien
Argumentation
En CA5, apprendre une technique dâentretien ne consiste pas seulement Ă savoir exĂ©cuter un mouvement ou appliquer des paramĂštres dâentraĂźnement. LâĂ©lĂšve doit progressivement apprendre Ă percevoir les effets de son activitĂ© sur son corps et utiliser ces informations pour rĂ©guler sa pratique. Il construit ainsi des savoir-faire perceptifs en mettant en relation ses sensations â essoufflement, fatigue musculaire, aisance respiratoire, « soif dâair » â avec des informations plus objectives comme la frĂ©quence cardiaque. Lâenseignant amĂ©nage alors des conditions permettant Ă lâĂ©lĂšve de percevoir â objectiver â comparer â interprĂ©ter â rĂ©guler. Les Ă©chelles de ressentis et les donnĂ©es mesurĂ©es deviennent ainsi des outils permettant de construire progressivement une Ă©chelle esthĂ©siologique personnelle, susceptible de guider la mise en Ćuvre de sa technique dâentretien.
Exemple â Step : confronter ressenti, FC mesurĂ©e et FC cible
En Step, un Ă©lĂšve poursuit un projet dâentraĂźnement en endurance correspondant par exemple Ă une FC cible situĂ©e autour de 80 % de sa FC maximale. AprĂšs plusieurs minutes de pratique, il indique sur son Ă©chelle de ressentis un effort presque maximal : respiration saccadĂ©e, manque dâair, forte difficultĂ© sur les derniĂšres rĂ©pĂ©titions. Pourtant, son cardiofrĂ©quencemĂštre indique seulement 65 % de sa FC maximale. LâĂ©lĂšve est alors confrontĂ© Ă un Ă©cart entre ce quâil vit, ce quâil mesure et ce que son projet devrait produire. Lâenseignant lâamĂšne Ă identifier cet Ă©cart puis Ă modifier un paramĂštre de sa technique dâentretien â hauteur du step, engagement des bras, amplitude ou orientation des dĂ©placements â afin de se rapprocher de sa zone cible. En rĂ©pĂ©tant ces confrontations, lâĂ©lĂšve apprend progressivement Ă associer certaines sensations Ă diffĂ©rents niveaux dâintensitĂ© et Ă rĂ©guler lui-mĂȘme les paramĂštres de son entraĂźnement.




Nuance Ă©nactive â EnquĂȘter avant de rĂ©guler
Identifier un Ă©cart entre ressenti et donnĂ©es objectives ne suffit pas Ă savoir pourquoi cet Ă©cart existe. Une frĂ©quence cardiaque infĂ©rieure Ă la cible associĂ©e Ă une forte difficultĂ© perçue peut avoir des significations diffĂ©rentes selon lâĂ©lĂšve. Lâenseignant doit donc enquĂȘter sur lâexpĂ©rience vĂ©cue avant de modifier les conditions de pratique. Il peut sâappuyer sur la triade ACTION â PERCEPTION â INTENTION : « Que faisais-tu ? », « Quâest-ce que tu ressentais ou regardais ? », « Quâest-ce que tu cherchais Ă faire ? ».
Argumentation
Dans une approche Ă©nactive, lâenseignement des techniques dâentretien est indirect et itĂ©ratif. Lâenseignant ne peut pas dĂ©duire uniquement de la frĂ©quence cardiaque ou du comportement visible ce que vit rĂ©ellement lâĂ©lĂšve. Il enquĂȘte sur ses actions, perceptions et intentions afin de comprendre les raisons de ses choix et de ses sensations. Cette enquĂȘte lui permet ensuite dâajuster les conditions externes pour provoquer de nouvelles expĂ©riences corporelles. LâĂ©lĂšve peut alors comparer ces nouvelles sensations aux prĂ©cĂ©dentes et construire progressivement des repĂšres personnels lui permettant de choisir et rĂ©guler des paramĂštres dâentraĂźnement adaptĂ©s Ă son projet.
Exemple â Step : comprendre lâĂ©cart avant de modifier le paramĂštre
Tom rĂ©alise une sĂ©quence de Step Ă 132 bpm dans un projet dâendurance. Il dĂ©crit une respiration saccadĂ©e, un manque dâair et un effort presque maximal, alors que sa frĂ©quence cardiaque reste autour de 65 % de sa FC maximale, loin de sa zone cible. PlutĂŽt que de conclure immĂ©diatement quâil doit « travailler plus fort », lâenseignant enquĂȘte. Tom explique quâil est surtout prĂ©occupĂ© par la complexitĂ© des pas et quâil doit continuellement rĂ©flĂ©chir Ă la chorĂ©graphie, notamment lorsquâil combine les orientations autour du step et les mouvements de bras. La difficultĂ© ressentie est donc en partie liĂ©e Ă une charge attentionnelle importante, et pas seulement Ă lâintensitĂ© Ă©nergĂ©tique de lâeffort. Lâenseignant peut alors lui proposer de simplifier momentanĂ©ment les dĂ©placements et de jouer davantage sur un paramĂštre Ă©nergĂ©tique, par exemple la hauteur du step. Tom peut ainsi vivre une nouvelle expĂ©rience, davantage centrĂ©e sur les sensations produites par lâintensitĂ© de lâeffort, puis confronter Ă nouveau ressenti, FC mesurĂ©e et FC cible.
Banque complĂ©mentaire â Approches et exemples
Approche anthropologique / énactive : typicalisation
Dans le cadre de l'approche anthropologique de l'enseignement des techniques corporelles (TC), l'apprentissage ne se rĂ©duit pas Ă une explication cognitive des liens entre actions et rĂ©sultats, mais repose sur une personnalisation Ă©nactive de ces liens Ă partir du vĂ©cu individuel. Les Ă©lĂšves, confrontĂ©s Ă des situations uniques, dĂ©veloppent des actions-types en s'appuyant sur des expĂ©riences reprĂ©sentatives oĂč une action s'est rĂ©vĂ©lĂ©e efficace, associant ces actions Ă des Ă©lĂ©ments marquants du contexte â sensations, Ă©motions et singularitĂ©s situationnelles. Cette dynamique s'aligne sur la thĂ©orie de la catĂ©gorisation des objets du monde naturel proposĂ©e par Rosch (1978), selon laquelle les catĂ©gories se forment Ă partir d'expĂ©riences typiques et prototypiques (approche Ă©nactive) plutĂŽt que de rĂšgles logiques abstraites (approche cognitive). Par consĂ©quent, apprendre une TC consiste Ă associer des actions efficaces Ă des Ă©lĂ©ments saillants d'une situation, en se rĂ©fĂ©rant Ă ces expĂ©riences reprĂ©sentatives qui favorisent une reconnaissance intuitive et analogique du contexte. Cette perspective anthropologique valorise l'adaptation personnelle et la dimension expĂ©rientielle, au-delĂ d'une simple reproduction mĂ©canique dâune technique tirĂ©e du haut-niveau.
Exemple Basket-Ball : Pour prendre en compte la dimension subjective de lâexpĂ©rience vĂ©cue et pour que la mise en mots de lâexpĂ©rience permette Ă tous dâacquĂ©rir et dâutiliser la technique corporelle de la feinte. Nous prenons alors la proposition de Moucher (Les apprentissages dĂ©cisionnels en sports collectifs, 2021). Il sâagit de donner aux Ă©lĂšves des « touches dâexplication » pendant les matches, câest-Ă -dire dâarrĂȘter le jeu Ă des moments stratĂ©giques par rapport Ă la technique corporelle visĂ©e et de le questionner immĂ©diatement sur son expĂ©rience pour lâaider Ă typifier les moments favorables Ă la feinte. Par exemple, dĂšs quâun Ă©lĂšve fait une feinte rĂ©ussie, arrĂȘter le jeu et le questionner « pourquoi tu as feintĂ©, quâest ce que tu as perçu et ressenti ? ». Cela permet Ă chaque Ă©lĂšve, individuellement, de mettre en mots son expĂ©rience pour que chacun typifie ce qui fait sens pour eux (ex : jâai vu les Ă©paules du dĂ©fenseur sâoriente vers la passe, alors jâai feintĂ©) ; ce qui est alors favorable Ă lâacquisition de techniques corporelles de communication et contre-communication.
Exemple en Sports de raquette : Faire annoncer « banco » Ă un Ă©lĂšve en tennis de table avant de frapper la balle sur lequel il pense gagner le point, câest lâaider Ă construire les conditions favorables pour reconnaitre des configurations propices Ă la rupture de lâĂ©change. Câest aussi favoriser la reconnaissance et le souvenir de situations de jeu ou le « banco » Ă©tait gagnant. Les Ă©lĂšves construisent leur propre technique sportive et dĂ©cisionnelle de rupture de lâĂ©change, car ils typicalisent des connaissances en faisant des liens entre des moments ou avoir annoncĂ© banco Ă©tait bĂ©nĂ©fique ou non.
Approche anthropologique / énactive : démarche proscriptive
Dans le cadre de l'approche anthropologique de l'enseignement des techniques corporelles (TC), l'apprentissage repose sur la construction personnelle de significations par l'apprenant. Chaque Ă©lĂšve fabrique en effet « une rĂ©alitĂ© » et vit « sa situation » Ă travers ses interactions avec un environnement d'apprentissage dynamique et unique, oĂč apprendre Ă©quivaut Ă interprĂ©ter et Ă bĂątir des significations Ă partir d'expĂ©riences vĂ©cues. Dans cette perspective, accompagner les Ă©lĂšves dans l'acquisition des TC implique de privilĂ©gier une dĂ©marche « proscriptive » (Saury, 2013), qui offre des possibilitĂ©s d'actions adaptĂ©es tout en limitant ou en dissuadant simultanĂ©ment d'autres actions inappropriĂ©es, ce qui favorise une adaptation personnalisĂ©e. Contrairement Ă une approche prescriptive rigide qui impose des rĂšgles abstraites et des rĂ©pĂ©titions mĂ©caniques, cette dĂ©marche proscriptive s'inscrit dans l'anthropologique en encourageant les Ă©lĂšves Ă dĂ©velopper des actions-types efficaces en associant ces actions Ă des Ă©lĂ©ments marquants d'une situation â sensations, contextes Ă©motionnels et singularitĂ©s perceptives â en se rĂ©fĂ©rant Ă des expĂ©riences reprĂ©sentatives et prototypiques (thĂ©orie de la catĂ©gorisation de Rosch, 1978). Ainsi, cette approche proscriptive valorise l'autonomie de l'apprenant dans un cadre balisĂ©, permettant une personnalisation Ă©nactive des techniques qui respecte la diversitĂ© des vĂ©cus et des perceptions individuelles.
Exemple en Sport collectif : la prescription « dribble interdit » peut placer le PB dans des conditions de passe obligatoire inadaptĂ©es au rapport de force (par exemple sâil nâest pas menacĂ© par un dĂ©fenseur direct). Dans ce cas, proscrire, consiste Ă annoncer que tout PB touchĂ© par un adversaire entraine la perte collective du ballon.
Exemple en Natation de vitesse : lâenseignant proscrit en demandant aux Ă©lĂšves « Ă chaque 25m, cherchez Ă diminuer dâun cycle la frĂ©quence de nage de la longueur prĂ©cĂ©dente ». Lâenseignant ouvre des possibilitĂ©s car il ne prescrit pas le moyen dâaction en mettant lâĂ©lĂšve dans une activitĂ© dâexploration des possibilitĂ©s dâaction, mais il limite ses choix en favorisant lâexploration de moyens dâaction qui augmentent lâamplitude de nage et la crĂ©ation de glisse bras tendus vers lâavant. En crawl, cette situation amĂšne les Ă©lĂšves Ă allonger les trajets propulsifs en allant chercher loin devant et pousser loin derriĂšre. Aussi, cela accentue la sensation de glisse lors de la phase dâappui.
Exemple en Escalade : lâenseignant proscrit en demandant aux Ă©lĂšves de rĂ©aliser 3 fois une mĂȘme voie en cherchant Ă diminuer le nombre de prise main Ă chaque essai. Cette situation incite Ă saisir des opportunitĂ©s pour grimper le plus haut possible en reconnaissant des qualitĂ©s aux prises quâils choisissent pour aller le plus haut. Dâun point de vue des acquisitions motrices, il en va dâune augmentation de lâamplitude du mouvement via une diminution de la traction du bras (conduite typique du dĂ©butant) et une augmentation de lâamplitude des appuis pĂ©destres possible via des placements inhabituels et de nouveaux dĂ©sĂ©quilibres.
Approche cognitiviste
Selon lâapproche cognitiviste, le mouvement est pilotĂ© par une reprĂ©sentation mentale des Ă©tapes reliant les conditions initiales au but Ă atteindre, appuyĂ©e par une connaissance des principes dâaction et un programme moteur qui prescrit les commandes aux muscles. Ainsi, se reprĂ©senter la tĂąche, comprendre ses principes dâaction, puis sĂ©lectionner et paramĂ©trer le programme moteur sont des Ă©tapes clĂ©s pour exĂ©cuter une action motrice de maniĂšre efficace (D. DeligniĂšres, 2004). Le retour dâinformation, en particulier sur lâeffet de lâaction, joue un rĂŽle prĂ©pondĂ©rant en permettant dâajuster reprĂ©sentations et programmes moteurs (AdĂ©, 2021).
Exemple en Badminton : un Ă©lĂšve qui peine Ă envoyer le volant au fond compare les effets de frappes sous la hanche et au-dessus de lâĂ©paule, puis une frappe initialisĂ©e de face avec une frappe dĂ©butĂ©e de profil et terminĂ©e de face. La mĂ©thode comparative vise la comprĂ©hension dâun principe dâaction et la construction dâune reprĂ©sentation pertinente de la tĂąche.
Exemple en Sports collectifs ou de raquette : des grilles de lecture tactique « si⊠alors⊠» permettent de construire des principes dâaction et des repĂšres informationnels pouvant ĂȘtre rĂ©investis dans des situations types.
Approche socio-constructiviste
Dans une approche socio-constructiviste (Vygotski, PensĂ©e et langage, 1934), lâĂ©lĂšve apprend en co-construction avec autrui, particuliĂšrement lorsquâil est confrontĂ© Ă un point de vue diffĂ©rent du sien. Les conflits socio-cognitifs peuvent conduire lâĂ©lĂšve Ă dĂ©centrer ses structures cognitives et Ă construire de nouvelles connaissances. Lâenseignant peut rĂ©unir les conditions dâune interdĂ©pendance positive et faire Ă©merger des controverses constructives par des dĂ©bats dâidĂ©es.
Exemple en Natation de vitesse : un relais thĂ©matisĂ© autour des surfaces propulsives permet aux Ă©lĂšves de confronter temps, nombre de coups de bras et ressentis sous diffĂ©rentes contraintes (mains en poings, mains ouvertes, sans matĂ©riel, plaquettes), puis de vĂ©rifier leurs hypothĂšses en rĂ©pĂ©tant lâexpĂ©rience.
ENSEIGNER â amĂ©nager des conditions externes.
APPRENDRE â transformer ses possibilitĂ©s dâaction.
SâAPPROPRIER DES TECHNIQUES CORPORELLES â construire, transformer et stabiliser des solutions corporelles efficaces et adaptables.
ĂDUQUER â DU corps et PAR le corps.
ITEM 2Effort, bien-ĂȘtre et sensationsïŒ
ITEM 3Corps, adolescence et enjeux du monde contemporainïŒ
Ton espace de formation
Cet espace sera progressivement enrichi avec de nouveaux cours, ressources méthodologiques, exemples et supports de travail tout au long de la formation.