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MÉTHODOLOGIE

Construire ses écrits

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1MĂ©thodologie Écrit 1 CAPEPSOuvrir les cours de mĂ©thodologie
CM1 MÉTHODOLOGIE
RepĂšres & MĂ©thodologie de l’Écrit 1
Comprendre l’épreuve · analyser un sujet · construire l’introduction · annoncer ses parties · argumenter · conclure 
PARTIE 1

CAPEPS Écrit 1 : RepĂšres & MĂ©thodologie

BAC+5 / M2
⏱ 5 heures — Dissertation

Une dissertation portant sur l'histoire de l'EPS. Le candidat doit construire une problématique, 2 ou 3 parties argumentées et une ouverture en guise de conclusion.

BAC+3 / L3
⏱ 4 heures — ThĂ©matique + Questions

Une thématique accompagnée d'une ou plusieurs questions. Le candidat doit construire une problématique, 2 ou 3 parties argumentées et une ouverture en guise de conclusion.

PARTIE 2

Les 3 items de l’Écrit 1

1. Transmettre et adapter

Conduire une rĂ©flexion sur l'Ă©volution de la leçon d'EPS pour rĂ©pondre aux finalitĂ©s et mutations de l'École.

Prendre en compte les élÚves dans leur diversité et l'adéquation entre les contenus, les pratiques pédagogiques et les modalités d'évaluation. Concerne également l'association sportive, les sections sportives, l'enseignement de spécialité, etc.

2. Le geste et l’effort

Interroger la dimension corporelle de l'éducation physique. Le geste renvoie à une approche esthétique, technique et biomécanique du corps.

L'effort est associé à l'implication et à l'engagement physique et psychologique des élÚves, individuellement ou avec d'autres.

3. Débats et controverses

Inscrire l'enseignement de l'EPS dans un « champ conceptuel » oĂč des acteurs proposent diffĂ©rentes visions de l'EPS : recherche scientifique, positionnement idĂ©ologique, engagement syndical, sphĂšre mĂ©dicale, monde sportif fĂ©dĂ©ral, etc.

PARTIE 3

Les analyseurs

Les analyseurs permettent de prĂ©senter diffĂ©rentes scĂšnes de l’EPS, de faire apparaĂźtre des nuances et des dĂ©calages, de caractĂ©riser une pĂ©riode et surtout de qualifier les mots clĂ©s du sujet.

1. Les pratiques / leçon réeelle

Ce que les enseignants proposent réellement sur le terrain.

  • Pratiques innovantes (~10 %)
  • Pratiques dominantes (~80 %)
  • Pratiques rĂ©gressives (~10 %)
  • DiversitĂ© des Ă©lĂšves : genre, origine sociale, niveau de pratique, besoins Ă©ducatifs particuliers.
âžĄïž À une mĂȘme pĂ©riode, tous les enseignants ne proposent pas la mĂȘme EPS et tous les Ă©lĂšves ne sont pas confrontĂ©s aux mĂȘmes formes d’enseignement.

2. Les conceptions / leçon conceptuelle

Les différentes maniÚres de penser l'EPS.

  • conception du corps et de l'Ă©lĂšve ;
  • apprentissage et performance ;
  • santĂ© ;
  • rĂŽle de l'enseignant ;
  • finalitĂ©s de l'EPS ;
  • type d'Ă©lĂšve que l'on cherche Ă  former.
âžĄïž Une mĂȘme pĂ©riode peut ĂȘtre traversĂ©e par plusieurs conceptions concurrentes.

3. Les textes officiels / leçon institutionnelle

Ce que l'institution prescrit.

  • instructions officielles ;
  • programmes ;
  • circulaires ;
  • rĂ©fĂ©rentiels ;
  • modalitĂ©s d'Ă©valuation.
âžĄïž Un texte officiel ne suffit pas Ă  dĂ©crire l’EPS rĂ©ellement enseignĂ©e.
REGARD DU JURY 2026

La prise en compte de la diversitĂ© des Ă©lĂšves a constituĂ© un « indicateur pour identifier les meilleures productions ». Le jury invite notamment Ă  considĂ©rer l’origine sociale, le genre, le niveau de pratique et les besoins Ă©ducatifs particuliers.

Rapport du jury CAPEPS externe Bac+3 — Session 2026, p. 8 et p. 11.
À RETENIR — LE TRIANGLE DES DÉCALAGES
TEXTES OFFICIELS ≠ CONCEPTIONS ≠ PRATIQUES
Ce qui est prescrit n’est pas nĂ©cessairement ce qui est pensĂ©, ni ce qui est rĂ©ellement fait.
âžĄïž Ces dĂ©calages permettent de nuancer l’analyse historique.
PARTIE 4

Croiser le diachronique et le synchronique

Pour construire une vĂ©ritable dĂ©monstration historique, il faut articuler deux façons de lire l’histoire de l’EPS.

1. Lecture diachronique (ce que font uniquement les candidats de bandeau 2)

Étudier l’évolution dans le temps.

  • Ă©volutions ;
  • ruptures ;
  • continuitĂ©s ;
  • permanences.
âžĄïž Comment la rĂ©ponse au sujet Ă©volue-t-elle d’une pĂ©riode Ă  l’autre ?
2. Lecture synchronique (la clé du bandeau 3)

Analyser ce qui coexiste Ă  une mĂȘme pĂ©riode.

  • plusieurs conceptions ;
  • plusieurs types de pratiques ;
  • acteurs en dĂ©saccord ;
  • tensions et controverses ;
  • dĂ©calages entre textes, conceptions et pratiques.
âžĄïž Une pĂ©riode historique ne doit jamais ĂȘtre prĂ©sentĂ©e comme totalement homogĂšne.
REGARD DU JURY 2026

Les productions de niveau 3 étudient les notions selon une approche « à la fois diachronique et synchronique ». Le jury valorise également la confrontation de plusieurs conceptions pour construire un processus « synchronique et non plus seulement diachronique ».

Rapport du jury CAPEPS externe Bac+3 — Session 2026, p. 15.

Croiser les analyseurs dans une mĂȘme partie

L’objectif n’est pas de faire trois blocs indĂ©pendants : Textes officiels → Conceptions → Pratiques. Il faut les mettre en relation au service du sujet.

TEXTES OFFICIELS
Que prescrit l’institution ?
CONCEPTIONS
Quels acteurs défendent ou contestent cette orientation ?
PRATIQUES
Que font réellement les enseignants ?
DIVERSITÉ DES ÉLÈVES
Tous les Ă©lĂšves vivent-ils la mĂȘme EPS ?
CONTEXTE
Pourquoi ces évolutions apparaissent-elles à ce moment ?
Une bonne partie = évolution dans le temps + tensions dans la période + croisement de plusieurs analyseurs
PARTIE 4

Lire un sujet

Un sujet est toujours composé de plusieurs éléments. Avant de répondre, il faut le décortiquer méthodiquement.

1

Mots clés

Souvent deux grandes notions Ă  mettre en relation. Elles doivent ĂȘtre qualifiĂ©es selon les pĂ©riodes. Chercher environ 3 Ă  5 mots ou expressions par pĂ©riode pour les caractĂ©riser.

2

Mot pivot

Permet de comprendre la relation à démontrer entre les mots clés : répondre, refléter, contribuer, favoriser, transformer, permettre, davantage, toujours...

Il peut ĂȘtre dĂ©clinĂ© selon l’intensitĂ© ou la temporalitĂ©.

3

Inducteur de questionnement

  • Montrez que... → dĂ©montrer.
  • Comment... → montrer formes et Ă©volutions.
  • En quoi... → expliquer le lien.
  • Dans quelle mesure... → mesurer et nuancer.
  • A-t-elle davantage... ? → comparer.
4

Borne temporelle

Indique la période historique à analyser. Exemples : « Depuis la fin du XIXe siÚcle », « Depuis 1936 », « Depuis 1945 ».

PARTIE 5

Exemples d’analyse de sujets

CAPEPS BAC+5 / M2 — SUJET 2026

« Depuis la fin du XIXe siĂšcle, la performance a-t-elle Ă©tĂ©, en EPS, davantage un moyen qu’une finalitĂ© ? »

  • Mot clĂ© 1 : PERFORMANCE
  • Mot pivot : DAVANTAGE
  • Mots clĂ©s 2 : MOYEN / FINALITÉ
  • Borne : Depuis la fin du XIXe siĂšcle
  • Inducteur : « A-t-elle Ă©tĂ©... ? »
CAPEPS BAC+3 / L3 — EXEMPLE

« L'effort et la formation des élÚves en EPS depuis la fin du XIXe siÚcle. Comment la notion d'effort a-t-elle été appréhendée... ? En quoi cette évolution reflÚte-t-elle des conceptions différentes... ? »

  • Mots clĂ©s : effort, formation des Ă©lĂšves, conceptions
  • Mot pivot : REFLÉTER
  • Borne : Depuis la fin du XIXe siĂšcle
  • Inducteurs : Comment...? / En quoi...?
PARTIE 7

Le bornage : comment découper son devoir ?

Une fois le sujet compris, il faut construire un bornage cohĂ©rent. On peut souvent retrouver une logique en 3 grandes pĂ©riodes. Les bornes ne doivent cependant jamais ĂȘtre utilisĂ©es mĂ©caniquement : elles doivent ĂȘtre justifiĂ©es par le sujet.

1
Partie 1
Fin du XIXe siùcle → 1967
2
Partie 2
1967 → 1981 ou 1985
3
Partie 3
1981 / 1985 → aujourd'hui

Dans chaque période :

  • Comment est qualifiĂ© mon mot clĂ© 1 ?
  • Comment est qualifiĂ© mon mot clĂ© 2 ?
  • Quelle relation existe entre eux ?
  • Comment cette relation Ă©volue-t-elle ?
  • Que montrent les pratiques ?
  • Que montrent les conceptions ?
  • Que montrent les textes officiels ?
  • Quels dĂ©calages apparaissent ?
  • Quelle diversitĂ© des Ă©lĂšves faut-il prendre en compte ?
ENTRAÎNEMENT

À toi de jouer

Pour chaque sujet ci-dessous, identifie :

🔍 Les mots clĂ©s
🔗 Le mot pivot
❓ L’inducteur
⏳ Le bornage
CAPEPS BAC+5 / M2
Sujet 1

Comment l'évolution des conceptions du geste et de l'effort a-t-elle participé à la construction de l'identité de l'EPS depuis la fin du XIXe siÚcle ?

Sujet 2

Comment l'EPS obligatoire et le sport scolaire ont-ils pu représenter une ouverture culturelle pour les élÚves ?

Sujet 3

Depuis la fin du XIXe siÚcle, comment l'évolution des techniques enseignées en éducation physique et sportive reflÚte-t-elle les conceptions du corps dans la société française ?

CAPEPS BAC+3 / L3
Sujets Ă  venir.
PARTIE 9

Comment faire un plan ?

Le plan ne doit pas ĂȘtre une simple succession chronologique de connaissances. Les parties sont chronologiques, mais chacune doit dĂ©fendre une rĂ©ponse particuliĂšre au sujet.
âžĄïž Une nouvelle partie = une nouvelle maniĂšre de qualifier les mots-clĂ©s et leur relation.
⚠ Les structures 3 × 2 et 3 × 3 proposĂ©es ici sont des cadres mĂ©thodologiques. Elles permettent d’organiser efficacement la dĂ©monstration, mais ne constituent pas un format imposĂ© par le jury.
ÉCRIT 1 — CAPEPS L3

Le 3 × 2

3 parties chronologiques × 2 sous-parties
Partie 1 Partie 2 Partie 3
Sous-partie 1 Pratiques dominantes
Textes officiels
Conceptions dominantes
Contexte

→ THÈSE / MAJORITAIRE
Pratiques dominantes
Textes officiels
Conceptions dominantes
Contexte

→ THÈSE / MAJORITAIRE
Pratiques dominantes
Textes officiels
Conceptions dominantes
Contexte

→ THÈSE / MAJORITAIRE
Sous-partie 2 Pratiques innovantes / minoritaires / régressives
Conceptions alternatives
Diversité des élÚves
Décalages prescription / terrain

→ NUANCE / MINORITAIRE
→ qualifie autrement les mots-clĂ©s et le mot pivot
Pratiques innovantes / minoritaires / régressives
Conceptions alternatives
Diversité des élÚves
Décalages prescription / terrain

→ NUANCE / MINORITAIRE
→ qualifie autrement les mots-clĂ©s et le mot pivot
Pratiques innovantes / minoritaires / régressives
Conceptions alternatives
Diversité des élÚves
Décalages prescription / terrain

→ NUANCE / MINORITAIRE
→ qualifie autrement les mots-clĂ©s et le mot pivot
💡 La sous-partie 2 ne remet pas nĂ©cessairement en cause la sous-partie 1 : elle la nuance et vient qualifier les mots clĂ©s d'une nouvelle façon.
ÉCRIT 1 — CAPEPS M2

Le 3 × 3

3 parties chronologiques × 3 sous-parties
Partie 1 Partie 2 Partie 3
Sous-partie 1 EPS dominante
Un analyseur fort
ex. : textes officiels

Qualification des mots-clés
→ THÈSE
EPS dominante
Un analyseur fort
ex. : textes officiels

Qualification des mots-clés
→ THÈSE
EPS dominante
Un analyseur fort
ex. : textes officiels

Qualification des mots-clés
→ THÈSE
Sous-partie 2 Conceptions dominées / innovantes / régressives / minoritaires

→ autre qualification des mots-clĂ©s et du mot pivot
→ parfois en avance sur les textes officiels
Conceptions dominées / innovantes / régressives / minoritaires

→ autre qualification des mots-clĂ©s et du mot pivot
→ parfois en avance sur les textes officiels
Conceptions dominées / innovantes / régressives / minoritaires

→ autre qualification des mots-clĂ©s et du mot pivot
→ parfois en avance sur les textes officiels
Sous-partie 3 Pratiques dominantes
Réalité du terrain
Diversité des élÚves
Corps enseignant

→ renforce ou nuance la thùse
Pratiques dominantes
Réalité du terrain
Diversité des élÚves
Corps enseignant

→ renforce ou nuance la thùse
Pratiques dominantes
Réalité du terrain
Diversité des élÚves
Corps enseignant

→ renforce ou nuance la thùse
💡 Le 3 × 3 permet davantage de finesse dans la dĂ©monstration. Mais cela demande du temps !

La logique générale du plan

1
Réponse dominante
→ THÈSE
2
Autres conceptions
→ NUANCE / CONTROVERSE
3
Réalité du terrain
→ PRATIQUES / DÉCALAGES
PARTIE 10

Comment faire une accroche ?

L’accroche doit permettre d’entrer directement dans le sujet. Elle se construit en 4 temps, qui doivent s’enchaüner naturellement.

EXEMPLE — SUJET

« Depuis 1936, l’éducation physique peut-elle ĂȘtre analysĂ©e comme une rĂ©ponse aux transformations des conceptions de la santĂ© et du bien-ĂȘtre dans les sociĂ©tĂ©s modernes ? »

1

Annoncer une citation

On commence par mobiliser une citation / une référence apprise / une connaissance d'actualité qui reprend un ou plusieurs mots-clés du sujet.

« Selon l’OMS (2019), 80 % des jeunes ne sont pas assez actifs pour espĂ©rer vieillir en bonne santĂ©. Or, l’activitĂ© physique durant la jeunesse conditionne la santĂ© et le bien-ĂȘtre Ă  l’ñge adulte (G. Gatouillat, 2019). »
âžĄïž La rĂ©fĂ©rence permet ici d’entrer directement dans les mots-clĂ©s santĂ© et bien-ĂȘtre.
2

Expliciter la citation au regard du sujet

La citation ne doit jamais rester seule. Il faut expliquer ce qu’elle permet de dire du sujet. Cela suppose de qualifier les mots-clĂ©s, le mot pivot et la relation entre eux.

« L’EPS semble ainsi rĂ©pondre fortement Ă  cet enjeu, puisqu’elle vise aujourd’hui une conception holistique de la santĂ© et du bien-ĂȘtre, intĂ©grant des dimensions physiques, psychologiques et sociales, notamment Ă  travers la compĂ©tence “savoir se prĂ©parer et s’entraĂźner” (Programme lycĂ©e, 2019). »
Mot pivot : « réponse »
→ rĂ©ponse forte
SantĂ© et bien-ĂȘtre
→ conception holistique
âžĄïž Cette phrase construit une premiĂšre rĂ©ponse au sujet.
3

Nuancer

Il faut ensuite montrer que cette premiĂšre rĂ©ponse n’est ni totale ni Ă©vidente. La nuance doit elle aussi passer par une nouvelle qualification des termes du sujet.

« Cependant, cette rĂ©ponse forte n’est pas si Ă©vidente. Certains auteurs (Dietsch, Durali, Lemeure, 2022) dĂ©noncent en effet la confusion entre Ă©ducation physique, simple “bougisme” et prĂ©paration physique. Dans cette perspective, l’EPS pourrait surtout rĂ©pondre Ă  une conception corporelle et physique de la santĂ© et du bien-ĂȘtre, centrĂ©e sur l’activitĂ© et la condition physique, alors que ces notions recouvrent Ă©galement des dimensions psychologiques et sociales. »
Mot pivot : « réponse »
→ d’une rĂ©ponse forte Ă  une rĂ©ponse plus partielle et discutable
SantĂ© et bien-ĂȘtre
→ d’une conception holistique à une conception davantage corporelle et physique
âžĄïž La nuance ne consiste donc pas seulement Ă  Ă©crire « cependant » : elle doit requalifier les termes du sujet.
4

Questionner

Les questions doivent dĂ©couler directement de l’opposition construite entre la premiĂšre rĂ©ponse et sa nuance.

« L’EP a-t-elle toujours constituĂ© une rĂ©ponse forte aux transformations des conceptions de la santĂ© et du bien-ĂȘtre depuis 1936 ? A-t-elle rĂ©pondu de maniĂšre holistique Ă  ces transformations ou a-t-elle privilĂ©giĂ©, selon les pĂ©riodes, certaines dimensions, notamment corporelles et physiques, de la santĂ© et du bien-ĂȘtre ? »
âžĄïž Le questionnement reprend directement les qualifications construites dans l’accroche.
À RETENIR
1. CITATION
Une référence liée au sujet
2. EXPLICITATION
Qualifier mots-clés + mot pivot
3. NUANCE
Requalifier pour créer une tension
4. QUESTIONNEMENT
Transformer la tension en questions
Une bonne accroche commence déjà à problématiser le sujet.
PARTIE 11

Définir les termes du sujet

La dĂ©finition ne doit pas prendre la forme d’un catalogue de dĂ©finitions successives. Il s’agit d’identifier le terme central du sujet, de le dĂ©finir de maniĂšre fonctionnelle, puis d’en prĂ©ciser les diffĂ©rentes acceptions utiles au traitement du sujet.

REGARD DU JURY 2026

Le rapport du jury insiste sur la nécessité de définir puis articuler les notions-clés, tout en évitant le « florilÚge de définitions ».

La méthode

1
Identifier le terme central
Commencer par le terme qui organise le sujet plutÎt que de définir chaque mot indépendamment.
2
Le caractériser
Proposer une définition qui permette immédiatement de qualifier et de catégoriser le terme.
3
Faire apparaĂźtre ses formes
Éviter une dĂ©finition trop restrictive en montrant les diffĂ©rentes acceptions possibles du terme.
4
Articuler les termes
Mettre progressivement les termes du sujet en relation, plutÎt que de les définir les uns aprÚs les autres.
Une logique d’articulation
Cette logique rejoint la mĂ©thodologie proposĂ©e par Perrine Goldman : commencer par le terme central, puis relier les autres termes Ă  celui-ci afin d’éviter des dĂ©finitions « juxtaposĂ©es et dĂ©connectĂ©es » et de faire apparaĂźtre la complexitĂ© du sujet.
EXEMPLE
SUJET
« Depuis la fin du XIXe siĂšcle, la performance a-t-elle Ă©tĂ©, en EPS, davantage un moyen qu’une finalitĂ© ? »
1

Partir du terme central : la performance

La performance, issue de l’ancien français parformer (« accomplir, exĂ©cuter, achever »), renvoie progressivement Ă  un rĂ©sultat, un exploit ou un degrĂ© de rĂ©ussite. En EPS, elle ne saurait toutefois ĂȘtre rĂ©duite au seul record sportif : selon les pĂ©riodes, elle peut ĂȘtre physique, athlĂ©tique, sportive ou artistique, et relever aussi bien d’une logique de dĂ©passement de soi, du « mieux », que d’une logique d’accomplissement, du « bien ».

Ce que fait cette définition

Elle définit
Résultat · exploit · degré de réussite
Elle catégorise
Physique · athlétique · sportive · artistique
Elle qualifie
Dépassement de soi (« mieux ») · accomplissement (« bien »)
2

Relier progressivement les autres termes

DĂšs lors, la performance peut ĂȘtre recherchĂ©e comme une fin en elle-mĂȘme, mais aussi ĂȘtre utilisĂ©e pour atteindre des finalitĂ©s Ă©ducatives plus larges. Ces deux fonctions restent Ă©troitement liĂ©es : rechercher une performance peut constituer l’objectif immĂ©diat de l’élĂšve tout en servant, pour l’institution ou l’enseignant, sa formation physique, morale, sociale ou culturelle.
ON PASSE PROGRESSIVEMENT DE LA DÉFINITION À L’ARTICULATION DU SUJET
PERFORMANCE
→
plusieurs formes
→
FINALITÉ
↔
MOYEN
À RETENIR
DĂ©finir ≠ juxtaposer plusieurs dĂ©finitions.
1. Identifier le terme central
2. Le définir, le caractériser et le catégoriser
3. Faire apparaßtre ses différentes acceptions
4. Relier progressivement les autres termes du sujet
Une bonne définition commence déjà à construire la relation entre les termes du sujet.
PARTIE 12

Et le diachronique ? Le voilĂ , le bloc que tu peux tout le temps faire ;)

Juste aprĂšs la dĂ©finition des termes, il faut prĂ©voir un paragraphe de jeu des scĂšnes/analyseurs. Son objectif est de montrer trĂšs tĂŽt que la rĂ©ponse au sujet varie selon l’angle d’analyse retenu.

POUR COMPLEXIFIER, ON PEUT CONFRONTER :
TEXTES OFFICIELS
Ce que l’institution prescrit.
CONCEPTIONS
Ce que défendent les acteurs et concepteurs.
PRATIQUES
Ce qui est effectivement mis en Ɠuvre.
DIVERSITÉ DES PRATIQUES
Dominantes · innovantes · régressives
DIVERSITÉ DES ÉLÈVES
Sexe · milieu social · niveau de pratique · ressources · besoins particuliers
L’idĂ©e mĂ©thodologique

Il faut faire comprendre dĂšs l’introduction que la rĂ©ponse ne sera jamais uniforme : une mĂȘme pĂ©riode peut produire des rĂ©ponses diffĂ©rentes selon ce que l’on observe, les conceptions retenues, les pratiques Ă©tudiĂ©es et les Ă©lĂšves concernĂ©s.

EXEMPLE
SUJET
« Depuis la fin du XIXe siĂšcle, la performance a-t-elle Ă©tĂ©, en EPS, davantage un moyen qu’une finalitĂ© ? »
1

Faire apparaĂźtre le diachronique

On commence par montrer que les termes du sujet évoluent dans le temps.

Discuter de la place de la performance en EP puis en EPS depuis la fin du XIXe siÚcle revient ainsi à analyser, à chaque période, la maniÚre dont elle est qualifiée et la place qui lui est accordée entre moyen et finalité.
DIACHRONIQUE → Comment la qualification de la performance et sa relation entre moyen / finalitĂ© Ă©voluent-elles d’une pĂ©riode Ă  l’autre ?
2

Complexifier avec les différents analyseurs

Cette relation peut toutefois diffĂ©rer selon que l’on observe les orientations institutionnelles, les conceptions dĂ©fendues par les acteurs ou les pratiques effectivement mises en Ɠuvre.
âžĄïž Une mĂȘme pĂ©riode peut donc donner lieu Ă  plusieurs rĂ©ponses au sujet selon l’analyseur mobilisĂ©.
3

Montrer la diversitĂ© au sein d’une mĂȘme pĂ©riode

Plus encore, au sein d’une mĂȘme pĂ©riode peuvent coexister une EP dominante, mais aussi des formes rĂ©gressives, restant attachĂ©es Ă  des conceptions antĂ©rieures de la performance, et des propositions innovantes qui en renouvellent les usages et les significations.
SYNCHRONIQUE → Dans une mĂȘme pĂ©riode : dominant ≠ innovant ≠ rĂ©gressif.
4

Intégrer la diversité des élÚves

DĂšs lors, la performance ne prend ni la mĂȘme importance, ni les mĂȘmes formes selon les contextes et les Ă©lĂšves auxquels elle s’adresse : filles ou garçons, Ă©lĂšves de milieux sociaux diffĂ©rents, plus ou moins sportifs, performants ou en difficultĂ©, valides ou prĂ©sentant des besoins particuliers.
âžĄïž DerriĂšre les orientations gĂ©nĂ©rales d’une pĂ©riode, des dĂ©calages importants peuvent donc apparaĂźtre dans la maniĂšre de rechercher, mesurer ou utiliser la performance.
LA TENSION QUI ÉMERGE
La performance est-elle alors mobilisĂ©e avec la mĂȘme force, sous les mĂȘmes formes et au service des mĂȘmes finalitĂ©s pour tous les Ă©lĂšves et dans toutes les conceptions de l’EP puis de l’EPS ?

Le paragraphe complet

Discuter de la place de la performance en EP puis en EPS depuis la fin du XIXe siĂšcle revient ainsi Ă  analyser, Ă  chaque pĂ©riode, la maniĂšre dont elle est qualifiĂ©e et la place qui lui est accordĂ©e entre moyen et finalitĂ©. Cette relation peut diffĂ©rer selon que l’on observe les orientations institutionnelles, les conceptions dĂ©fendues par les acteurs ou les pratiques effectivement mises en Ɠuvre. Plus encore, au sein d’une mĂȘme pĂ©riode peuvent coexister une EP dominante, mais aussi des formes plus rĂ©gressives, restant attachĂ©es Ă  des conceptions antĂ©rieures de la performance, et des propositions innovantes qui en renouvellent les usages et les significations. DĂšs lors, la performance ne prend ni la mĂȘme importance ni les mĂȘmes formes selon les contextes et les Ă©lĂšves auxquels elle s’adresse : filles ou garçons, Ă©lĂšves de milieux sociaux diffĂ©rents, plus ou moins sportifs, performants ou en difficultĂ©, valides ou Ă  besoins particuliers. Ainsi, derriĂšre les orientations gĂ©nĂ©rales de chaque pĂ©riode peuvent apparaĂźtre des dĂ©calages importants dans la maniĂšre de rechercher, mesurer ou utiliser la performance. La performance est-elle alors mobilisĂ©e avec la mĂȘme force, sous les mĂȘmes formes et au service des mĂȘmes finalitĂ©s pour tous les Ă©lĂšves et dans toutes les conceptions de l’EP puis de l’EPS ?
À RETENIR
DIACHRONIQUE
Comment la réponse évolue-t-elle entre les périodes ?
SYNCHRONIQUE
Quelles rĂ©ponses diffĂ©rentes coexistent dans une mĂȘme pĂ©riode ?
DIVERSITÉ DES ÉLÈVES
La réponse est-elle identique pour tous ?
Complexifier = montrer que la réponse varie
selon les périodes · les analyseurs · les pratiques · les élÚves
PARTIE 13

Construire le questionnement : une systématique reproductible

AprĂšs avoir dĂ©fini puis complexifiĂ© les termes du sujet, il faut faire Ă©merger des tensions. Pour ne pas perdre de temps le jour du concours, certaines formes de questionnement peuvent ĂȘtre rĂ©utilisĂ©es sur de nombreux sujets.

Objectif : ne pas accumuler des questions, mais faire apparaßtre les relations possibles entre les mots-clés et le mot pivot.
1

Renverser la relation entre les mots-clés

Le sujet propose gĂ©nĂ©ralement une relation dans un sens. Il faut se demander si cette relation peut Ă©galement fonctionner dans l’autre sens.

âžĄïž Le mot-clĂ© 1 influence-t-il le mot-clĂ© 2 ?
Mais inversement, le mot-clé 2 peut-il transformer le mot-clé 1 ?
EXEMPLE — PERFORMANCE
Sujet : « Depuis la fin du XIXe siĂšcle, la performance a-t-elle Ă©tĂ©, en EPS, davantage un moyen qu’une finalitĂ© ? »

On peut se demander : « La maniĂšre dont l’EPS dĂ©finit ses finalitĂ©s a-t-elle elle-mĂȘme transformĂ© la maniĂšre de concevoir et d’utiliser la performance ? »
2

Questionner l’intensitĂ© et la temporalitĂ© du mot pivot

Chaque sujet contient un mot pivot qui organise la relation entre les mots-clĂ©s : rĂ©pondre · reflĂ©ter · contribuer · accompagner · transformer · permettre · Ă©voluer · davantage


INTENSITÉ
forte · faible · partielle · dominante · secondaire
TEMPORALITÉ
constante · progressive · ponctuelle · tardive · précoce · décalée
Questions reproductibles :
‱ Le mot-clĂ© 1 a-t-il toujours fortement influencĂ© le mot-clĂ© 2 ?
‱ Cette relation a-t-elle Ă©tĂ© constante ou variable selon les pĂ©riodes ?
‱ Les deux termes ont-ils Ă©voluĂ© au mĂȘme rythme ?
‱ Existe-t-il des dĂ©calages entre leurs Ă©volutions ?
EXEMPLE — PERFORMANCE
Le terme « davantage » oblige à comparer la place de la performance comme moyen et comme finalité.

‱ La performance a-t-elle toujours Ă©tĂ© davantage un moyen qu’une finalitĂ© ?
‱ Cette prĂ©dominance du moyen a-t-elle Ă©tĂ© aussi forte Ă  toutes les pĂ©riodes ?
‱ La performance a-t-elle pu ĂȘtre simultanĂ©ment moyen et finalitĂ©, mais dans des proportions diffĂ©rentes selon les pĂ©riodes ?
âžĄïž Le mot pivot ne doit jamais rester neutre : il faut le qualifier dans son intensitĂ© et sa temporalitĂ©.
3

Questionner le singulier et le pluriel

Un terme prĂ©sentĂ© au singulier peut en rĂ©alitĂ© recouvrir plusieurs dimensions. Il faut donc se demander si la relation proposĂ©e par le sujet fonctionne de la mĂȘme maniĂšre pour chacune d’elles.

LA PERFORMANCE
physique · athlétique · sportive · artistique · individuelle · collective · absolue · relative à soi
LES FINALITÉS
physiques · morales · sociales · culturelles · sanitaires
Questions possibles :
‱ Toutes les formes de performance ont-elles Ă©tĂ© utilisĂ©es de la mĂȘme maniĂšre comme moyen ?
‱ La performance a-t-elle servi avec la mĂȘme force toutes les finalitĂ©s de l’EPS ?
âžĄïž Passer du singulier au pluriel permet d’éviter une lecture trop gĂ©nĂ©rale du sujet.
4

Questionner les freins et les limites

La relation entre les mots-clĂ©s n’est pas nĂ©cessairement positive ou linĂ©aire. Un terme peut aussi freiner, limiter ou contredire l’autre.

Si la performance peut constituer un moyen Ă©ducatif, sa recherche peut Ă©galement devenir une limite lorsqu’elle : sĂ©lectionne les Ă©lĂšves, valorise principalement les plus sportifs, renforce certaines inĂ©galitĂ©s ou devient une fin au dĂ©triment d’autres finalitĂ©s Ă©ducatives.
Question possible :
« La recherche de performance a-t-elle toujours servi les finalitĂ©s Ă©ducatives de l’EPS ou a-t-elle parfois constituĂ© un frein Ă  certaines d’entre elles ? »
LA SYSTÉMATIQUE À RETENIR
1. SENS
Peut-on renverser la relation ?
2. INTENSITÉ / TEMPS
Avec quelle force ? Quand ?
3. SINGULIER / PLURIEL
Toutes les dimensions ?
4. FREINS / LIMITES
Un terme limite-t-il l’autre ?
Il ne s’agit pas de mettre toutes ces questions dans la copie : ce sont des outils de rĂ©flexion pour faire Ă©merger les tensions les plus pertinentes.
PARTIE 14

Construire la problématique : une méthode reproductible

La problĂ©matique ne doit pas simplement reformuler le sujet sous forme interrogative. Elle doit proposer une rĂ©ponse directrice et Ă©volutive, puis la prĂ©ciser, l’expliquer et la nuancer.

1
CARACTÉRISER
Donner une réponse générale et qualifier la tendance.
2
PRÉCISER
Faire évoluer la qualification des mots-clés et du mot pivot.
3
EXPLIQUER
Relier l’évolution au contexte scolaire et sociĂ©tal.
4
NUANCER
Montrer que la relation varie selon les pratiques, acteurs et élÚves.

1. Caractériser les concepts et annoncer la tendance évolutive

Il faut commencer par proposer une idĂ©e forte sur l’évolution de la relation entre les mots-clĂ©s. Les termes du sujet doivent ĂȘtre qualifiĂ©s, et le mot pivot doit lui aussi ĂȘtre caractĂ©risĂ©.

EXEMPLE 1 — PRATIQUES ENSEIGNANTES
« Fort de ce raisonnement, nous montrerons que, depuis la fin du XIXe siÚcle, les pratiques enseignantes évoluent progressivement de formes davantage autoritaires, normatives et transmissives vers une prise en compte croissante des élÚves, considérés comme des acteurs saisis dans leur diversité, selon une démarche de co-construction des apprentissages. »
Mots-clés
pratiques autoritaires / normatives / transmissives → davantage centrĂ©es sur l’activitĂ© et la diversitĂ© des Ă©lĂšves
Mot pivot : « évoluer »
→ Ă©volution progressive, et non rupture brutale

2. Reformuler et préciser

Il faut ensuite prĂ©ciser la premiĂšre rĂ©ponse afin d’éviter un raisonnement trop binaire du type : « avant c’était comme ça → maintenant c’est l’inverse ».

« Si le travail des Ă©lĂšves est progressivement moins contrĂŽlĂ© selon des formes explicitement normatives, il demeure organisĂ© selon des modalitĂ©s plus discrĂštes et davantage situĂ©es, attentives aux caractĂ©ristiques de l’établissement et des Ă©lĂšves. Cette Ă©volution suppose que les enseignants d’EPS se positionnent progressivement comme des praticiens experts des apprentissages, capables de construire et d’animer des situations prenant en compte la diversitĂ© des Ă©lĂšves. »
âžĄïž Moins de contrĂŽle explicite ≠ disparition du contrĂŽle. Le contrĂŽle devient plus discret, individualisĂ© et situĂ©.

3. Relier au contexte scolaire et sociétal

Il faut ensuite expliquer pourquoi cette Ă©volution se produit : transformations de l’École, attentes sociales, politiques Ă©ducatives, conceptions de l’individu, Ă©volutions scientifiques et culturelles.

« Cette Ă©volution des pratiques enseignantes rĂ©pond Ă  une ambition scolaire de “rĂ©ussite de tous” et s’inscrit dans une sociĂ©tĂ© au sein de laquelle se diffuse un principe d’auto-contrĂŽle et d’auto-surveillance (Foucault, 1975), tandis que l’incertitude conduit Ă  une recherche croissante d’autonomie des individus (Foray, 2007). »
âžĄïž La problĂ©matique ne dit plus seulement ce qui change : elle explique aussi pourquoi cela change.

4. Nuancer avec la diversité des pratiques et des acteurs

La tendance gĂ©nĂ©rale ne doit jamais ĂȘtre prĂ©sentĂ©e comme totalement homogĂšne. Dans une mĂȘme pĂ©riode peuvent coexister des pratiques dominantes, innovantes et rĂ©gressives.

« Toutefois, cette Ă©volution ne saurait ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme uniforme. À chaque pĂ©riode cohabitent des pratiques dominantes, rĂ©gressives et innovantes (Marsenach, 1982), qui rĂ©pondent de maniĂšre diffĂ©rente aux transformations Ă©tudiĂ©es. Certains enseignants peuvent ainsi conserver des pratiques hĂ©ritĂ©es de pĂ©riodes antĂ©rieures tandis que d’autres anticipent des orientations qui ne deviendront dominantes que plus tard. Ces dĂ©calages peuvent notamment ĂȘtre liĂ©s au poids de la formation initiale (Michon et Caritey, 1998), susceptible d’influencer durablement les pratiques professionnelles. »
Le mot pivot se requalifie :
rĂ©pondre → plus ou moins fortement · accompagner → plus ou moins rapidement · reflĂ©ter → fortement ou partiellement · Ă©voluer → Ă  des rythmes diffĂ©rents
LA STRUCTURE À RETENIR
1. CARACTÉRISER → Quelle est ma rĂ©ponse gĂ©nĂ©rale au sujet ?
2. PRÉCISER → Comment les mots-clĂ©s et le mot pivot se transforment-ils ?
3. EXPLIQUER → Pourquoi cette Ă©volution se produit-elle ?
4. NUANCER → La relation est-elle identique selon les pĂ©riodes, pratiques, acteurs et Ă©lĂšves ?
Une problématique réussie fait évoluer les qualifications des mots-clés et du mot pivot tout au long de la réponse.
rĂ©ponse forte → forte mais partielle → forte et Ă©largie → variable
santĂ©/bien-ĂȘtre corporels et physiques → holistiques → diversement pris en compte selon les pratiques et les Ă©lĂšves
PARTIE 15

Comment faire une annonce de partie ?

Une annonce de partie ne consiste pas simplement à annoncer une période et son contenu. Elle doit déjà constituer une réponse argumentée au sujet.

BORNER → RÉPONDRE → EXPLIQUER → NUANCER
EXEMPLE — SUJET DU CAPEPS 2023
« Montrez que l’Éducation physique et sportive, depuis 1936, a toujours souhaitĂ© rĂ©pondre aux attentes sociĂ©tales et scolaires. »
1

Borner la partie et justifier les dates

Il faut commencer par annoncer les bornes chronologiques de la partie. Mais une date ne doit jamais ĂȘtre choisie au hasard : elle doit ĂȘtre justifiĂ©e au regard du sujet.

Une borne devient pertinente lorsqu’elle correspond Ă  un changement dans la maniĂšre de rĂ©pondre au sujet : nouveau texte officiel · transformation des conceptions · Ă©volution des pratiques · changement du contexte scolaire ou sociĂ©tal · nouvelle qualification des mots-clĂ©s.
« Notre deuxiĂšme partie s’étendra de 1967, date des instructions officielles consacrant la rĂ©fĂ©rence sportive et la maĂźtrise technique comme supports majeurs de l’EPS, Ă  1985, pĂ©riode marquant un renouvellement de ses orientations dans un contexte de dĂ©mocratisation scolaire. »
âžĄïž 1967 et 1985 ne sont pas seulement annoncĂ©es : elles sont expliquĂ©es.
2

RĂ©pondre au sujet dĂšs l’annonce de partie

L’annonce doit proposer une rĂ©ponse claire pour la pĂ©riode concernĂ©e. Il faut donc reprendre le mot pivot et les mots-clĂ©s, puis les qualifier.

Mot pivot : « répondre »
→ FORTEMENT
Attentes sociétales
progrÚs · performance · efficacité · rayonnement
Attentes scolaires
formation · sélection · intégration · massification
Analyseurs
textes officiels + pratiques dominantes
« L’EPS souhaite alors fortement rĂ©pondre, Ă  travers ses textes officiels et des pratiques dominantes technicistes et compĂ©titives, Ă  des attentes sociĂ©tales fondĂ©es sur le progrĂšs, la performance, l’efficacitĂ© et le rayonnement d’une “France forte”, mais aussi Ă  des attentes scolaires visant la formation, la sĂ©lection et l’intĂ©gration d’un nombre croissant d’élĂšves dans une Ă©cole massifiĂ©e. »
âžĄïž L’annonce de partie ne dit pas seulement ce dont on va parler : elle annonce dĂ©jĂ  ce que l’on va dĂ©montrer.
3

Expliquer la réponse grùce au contexte

Une caractĂ©risation ne doit pas tomber de nulle part. Il faut montrer pourquoi elle prend sens dans cette pĂ©riode. Le contexte ne doit donc pas ĂȘtre juxtaposĂ© : il doit expliquer la dĂ©monstration.

« Cette orientation prend sens dans une sociĂ©tĂ© industrielle marquĂ©e par les valeurs de rendement, d’optimisation et de dĂ©passement, auxquelles le sport de compĂ©tition fait largement Ă©cho. »
À ÉVITER
« À cette Ă©poque, la France connaĂźt une forte croissance Ă©conomique. »
→ contexte simplement juxtaposĂ©
À FAIRE
Relier les valeurs de rendement et d’efficacitĂ© aux pratiques compĂ©titives de l’EPS.
→ le contexte justifie la rĂ©ponse au sujet
âžĄïž Le contexte vient justifier la qualification des mots-clĂ©s et du mot pivot.
4

Nuancer avec un nouvel analyseur

Une annonce de partie ne doit jamais prĂ©senter une EPS totalement uniforme. Il faut montrer qu’à une mĂȘme pĂ©riode peuvent coexister plusieurs rĂ©ponses au sujet.

« Toutefois, cette rĂ©ponse n’est ni homogĂšne ni exclusive : des acteurs innovants comme MĂ©rand ou Marsenach contestent progressivement la pĂ©dagogie du modĂšle et proposent d’autres rĂ©ponses aux attentes sociĂ©tales et scolaires Ă©mergentes, en valorisant davantage l’autonomie, l’expression, la diversitĂ© des pratiques et la prise en compte de l’activitĂ© singuliĂšre de l’élĂšve. »
Nouvel analyseur
pratiques innovantes
Nuancer ≠ contredire
la tendance dominante reste valable
Synchronie
plusieurs rĂ©ponses coexistent dans la mĂȘme pĂ©riode
UNE ANNONCE DE PARTIE, C’EST :
1. BORNER
Annoncer et justifier les dates
2. RÉPONDRE
Qualifier mot pivot + mots-clés
3. EXPLIQUER
Justifier grĂące au contexte
4. NUANCER
Ajouter un nouvel analyseur
BORNE → RÉPONSE → CONTEXTE → NUANCE
Une annonce de partie n’annonce pas seulement ce que l’on va dĂ©montrer : elle commence dĂ©jĂ  Ă  le dĂ©montrer.
PARTIE 16

Argumenter et construire ses parties

Argumenter en Écrit 1, ce n’est pas empiler des connaissances : chaque preuve doit ĂȘtre choisie et exploitĂ©e pour rĂ©pondre directement au sujet.

METHODOLOGIE ECRIT 1 CAPEPS

Comment argumenter
et construire ses parties ?

Dans l’Écrit 1 du CAPEPS, une partie ne doit pas ĂȘtre une simple succession de connaissances historiques.

Chaque argument doit participer Ă  la dĂ©monstration : annoncer une idĂ©e forte, l’illustrer par des preuves, les mettre en relation avec le sujet et le contexte, puis verrouiller l’argument.

IdĂ©e forte → Preuves → Mise en relation → Mini-conclusion
EXEMPLE D’APPLICATION

Partons d’un sujet concret

Nous allons suivre un seul argument du début à la fin.

SUJET
« Dans quelle mesure, depuis la fin du XIXÚme siÚcle, la relation pédagogique en EPS répond-elle aux enjeux éducatifs ? »
L’objectif est maintenant de construire un argument qui rĂ©pond rĂ©ellement Ă  ce sujet.
1

Mini-introduction :
annonce ton idée forte

Commence ton argument en annonçant ce que tu vas démontrer.

“

« D’abord, nous montrerons que la relation pĂ©dagogique autoritaire imposĂ©e par les textes officiels rĂ©pond fortement Ă  des enjeux sanitaires et politico-culturels (Charlot, 2007). »

Relation pĂ©dagogique autoritaire → idĂ©e forte
Enjeux sanitaires et politico-culturels → rĂ©ponse au sujet
« rĂ©pond fortement » → caractĂ©risation
Le principe : dÚs la premiÚre phrase, le correcteur doit savoir quelle idée tu défends et comment elle répond aux mots du sujet.
2

Illustre ton idée forte
avec des preuves

Ton idĂ©e doit maintenant ĂȘtre appuyĂ©e par des Ă©lĂ©ments historiques prĂ©cis.

« En effet, dans les IO du 20 juin 1923, il s’agit de « corriger les attitudes dĂ©fectueuses » par la discipline. « Cessez, rompez, allez ! » (Manuel, 1881) sont des commandements qui permettent au maĂźtre « d’asseoir sa discipline, de rĂ©gler son autoritĂ© » (IO, 1945). »

PREUVE 1 → les instructions officielles de 1923.
PREUVE 2 → les commandements issus du Manuel de 1881.
PREUVE 3 → les instructions officielles de 1945.
Une preuve ne sert pas à montrer que tu connais ton cours : elle sert à rendre ton idée forte démontrable.
POUR ALLER PLUS LOIN

Toute la mĂ©thodologie de l’Écrit 1

Retrouve mes fiches Écrit 1 CAPEPS avec la mĂ©thodologie, les repĂšres et les exemples pour construire tes copies.

DĂ©couvrir les fiches Écrit 1 CAPEPS
3

Utilise les preuves
en lien avec le sujet et le contexte

C’est ici que l’argumentation prend rĂ©ellement forme : tu interprĂštes tes preuves.

« Ainsi, il s’agit par une relation pĂ©dagogique autoritaire prescrite par les TO d’instituer aux Ă©lĂšves les comportements du bon soldat qui pourra ainsi servir sa patrie et la nation. Cette relation enseignants-Ă©lĂšves rĂ©pond alors fortement aux enjeux Ă©ducatifs du groupe et de la nation qu’il faut comprendre au regard de la dĂ©faite de Sedan, ainsi que des deux guerres mondiales. »

RETOUR À L’IDÉE FORTE
La relation pĂ©dagogique est qualifiĂ©e d’autoritaire.
RETOUR AU SUJET
On montre à quels enjeux éducatifs cette relation répond.
CONTEXTE
Les preuves prennent sens au regard de la défaite de Sedan et des guerres mondiales.
Preuve historique + sujet + contexte
↓
démonstration
4

Bouclage · Verrouillage
Mini-conclusion

Termine ton argument en revenant clairement à ce que tu cherchais à démontrer.

« Par-là, la relation pédagogique désincarnée prescrite permet de ré-éduquer les corps meurtris (Berthoumieu, 1946) et malades de la jeunesse française afin de les rendre utiles aux enjeux sanitaires. »

La mini-conclusion vient verrouiller l’argument : elle reformule ce que les preuves viennent de dĂ©montrer et revient directement aux termes du sujet.
À RETENIR

La structure d’un argument

1. MINI-INTRODUCTION
Annonce l’idĂ©e forte.
↓
2. PREUVES
Illustre ton idée avec des faits, textes, acteurs ou références précises.
↓
3. MISE EN RELATION
Relie les preuves au sujet et explique-les grĂące au contexte.
↓
4. BOUCLAGE / MINI-CONCLUSION
Verrouille ta démonstration en revenant au sujet.
EXEMPLE COMPLET

Une fois assemblé,
ton argument donne ceci

Les quatre étapes ne sont pas quatre paragraphes indépendants : elles forment un seul raisonnement continu.

« D’abord, nous montrerons que la relation pĂ©dagogique autoritaire imposĂ©e par les textes officiels rĂ©pond fortement Ă  des enjeux sanitaires et politico-culturels (Charlot, 2007).

En effet, dans les IO du 20 juin 1923, il s’agit de « corriger les attitudes dĂ©fectueuses » par la discipline. « Cessez, rompez, allez ! » (Manuel, 1881) sont des commandements qui permettent au maĂźtre « d’asseoir sa discipline, de rĂ©gler son autoritĂ© » (IO, 1945).

Ainsi, il s’agit par une relation pĂ©dagogique autoritaire prescrite par les TO d’instituer aux Ă©lĂšves les comportements du bon soldat qui pourra ainsi servir sa patrie et la nation. Cette relation enseignants-Ă©lĂšves rĂ©pond alors fortement aux enjeux Ă©ducatifs du groupe et de la nation qu’il faut comprendre au regard de la dĂ©faite de Sedan, ainsi que des deux guerres mondiales.

Par-là, la relation pédagogique désincarnée prescrite permet de ré-éduquer les corps meurtris (Berthoumieu, 1946) et malades de la jeunesse française afin de les rendre utiles aux enjeux sanitaires. »

DEUXIÈME EXEMPLE COMPLET

SantĂ© et bien-ĂȘtre :
un autre argument construit

On retrouve exactement la mĂȘme logique : idĂ©e forte → preuves → mise en relation → mini-conclusion.

SUJET SUPPORT
« Depuis 1936, l’éducation physique peut-elle ĂȘtre analysĂ©e comme une rĂ©ponse aux transformations des conceptions de la santĂ© et du bien-ĂȘtre dans les sociĂ©tĂ©s modernes ? »
1. IDÉE FORTE
L’ouverture aux pratiques d’entretien corporel constitue une rĂ©ponse forte Ă  des conceptions de la santĂ© et du bien-ĂȘtre davantage autogĂ©rĂ©es.
2. PREUVES
TO de 1993 · « gestion de sa vie physique » · programmes du cycle terminal de 2001 · compĂ©tence culturelle 5 · champ d’apprentissage 5.
3. MISE EN RELATION
L’élĂšve devient progressivement responsable de la gestion de ses ressources corporelles, dans une logique d’autonomie et d’intĂ©riorisation des normes.
4. MINI-CONCLUSION
L’EP rĂ©pond fortement Ă  l’émergence d’une santĂ© et d’un bien-ĂȘtre davantage physiques, mentaux et autogĂ©rĂ©s.
L’ARGUMENT COMPLET

« D’abord, l’ouverture aux pratiques d’entretien corporel au sein des textes officiels et leur traitement dans les pratiques innovantes constituent une rĂ©ponse forte de l’EP Ă  des conceptions de la santĂ© et du bien-ĂȘtre davantage autogĂ©rĂ©es.

En effet, dĂšs les TO de 1993, l’EP se pare de l’objectif de « gestion de sa vie physique », associĂ© Ă  Pineau, avant l’intĂ©gration officielle des activitĂ©s physiques d’entretien dans les programmes du cycle terminal de 2001, puis de la compĂ©tence culturelle 5 dĂ©diĂ©e Ă  l’entretien de soi, prolongĂ©e ensuite par le champ d’apprentissage 5.

Par-lĂ , l’EP rĂ©pond fortement aux transformations des conceptions de la santĂ© et du bien-ĂȘtre, car elle dĂ©volue progressivement Ă  l’élĂšve la gestion de sa propre santĂ©. Celui-ci devient responsable et gardien des ressources de son corps par l’intĂ©riorisation de normes (L. RobĂšne et al., 2008), dans une logique de santĂ© et de bien-ĂȘtre davantage programmĂ©s et autogĂ©rĂ©s. Cette Ă©volution peut ĂȘtre comprise au regard de la valorisation du capital humain dans une sociĂ©tĂ© libĂ©rale et capitaliste (B. Charlot, Une nouvelle Ă©cole est-elle en train d’émerger ?, 2007).

C’est donc au regard d’un devoir sociĂ©tal — celui d’ĂȘtre Ă©panoui pour ĂȘtre plus efficient — qu’émergent une santĂ© et un bien-ĂȘtre davantage physiques, mentaux et autogĂ©rĂ©s, auxquels l’EP rĂ©pond fortement par leur mise en Ɠuvre dans les textes officiels. »

CE QU’IL FAUT VOIR
Mot pivot : « rĂ©pondre » → rĂ©pond fortement
SantĂ© / bien-ĂȘtre : → autogĂ©rĂ©s · physiques · mentaux
Analyseurs : → textes officiels + pratiques innovantes
Contexte : → autonomie · responsabilisation · sociĂ©tĂ© libĂ©rale et capitaliste

L’idĂ©e essentielle

Argumenter en Écrit 1, ce n’est pas empiler des connaissances. Chaque preuve doit ĂȘtre choisie puis exploitĂ©e pour rĂ©pondre au sujet. La partie progresse donc d’une idĂ©e forte vers des preuves, puis vers leur interprĂ©tation, avant de se terminer par un bouclage qui verrouille la dĂ©monstration.

PARTIE 17

Comment faire une conclusion ?

La conclusion doit permettre de refermer la démonstration. Elle ne doit pas apporter de nouveaux arguments, mais synthétiser ce qui a été démontré, répondre clairement à la problématique puis proposer une ouverture obligatoire.

MĂ©thode RRO : RÉSUMER → RÉPONDRE → OUVRIR
1

Résumer les principaux arguments

Il s’agit de rappeler, de maniĂšre trĂšs synthĂ©tique, les grandes rĂ©ponses apportĂ©es au sujet dans chacune des parties.

L’objectif n’est pas de rĂ©pĂ©ter tout le dĂ©veloppement, mais de faire apparaĂźtre l’évolution gĂ©nĂ©rale de la dĂ©monstration.

PARTIE 1
PremiĂšre configuration
PARTIE 2
Transformation de la relation
PARTIE 3
Nouvelle configuration / complexification
âžĄïž On reprend les principales qualifications des mots-clĂ©s et du mot pivot construites au cours du devoir.
À ÉVITER
Reprendre toutes les dates, auteurs et connaissances mobilisés.
À FAIRE
Restituer en quelques phrases le cheminement de la démonstration.
2

Répondre clairement à la problématique

AprĂšs le rĂ©sumĂ©, il faut formuler une rĂ©ponse explicite Ă  la problĂ©matique annoncĂ©e dans l’introduction.

Cette rĂ©ponse doit ĂȘtre claire, nuancĂ©e, cohĂ©rente avec les arguments dĂ©veloppĂ©s et plus complexe que la rĂ©ponse initialement envisagĂ©e.

POUR RÉPONDRE, IL FAUT MONTRER :
‱ avec quelle intensitĂ© la relation existe ;
‱ selon quelle temporalitĂ© ;
‱ sous quelles formes ;
‱ avec quelles limites ou nuances.
À retenir :
La problématique formule une hypothÚse complexe au début du devoir.
La conclusion apporte la réponse construite à cette hypothÚse.
3

Ouvrir

L’ouverture est obligatoire.

L’ouverture doit prolonger intelligemment la rĂ©flexion sans lancer un nouveau dĂ©veloppement. Elle doit rester courte, pertinente et directement reliĂ©e au sujet.

Période plus récente
Élargir à une transformation contemporaine.
Enjeu actuel de l’EPS
Faire apparaütre une tension encore vive aujourd’hui.
École / sociĂ©tĂ©
Relier le sujet Ă  une mutation contemporaine.
Nouvelle tension
Prolonger directement la réflexion menée.
À ÉVITER
Une question trÚs générale ou sans lien réel avec la démonstration.
À FAIRE
Partir de la réponse apportée pour faire émerger un nouvel enjeu directement lié au sujet.
LA STRUCTURE DE LA CONCLUSION
1. RÉSUMER
Rappeler le cheminement de la démonstration
2. RÉPONDRE
Apporter une réponse claire et nuancée
3. OUVRIR
Proposer une ouverture obligatoire et pertinente
RÉSUMÉ → RÉPONSE → OUVERTURE
La conclusion ne rĂ©pĂšte pas le devoir : elle montre ce que la dĂ©monstration permet finalement d’affirmer et ouvre la rĂ©flexion sur un nouvel enjeu.
L’IDÉE CENTRALE DU CM
Une pĂ©riode ≠ une accumulation de connaissances.
Une période = une réponse au sujet, démontrée grùce aux analyseurs.

Dans le temps → diachronie
Dans chaque pĂ©riode → synchronie
Dans l’argumentation → croisement des pratiques, conceptions, textes officiels, diversitĂ© des Ă©lĂšves et contexte.
CM2
Prochain cours de méthodologie
À VENIR
CM3
Prochain cours de méthodologie
À VENIR
2 · MĂ©thodologie Écrit 2 CAPEPS
L3 & M2 · construire l’introduction · annoncer ses parties · argumenter · illustrer 
PARTIE 1

Exemples de sujets – Écrit 2 du CAPEPS

Les formulations diffĂšrent entre le CAPEPS L3 et le CAPEPS M2, mais une mĂȘme exigence traverse l’épreuve : lire les comportements d’élĂšves, les analyser et construire des interventions cohĂ©rentes avec cette analyse.

CAPEPS L3

Sujet 1 – Les Ă©motions

« AprĂšs une introduction (30 lignes au maximum, soit environ 300 mots) dans laquelle vous caractĂ©riserez la notion dâ€™â€œĂ©motion”, vous dĂ©velopperez deux parties portant chacune sur un Ă©pisode de votre choix (Ă©pisode diffĂ©rent d’une partie Ă  l’autre). Dans chacune de ces parties, en accordant une importance particuliĂšre aux connaissances relatives aux Ă©motions : vous analyserez des comportements d’élĂšves que vous jugez significatifs ; sur la base de cette analyse, vous proposerez des principes d’intervention favorables aux transformations que vous envisagez. Ces principes seront justifiĂ©s et illustrĂ©s dans l’APSA support de l’épisode. »

CAPEPS L3

Sujet 2 – L’apprentissage moteur

« AprĂšs une courte introduction dans laquelle vous caractĂ©riserez la notion d’apprentissage moteur et son importance au regard des visĂ©es de l’EPS (30 lignes au maximum), vous dĂ©velopperez deux parties portant chacune sur un Ă©pisode de votre choix (Ă©pisode diffĂ©rent d’une partie Ă  l’autre). Dans chacune de ces parties, en accordant une importance particuliĂšre aux connaissances relatives Ă  l’apprentissage moteur : vous analyserez deux comportements d’élĂšves que vous jugez significatifs ; sur la base de cette analyse, vous proposerez des principes d’intervention favorables aux transformations envisagĂ©es. Ces principes seront illustrĂ©s. »

CAPEPS M2

Sujet 1 – Effort et sensations

« En quoi et comment l’enseignant d’EPS peut-il favoriser les efforts des Ă©lĂšves en prenant en compte leurs sensations ? Vous illustrerez vos propositions dans l’établissement dĂ©crit en annexe et en prenant appui sur au moins deux des Ă©pisodes prĂ©sentĂ©s. Vous Ă©tayerez vos propos en vous rĂ©fĂ©rant Ă  des connaissances scientifiques, professionnelles, institutionnelles et technologiques. »

CAPEPS M2

Sujet 2 – Sensations et apprentissages moteurs

« En quoi et comment les sensations des Ă©lĂšves peuvent-elles ĂȘtre prises en compte par l’enseignant pour favoriser leurs apprentissages moteurs ? Vous illustrerez vos propositions dans l’établissement dĂ©crit en annexe et en prenant appui sur au moins deux des Ă©pisodes prĂ©sentĂ©s. Vous Ă©tayerez vos propos en vous rĂ©fĂ©rant Ă  des connaissances scientifiques, professionnelles, institutionnelles et technologiques. »

PARTIE 2 · CAPEPS L3

MĂ©thodologie de l’introduction – CAPEPS L3

L’introduction est courte : 30 lignes maximum, soit environ 300 mots. L’objectif est de construire progressivement une rĂ©flexion qui va de la comprĂ©hension de la notion jusqu’au problĂšme professionnel posĂ© par les Ă©lĂšves du dossier.

CONTEXTE → DÉFINITION → CARACTÉRISATION → DISTINCTIONS → ENJEUX EPS → TENSION → ÉPISODES → PROBLÈME PROFESSIONNEL

1) Contextualiser briĂšvement la notion

Montrer rapidement pourquoi la notion constitue un enjeu pour les Ă©lĂšves et pour l’EPS. Une ou deux phrases suffisent.

Exemple : « À l’adolescence, l’importance du regard d’autrui, de la comparaison sociale, de la rĂ©ussite ou encore de l’échec peut donner une place particuliĂšrement forte aux Ă©motions vĂ©cues par les Ă©lĂšves. En EPS, ces Ă©motions sont d’autant plus prĂ©sentes que les Ă©lĂšves sont rĂ©guliĂšrement confrontĂ©s Ă  des situations de performance, de confrontation, de coopĂ©ration ou d’exposition au regard des autres. »

2) Définir précisément la notion

Proposer une dĂ©finition scientifique claire et utile, qui fournit dĂ©jĂ  des Ă©lĂ©ments exploitables ensuite dans l’analyse.

Exemple : « Les Ă©motions peuvent ĂȘtre dĂ©finies comme des Ă©tats affectifs complexes dĂ©clenchĂ©s par l’évaluation qu’un individu rĂ©alise d’une situation et orientant ainsi sa maniĂšre d’agir (Vallerand, 1993). »

3) Caractériser et expliciter la notion

Préciser comment fonctionne la notion, ses composantes, ses manifestations ou ses effets.

Exemple : « Elles associent notamment une Ă©valuation cognitive de la situation, des rĂ©actions physiologiques, des manifestations expressives et des tendances Ă  l’action, telles que l’approche, l’évitement ou la fuite. »

4) Enrichir la notion par des distinctions utiles

Cette Ă©tape n’est pas systĂ©matique. Les distinctions choisies doivent rĂ©ellement aider Ă  comprendre les comportements des Ă©lĂšves.

Exemple : « Leur nature, leur intensitĂ© et leurs effets peuvent varier selon la situation et la signification que l’élĂšve lui attribue. Une mĂȘme situation peut ainsi susciter des Ă©motions diffĂ©rentes selon les Ă©lĂšves et leur expĂ©rience antĂ©rieure. »

5) Montrer les enjeux de la notion pour l’EPS

Expliquer pourquoi cette notion est importante du point de vue des apprentissages et de la formation de l’élĂšve.

Exemple : « Cette dimension Ă©motionnelle constitue donc un enjeu important pour l’EPS, qui confronte rĂ©guliĂšrement les Ă©lĂšves Ă  la rĂ©ussite, Ă  l’échec, au regard des autres, Ă  l’incertitude ou encore Ă  la confrontation. Il s’agit alors non seulement de permettre aux Ă©lĂšves d’éprouver des Ă©motions, mais progressivement de les identifier, les comprendre et les rĂ©guler afin de soutenir leur engagement et leurs apprentissages. »

6) Mettre la notion en tension

Montrer que la notion peut soutenir ou freiner les apprentissages, favoriser ou perturber l’engagement, faciliter ou empĂȘcher certaines transformations.

Exemple : « Les Ă©motions peuvent alors jouer un rĂŽle contrastĂ© dans l’activitĂ© de l’élĂšve : elles peuvent constituer une ressource pour agir et apprendre, mais Ă©galement devenir un obstacle aux transformations recherchĂ©es lorsqu’elles dĂ©sorganisent son activitĂ© ou provoquent son dĂ©sengagement. »

7) Ancrer cette tension dans les épisodes

SĂ©lectionner quelques comportements significatifs, sans consommer toute l’analyse du dĂ©veloppement.

Exemple : « Ainsi, dans l’épisode de tennis de table, le dĂ©couragement de Sofiane semble l’amener Ă  servir prĂ©cipitamment et Ă  renoncer Ă  toute intention tactique, tandis que la joie manifestĂ©e par ClĂ©ment accompagne au contraire une prise d’initiative efficace. »

8) Faire émerger le problÚme professionnel

Passer du problĂšme vĂ©cu par les Ă©lĂšves au problĂšme que l’enseignant devra rĂ©soudre.

Exemple : « L’enjeu pour l’enseignant sera dĂšs lors de construire des conditions d’apprentissage permettant aux Ă©lĂšves d’identifier et de rĂ©guler leurs Ă©motions afin qu’elles deviennent davantage des ressources pour agir et apprendre que des obstacles Ă  leurs transformations. »
Voir l’introduction complùte obtenue

À l’adolescence, l’importance du regard d’autrui, de la comparaison sociale, de la rĂ©ussite ou encore de l’échec peut donner une place particuliĂšrement forte aux Ă©motions vĂ©cues par les Ă©lĂšves. En EPS, ces Ă©motions sont d’autant plus prĂ©sentes que les Ă©lĂšves sont rĂ©guliĂšrement confrontĂ©s Ă  des situations de performance, de confrontation, de coopĂ©ration ou d’exposition au regard des autres.

Les Ă©motions peuvent ĂȘtre dĂ©finies comme des Ă©tats affectifs complexes dĂ©clenchĂ©s par l’évaluation qu’un individu rĂ©alise d’une situation et orientant ainsi sa maniĂšre d’agir (Vallerand, 1993). Elles associent notamment une Ă©valuation cognitive de la situation, des rĂ©actions physiologiques, des manifestations expressives et des tendances Ă  l’action, telles que l’approche, l’évitement ou la fuite. Leur nature, leur intensitĂ© et leurs effets peuvent varier selon la situation et la signification que l’élĂšve lui attribue. Une mĂȘme situation peut ainsi susciter des Ă©motions diffĂ©rentes selon les Ă©lĂšves et leur expĂ©rience antĂ©rieure.

Cette dimension Ă©motionnelle constitue donc un enjeu important pour l’EPS, qui confronte rĂ©guliĂšrement les Ă©lĂšves Ă  la rĂ©ussite, Ă  l’échec, au regard des autres, Ă  l’incertitude ou encore Ă  la confrontation. Il s’agit alors non seulement de permettre aux Ă©lĂšves d’éprouver des Ă©motions, mais progressivement de les identifier, les comprendre et les rĂ©guler afin de soutenir leur engagement et leurs apprentissages.

Les Ă©motions peuvent cependant jouer un rĂŽle contrastĂ© dans l’activitĂ© de l’élĂšve : elles peuvent constituer une ressource pour agir et apprendre, mais Ă©galement devenir un obstacle aux transformations recherchĂ©es lorsqu’elles dĂ©sorganisent son activitĂ© ou provoquent son dĂ©sengagement. Ainsi, dans l’épisode de tennis de table, le dĂ©couragement de Sofiane semble l’amener Ă  servir prĂ©cipitamment et Ă  renoncer Ă  toute intention tactique, tandis que la joie manifestĂ©e par ClĂ©ment accompagne au contraire une prise d’initiative efficace.

L’enjeu pour l’enseignant sera dĂšs lors de construire des conditions d’apprentissage permettant aux Ă©lĂšves d’identifier et de rĂ©guler leurs Ă©motions afin qu’elles deviennent davantage des ressources pour agir et apprendre que des obstacles Ă  leurs transformations.

EXTRAITS DE COPIES

Exemples d’introductions — CAPEPS L3

Extrait de copie — Introduction CAPEPS L3 — page 1 Extrait de copie — Introduction CAPEPS L3 — page 2
PARTIE 3 · CAPEPS M2

MĂ©thodologie de l’introduction – CAPEPS M2

1) Accroche

Deux styles d’accroche sont possibles.

Style 1 – À partir d’une rĂ©fĂ©rence

ThĂšse → utilisation du contexte en lien avec les mots clĂ©s du sujet ou utilisation d’une rĂ©fĂ©rence si elle est en lien avec le sujet et le contexte. Montrer le pĂŽle positif : ce qu’il y a Ă  gagner.

« Pour Dubet et Duru-Bellat (Dix propositions pour changer l’école, 2015), la coopĂ©ration est la “clĂ©â€ pour favoriser les apprentissages et la rĂ©ussite de tous au long de la scolaritĂ©. »

Nuance → pĂŽle nĂ©gatif : ce qu’il y a Ă  perdre, en appui si possible sur une rĂ©fĂ©rence.

« Pour autant, comme le remarque Danis (Interaction et apprentissage, 2010), regrouper les Ă©lĂšves entre eux n’implique pas nĂ©cessairement un gain dans la dynamique d’acquisition des apprentissages. »

Questionnement → 1 ou 2 questions par rapport aux tensions en reprenant tous les termes du sujet.

« DÚs lors, à quelles conditions et par quels mécanismes les dispositifs se voulant coopératifs peuvent favoriser la régulation des apprentissages ? En quoi et comment rendre les dispositifs coopératifs utiles pour contribuer à enrichir les parcours de formation tout au long de la vie ? »

Style 2 – Directement ancrĂ© dans le contexte

Partir immĂ©diatement d’une donnĂ©e saillante du contexte pour construire une tension.

« En tant qu’enseignant dans cet Ă©tablissement, je remarque que 42 % des Ă©lĂšves dĂ©clarent venir en EPS avec plaisir (sondage, contexte). Ce qui indique que 58 % des Ă©lĂšves semblent ne pas prendre de plaisir Ă  venir en EPS. DĂšs lors, il convient de questionner le bien-ĂȘtre Ă©prouvĂ© par les Ă©lĂšves pendant les cours d’EPS. Dans ces 58 % se trouvent peut-ĂȘtre certains Ă©lĂšves au bagage technique faible [...] pouvant avoir Ă©tĂ© confrontĂ©s Ă  des situations d’échec rĂ©pĂ©tĂ©es en EPS. Finalement, les techniques peuvent contribuer Ă  un certain bien-ĂȘtre, mais Ă©galement ĂȘtre associĂ©es Ă  un mal-ĂȘtre lorsqu’elles ne sont pas maĂźtrisĂ©es. Apprendre des techniques contribue-t-il alors au bien-ĂȘtre des Ă©lĂšves ? Les techniques sont-elles nĂ©cessairement porteuses de bien-ĂȘtre ? »
Deux portes d’entrĂ©e : CONNAISSANCES → CONTEXTE ou CONTEXTE → CONNAISSANCES. Dans les deux cas : UNE TENSION QUI OUVRE LE SUJET.
EXTRAIT DE COPIE

Exemple d’accroche — CAPEPS M2

Extrait de copie — Accroche CAPEPS M2

2) Définition et mise en tension des termes du sujet

1. Une systĂ©mique → utiliser une rĂ©fĂ©rence sur l’un des mots clĂ©s, puis UTILISER cette rĂ©fĂ©rence en lien avec le contexte et les mots clĂ©s du sujet.
« Une technique est un “acte traditionnel efficace” (M. Mauss, Les techniques du corps, 1934). De ce devoir d’efficacitĂ© des techniques peut en dĂ©couler un bien-ĂȘtre quand celles-ci permettent de s’équilibrer et de respirer en Savoir-nager pour des Ă©lĂšves
 (Ă©pisode). »
« L’effort, que l’on peut considĂ©rer comme “l’acceptation de mobiliser ses ressources pour atteindre un but” (Garcin, L’effort, 2000), relĂšve d’un paradoxe. [...] Par-lĂ , l’effort peut ĂȘtre substrat d’émotions positives sources de bien-ĂȘtre mental [...] mais aussi d’émotions nĂ©gatives qui amĂšnent un mal-ĂȘtre. »
2. Puis → jouer avec tous les mots du sujet et les caractĂ©ristiques du contexte, mĂȘme les plus « insignifiantes ». Par exemple, si le terme « enseignant » est au singulier, il est possible de questionner ce singulier et de montrer que l’intervention suppose aussi un travail de la communautĂ© Ă©ducative.
3. RĂ©ciprocitĂ© entre les deux mots clĂ©s → montrer que le sujet est envisagĂ© dans sa complexitĂ©, sans plaquer artificiellement la rĂ©ciprocitĂ©.
« Finalement, nous pensons que nous ne pouvons pas nous passer d’une rĂ©ciprocitĂ© entre l’éducation par le corps et du corps. C’est parce que les Ă©lĂšves maĂźtrisent plus finement des pas en STEP qu’ils dĂ©couvrent de nouvelles possibilitĂ©s, ressentis, perceptions de leur corps. RĂ©ciproquement, c’est parce que des temps sont laissĂ©s pour identifier ces ressentis, perceptions
 que les Ă©lĂšves s’engagent en adaptant leur motricitĂ© pour Ă©duquer le corps. »
EXTRAITS DE COPIES

DĂ©finition et mise en tension des termes — CAPEPS M2

Extrait de copie — Introduction CAPEPS M2 — page 1 Extrait de copie — Introduction CAPEPS M2 — page 2 Extrait de copie — Introduction CAPEPS M2 — page 3 Extrait de copie — Introduction CAPEPS M2 — page 4 Extrait de copie — Introduction CAPEPS M2 — page 5

3) Questionnement

Une systémique reproductible dans tous les sujets pour ne pas perdre de temps.

  • Renverser le sujet → le mot clĂ© n°2 peut-il influencer le mot clĂ© n°1 ? Vice-versa.
  • Enjeu de formation → quels enjeux ou enjeu de formation ressort en lien avec les mots clĂ©s ?
  • Questionner le singulier et le pluriel → le mot clĂ© au singulier influence-t-il pareillement tous les Ă©lĂšves du contexte ?
  • Questionner les freins → un mot clĂ© peut-il freiner le dĂ©veloppement de l’autre ? Toujours en lien avec le contexte.
Exemple : « Le dĂ©jĂ -lĂ  technique des Ă©lĂšves est-il un frein ou un accĂ©lĂ©rateur de l’apprentissage des techniques et du bien-ĂȘtre ? »

4) Problématique

Une systémique aussi reproductible dans tous les sujets :

  • « Notre rĂ©flexion gravitera autour de l’hypothĂšse selon laquelle
 »
  • « Autrement dit
 » si une reformulation est nĂ©cessaire.
  • « Toutefois
 »
  • « DĂšs lors
 »
« Notre rĂ©flexion gravitera autour de l’hypothĂšse selon laquelle l’enseignant peut mettre en place des dispositifs coopĂ©ratifs de tutorat, d’observation et de conflits sociocognitifs coopĂ©ratifs sous forme de setting, invitant les Ă©lĂšves Ă  coopĂ©rer en vue de favoriser la rĂ©gulation des apprentissages moteurs, mĂ©thodologiques et sociaux de tous les Ă©lĂšves et l’enrichissement du parcours de formation aux diffĂ©rentes Ă©chelles. Toutefois, les Ă©lĂšves singuliers aspirent tous Ă  des “settings” diffĂ©rents, entravant chez tous les Ă©lĂšves notre double visĂ©e. DĂšs lors, il s’agira d’adapter, d’individualiser et d’intervenir au cƓur mĂȘme des dispositifs pour favoriser la coopĂ©ration de tous en vue de permettre la rĂ©gulation des apprentissages et d’enrichir les parcours de formation. »
PARTIE 4

L’annonce de partie

De mĂȘme que pour l’introduction, l’annonce de partie doit devenir relativement mĂ©canique. Plus les routines mĂ©thodologiques d’écriture sont maĂźtrisĂ©es, plus le candidat gagne du temps et peut consacrer son Ă©nergie Ă  la qualitĂ© de l’analyse.

1. Annonce de l’idĂ©e forte
Choisir un parti pris théorique qui permet de montrer que les mots clés répondent à un enjeu de formation prioritaire.
2. Reformulation
Si besoin.
3. Nuance
À partir de caractĂ©ristiques saillantes de la classe choisie en illustration.
4. Dépassement
Choisir un nouveau parti pris théorique permettant de dépasser la nuance en réutilisant les mots clés.
IDÉE FORTE → REFORMULATION → NUANCE → DÉPASSEMENT
Exemple 1
« Dans une seconde partie avec la classe de Terminale en Escalade, nous montrerons que l’enseignant d’EPS peut encourager nos adolescents qui perdent la sensibilitĂ© Ă  autrui Ă  accepter les Ă©motions nĂ©gatives liĂ©es Ă  l’effort physique par des efforts cognitifs et sociaux qui permettent de partager des ressentis Ă©motionnels, proprioceptifs et physiologiques. Toutefois, au regard d’un bien-ĂȘtre de plus en plus mis Ă  mal (contexte Ă©tablissement) notamment dĂ» Ă  la stratĂ©gie de “gagne points” des Ă©lĂšves, il s’agira d’apprendre aux Ă©lĂšves Ă  partager leurs ressentis, source d’acceptation de l’effort car compris et analysĂ©, permettant de favoriser la “rĂ©ussite de tous” (Axe 1, projet Ă©tablissement). »
Exemple 2
« Dans une premiĂšre partie, nous montrerons que la performance auto-rĂ©fĂ©rencĂ©e permet aux Ă©lĂšves de classe de Terminale de construire la technique sportive de coulĂ©e en Natation, qui constituera une premiĂšre Ă©tape pour participer Ă  la construction d’un rapport au corps positif tout au long de la sĂ©quence, pour rĂ©pondre Ă  un enjeu de rĂ©ussite de tous. Toutefois, au regard d’élĂšves qui fonctionnent par groupe affinitaire (contexte) et se mĂ©langent peu, nous montrerons que l’acquisition de la technique de la “pale” peut devenir un vecteur de travail coopĂ©ratif participant Ă  la construction d’un rapport au corps positif pour soi et pour les autres. »
À retenir : une bonne annonce de partie ne dĂ©crit pas simplement ce que le candidat va Ă©crire ; elle commence dĂ©jĂ  Ă  rĂ©pondre au sujet.
EXTRAITS DE COPIES · CAPEPS M2

Annonce de partie

Extrait de copie — Annonce de partie CAPEPS M2 — page 1 Extrait de copie — Annonce de partie CAPEPS M2 — page 2
EXTRAIT DE COPIE · CAPEPS L3

Annonce de partie

Extrait de copie — Annonce de partie CAPEPS L3
PARTIE 5

Argumentation

1) Émettre des hypothùses explicatives

Émettre des hypothĂšses explicatives sur la base des donnĂ©es retenues dans le contexte et en lien avec le sujet et des connaissances. Il s’agit de prendre un Ă©lĂ©ment du contexte ou de l’épisode et d’émettre une hypothĂšse explicative, tout en reliant celle-ci aux mots-clĂ©s du sujet, au contexte et Ă  des connaissances.

Exemple 1 : « L’épisode en Arts du cirque montre que certains Ă©lĂšves sont en difficultĂ©s face Ă  la reproduction d’un modĂšle technique (N. Galpetifaux, Revue EPS 400, 2023), qui amĂšne Ă  un mal-ĂȘtre, voire Ă  une rĂ©signation acquise de la part de ces Ă©lĂšves (Seligman, Depression and Learned Helplessness, 1975). En tĂ©moigne une remarque telle que “je n’y arriverai jamais !”. À l’inverse, d’autres Ă©lĂšves possĂšdent une maĂźtrise technique du jonglage, peut-ĂȘtre des Ă©lĂšves ayant pratiquĂ© en 6e, mais qui n’ont pas confiance en eux, ce qui questionne leur bien-ĂȘtre mental. »
Exemple 2 : « L’extrait de situation vĂ©cue en relais-vitesse en Terminale mixte montre des Ă©lĂšves orientĂ©s dans un climat compĂ©titif [...] Les risques sont que ces Ă©lĂšves arrĂȘtent d’accepter les efforts physiques, sociaux et cognitifs par un sentiment d’incompĂ©tence de plus en plus fort pouvant amener Ă  une rĂ©signation acquise (Seligman, 1975), source de mal-ĂȘtre mental, physique et social. »
Exemple 3 : « Mariam et Zina ainsi que Teddy et Allan tendent Ă  se renfermer sur eux-mĂȘmes, voire Ă  s’absenter des cours (contexte), ce qui peut ĂȘtre produit par les situations d’échec rĂ©pĂ©tĂ©es face aux autres [...] Nous pensons que c’est parce que les Ă©lĂšves sont jugĂ©s Ă  l’aune de leurs performances que chaque â€œĂ©chec”, erreur ou “contre-performance” est condamnĂ©e par le barĂšme (CRIEPS, Capitaliser les performances en demi-fond, 2016) et par les autres. »
Formulations utiles issues des copies :
« Cela peut vouloir dire que
 » · « Nous faisons l’hypothĂšse que
 » · « Nous pouvons supposer que
 »
ÉLÉMENT DU CONTEXTE / ÉPISODE → CONNAISSANCE → HYPOTHÈSE EXPLICATIVE → LIEN AVEC LES MOTS-CLÉS
EXTRAIT DE COPIE · CAPEPS M2

Émettre une hypothùse explicative

Extrait de copie — Hypothùse explicative CAPEPS M2

2) Utiliser cette hypothĂšse explicative pour justifier la mise en place d’un parti-pris thĂ©orique

L’intervention proposĂ©e doit dĂ©couler de l’hypothĂšse explicative prĂ©cĂ©dente.

« Ainsi, afin que tous les Ă©lĂšves apprennent des techniques et se sentent bien mentalement, l’enseignant peut placer les Ă©lĂšves en groupe, surtout que la solidaritĂ© et l’entraide sont des valeurs au cƓur des arts du cirque (T. Mayeko, Le festin des circassiens, 2016). »
HYPOTHÈSE EXPLICATIVE → CHOIX D’UN PARTI-PRIS THÉORIQUE

3) Expliciter le parti-pris théorique en lien permanent avec le contexte

Il ne suffit pas de nommer un dispositif. Il faut expliquer comment il fonctionne, pour quels élÚves et pourquoi il est susceptible de provoquer les transformations recherchées.

« Autrement dit, ça serait en permettant aux Ă©lĂšves qui maĂźtrisent et Ă  ceux en difficultĂ©s de crĂ©er une histoire collective autour d’un horizon commun (Weinger, 2015), que la crĂ©ation de techniques artistiques de jonglage serait facilitĂ©e (N. TerrĂ©, 2021). »
PARTI-PRIS → EXPLICITATION DU MÉCANISME → TRANSFORMATIONS ATTENDUES → CONTEXTE
EXTRAIT DE COPIE · CAPEPS M2

Justifier et expliciter le parti-pris théorique

Extrait de copie — Explicitation du parti-pris thĂ©orique CAPEPS M2

4) Montrer la réciprocité des mots-clés en lien avec le contexte

Lorsque cela est pertinent, montrer comment les transformations obtenues sur un premier mot-clĂ© peuvent Ă  leur tour produire des effets sur l’autre.

« Par-lĂ , il irait d’un bien-ĂȘtre social engendrĂ© par l’horizon commun, qui Ă  son tour amĂšnera un bien-ĂȘtre physique et mental dĂ» Ă  l’acquisition de nouvelles techniques et qui, rĂ©ciproquement, permettra aux Ă©lĂšves “rĂ©signĂ©s” de s’engager pour apprendre. »
MOT-CLÉ 1 → MOT-CLÉ 2 → RÉCIPROQUEMENT MOT-CLÉ 2 → MOT-CLÉ 1
COMPORTEMENT / CONTEXTE → CONNAISSANCE → HYPOTHÈSE EXPLICATIVE → PARTI-PRIS THÉORIQUE → EXPLICITATION → RÉCIPROCITÉ
EXTRAITS DE COPIES · CAPEPS L3

HypothĂšses explicatives

Extrait de copie — Hypothùse explicative CAPEPS L3 — page 1 Extrait de copie — Hypothùse explicative CAPEPS L3 — page 2
EXTRAIT DE COPIE · CAPEPS M2

HypothĂšse explicative et explicitation

Extrait de copie — Hypothùse explicative et explicitation CAPEPS M2
PARTIE 6 · CAPEPS M2

Illustration – CAPEPS M2

1) Une systémique

Toujours le mĂȘme objectif. MĂ©canique d’écriture au service du gain de temps et de la cohĂ©rence.

Annonce du champ d’apprentissage → Des AFC(L) visĂ©s → De l’objet d’enseignement visĂ© au regard du contexte.
« Ainsi, en Arts du cirque, du champ d’apprentissage n°3 “rĂ©aliser une prestation corporelle destinĂ©e Ă  ĂȘtre vue et apprĂ©ciĂ©e”, nous viserons l’AFC suivant “composer et interprĂ©ter une sĂ©quence artistique”, ce qui prend sens au regard d’élĂšves qui ont dĂ©jĂ  pour la plupart acquis
 et pour lesquels nous viserons l’OE “construire les trajets et trajectoires ensemble par un jeu de jongles collectifs”. »

2) BrĂšve prĂ©sentation du dispositif d’apprentissage

Énoncer si continuitĂ©/discontinuitĂ© avec l’épisode et pourquoi au regard du sujet et des caractĂ©ristiques des Ă©lĂšves. But pour les Ă©lĂšves. Consignes.

Vous pouvez ici reprendre les exemples de la fiche Ă©crit 2. MAIS, il ne faut surtout pas les reprendre Ă  l’identique. Pour viser le plus haut niveau de bandeau, il faut l’adapter et faire des liens au sujet et au contexte de façon permanente. Les mots clĂ©s, le contexte et le parti pris thĂ©orique doivent au maximum ĂȘtre prĂ©sents.

3) Cibler deux profils d’élĂšves aux besoins diffĂ©rents

  • Profil 1 → « Ces Ă©lĂšves vont apprendre à
 » « si
 alors
 »
  • Profil 2 → « Ces Ă©lĂšves vont apprendre à
 » « si
 alors
 »
« Pour des Ă©lĂšves ayant un niveau de maĂźtrise encore fragile, l’enseignant pourra proposer une situation oĂč les Ă©lĂšves devront changer de pied sur chaque prise pour s’entraĂźner Ă  les poser plus prĂ©cisĂ©ment. Il peut complĂ©ter la situation par des critĂšres de rĂ©alisation tels que “essaie de ne pas faire de bruit en posant ton pied, regarde bien sur quelle prise tu vas le poser”. Pour des Ă©lĂšves ayant un niveau de maĂźtrise satisfaisant, l’enseignant pourra mettre en place une situation en demandant aux Ă©lĂšves d’utiliser le moins de prises mains possibles pour les inciter Ă  pousser complĂštement sur leurs jambes en se plaçant de profil. »

4) Le rîle de l’enseignant s’intùgre facilement ici

Ne surtout pas l’oublier dans votre rĂ©daction. L’enseignant peut ĂȘtre au service de rĂ©gulations pour les Ă©lĂšves, d’encouragement, d’enquĂȘte
 Voir les parties sur l’enseignant dans la fiche Ă©crit 2.

EXTRAITS DE COPIES · CAPEPS M2

Exemples d’illustrations — CAPEPS M2

Extrait de copie — Illustration CAPEPS M2 — page 1 Extrait de copie — Illustration CAPEPS M2 — page 2 Extrait de copie — Illustration CAPEPS M2 — page 3 Extrait de copie — Illustration CAPEPS M2 — page 4 Extrait de copie — Illustration CAPEPS M2 — page 5 Extrait de copie — Illustration CAPEPS M2 — page 6 Extrait de copie — Illustration CAPEPS M2 — page 7 Extrait de copie — Illustration CAPEPS M2 — page 8
PARTIE 7 · CAPEPS L3

Illustration – CAPEPS L3

L’objectif est de concrĂ©tiser le principe d’intervention issu de l’analyse dans l’APSA support de l’épisode.

ANALYSE → TRANSFORMATION VISÉE → PRINCIPE D’INTERVENTION JUSTIFIÉ → DISPOSITIF CONCRET → RÉGULATIONS → EFFETS ATTENDUS

1) Repartir de l’hypothĂšse explicative et annoncer la transformation visĂ©e

L’illustration ne doit pas apparaĂźtre « de nulle part ». Elle dĂ©coule directement de l’analyse prĂ©cĂ©dente.

« Nous retiendrons l’hypothĂšse selon laquelle les difficultĂ©s rĂ©pĂ©tĂ©es dans la manipulation du diabolo dĂ©tournent progressivement les Ă©lĂšves de l’intention artistique et Ă©motionnelle de la tĂąche. Nous chercherons donc Ă  leur permettre de rĂ©ussir davantage la manipulation afin qu’ils puissent se recentrer sur l’expression et la transmission d’une Ă©motion. »

2) Annoncer et justifier le principe d’intervention

Dire sur quoi l’enseignant choisit d’agir et justifier ce choix à l’aide d’une connaissance.

« Pour rĂ©pondre Ă  ce problĂšme, nous nous appuierons sur le principe consistant Ă  simplifier momentanĂ©ment les contraintes de la tĂąche afin de libĂ©rer l’attention des Ă©lĂšves et de la rĂ©orienter vers l’intention d’apprentissage recherchĂ©e. »
HYPOTHÈSE EXPLICATIVE → TRANSFORMATION → PRINCIPE D’INTERVENTION JUSTIFIÉ

3) Illustrer concrĂštement dans l’APSA support de l’épisode

PrĂ©ciser l’organisation, le matĂ©riel, le but de la tĂąche, les consignes principales et les variables utiles.

« ConcrĂštement, l’enseignant pourra remplacer momentanĂ©ment le diabolo par une balle plus volumineuse pouvant ĂȘtre rĂ©ceptionnĂ©e Ă  deux mains. La diminution de la difficultĂ© de manipulation doit permettre de limiter les chutes et de dĂ©placer l’attention des Ă©lĂšves vers la construction du passing, l’occupation de l’espace et l’expression de l’émotion recherchĂ©e. »

4) PrĂ©ciser l’activitĂ© attendue des Ă©lĂšves et le rĂŽle de l’enseignant

Une illustration ne doit pas seulement dĂ©crire le dispositif matĂ©riel. L’enseignant peut observer, questionner, donner des feedbacks, orienter l’attention, faire verbaliser, encourager, modifier une contrainte ou aider Ă  comparer les essais.

« Le tuteur sera prĂ©alablement formĂ© Ă  observer, questionner et produire un retour prĂ©cis. AprĂšs le passage de son camarade, il pourra d’abord l’interroger sur ce qu’il a ressenti, puis lui indiquer un point rĂ©ussi et un axe d’amĂ©lioration avant de l’encourager pour la tentative suivante. »

5) Faire évoluer le dispositif grùce à des variables et des régulations

En fonction des rĂ©ponses des Ă©lĂšves, l’enseignant peut simplifier ou complexifier, retirer progressivement une aide, modifier le matĂ©riel, changer une contrainte, ajuster les groupes ou diffĂ©rencier selon les besoins.

« Une fois la respiration mieux maĂźtrisĂ©e avec la planche, celle-ci pourra ĂȘtre retirĂ©e. Puis l’élĂšve cherchera progressivement Ă  maintenir le mĂȘme rythme respiratoire dans une nage complĂšte en augmentant la distance parcourue. »

6) Annoncer précisément les transformations attendues

L’illustration doit se terminer en revenant aux Ă©lĂšves et en prĂ©cisant ce qui doit concrĂštement changer dans leur activitĂ©.

« Nous nous attendons progressivement Ă  observer moins de ruptures liĂ©es aux chutes d’objets, davantage d’attention portĂ©e aux trajectoires et aux partenaires et surtout une utilisation plus intentionnelle de l’espace, des dĂ©placements et des gestes pour transmettre l’émotion choisie. »

7) PrĂ©voir les rĂ©gulations de l’enseignant

Le dispositif peut ne pas fonctionner immĂ©diatement. L’enseignant doit rester capable de rĂ©guler.

« Toutefois, l’enseignant restera vigilant Ă  la qualitĂ© des interactions entre tuteur et tutorĂ©. Il pourra circuler entre les groupes, questionner les Ă©lĂšves sur les conseils donnĂ©s et recomposer les binĂŽmes si les Ă©changes deviennent peu constructifs ou provoquent un dĂ©sengagement. »
Formule synthétique :
J’AI COMPRIS QUE
 → JE VEUX TRANSFORMER
 → DONC JE CHOISIS DE
 → CONCRÈTEMENT
 → L’ENSEIGNANT
 → JE FAIS ÉVOLUER
 → JE M’ATTENDS À OBSERVER

EXTRAITS DE COPIES · CAPEPS L3

Exemples d’illustrations — CAPEPS L3

Extrait de copie — Illustration CAPEPS L3 — page 1 Extrait de copie — Illustration CAPEPS L3 — page 2 Extrait de copie — Illustration CAPEPS L3 — page 3 Extrait de copie — Illustration CAPEPS L3 — page 4 Extrait de copie — Illustration CAPEPS L3 — page 5 Extrait de copie — Illustration CAPEPS L3 — page 6 Extrait de copie — Illustration CAPEPS L3 — page 7
CONNAISSANCES · ÉCRIT 1

CAPEPS L3 & M2

Les trois grands items de connaissances à maütriser pour l’Écrit 1.

1Transmettre et adapterOuvrir le cours
RAPPEL DE L’ITEM

Transmettre et adapter

Conduire une rĂ©flexion sur l'Ă©volution de la leçon d'EPS pour rĂ©pondre aux finalitĂ©s et mutations de l'École.

Prendre en compte les élÚves dans leur diversité et l'adéquation entre les contenus, les pratiques pédagogiques et les modalités d'évaluation.

Concerne également l'association sportive, les sections sportives, l'enseignement de spécialité, etc.

DÉFINITIONS

Les notions Ă  maĂźtriser

1. Les enjeux éducatifs

Les enjeux éducatifs désignent l'ensemble des défis, des finalités et des objectifs auxquels le systÚme éducatif doit répondre pour permettre le développement et l'épanouissement des individus, tout en assurant leur intégration dans la société.

Sociale
Culturelle
Économique
Politique
Pédagogique

Un enjeu devient éducatif lorsqu'il s'inscrit dans un objectif de transmission de savoirs, de compétences, de valeurs ou de comportements ayant pour but de contribuer au développement global de l'individu dans le cadre d'un processus éducatif.

Cela implique que cet enjeu concerne des problĂ©matiques ou des dĂ©fis qui peuvent ĂȘtre rĂ©solus ou amĂ©liorĂ©s par l'Ă©ducation, et qu'ils visent Ă  prĂ©parer les individus Ă  s'intĂ©grer dans la sociĂ©tĂ© de maniĂšre autonome, responsable et Ă©panouie.

EXEMPLES DE FINALITÉS DU SYSTÈME ÉDUCATIF
‱ Apprendre Ă  penser par soi-mĂȘme
‱ DĂ©couvrir son humanitĂ©
‱ Transmettre une culture
‱ Prendre sa place dans la communautĂ©
‱ Apprendre Ă  ĂȘtre libre
‱ Contribuer Ă  l’épanouissement de l’enfant
‱ Favoriser l’inclusion
‱ Favoriser la mixitĂ© sociale
‱ Favoriser l’égalitĂ©
‱ Éducation Ă  la santĂ©

2. Diversité des élÚves

Nous comprendrons la diversitĂ© comme la prĂ©sence en un mĂȘme lieu et en mĂȘme temps de populations aux caractĂ©ristiques diverses tant sur le plan de l’ñge, du sexe que sur le dĂ©veloppement staturo-pondĂ©ral ou moteur.

Âge
Sexe
Développement
staturo-pondéral
Développement
moteur

Par ailleurs, les origines disparates de ces Ă©lĂšves se concentrent au sein de l'Ă©cole dĂšs l’accĂšs gĂ©nĂ©ralisĂ© Ă  l’enseignement secondaire.

MASSIFICATION DES PUBLICS SCOLAIRES ↓ Émergence d’un nouveau type de mixitĂ© : LA MIXITÉ SOCIALE

3. Pratiques pédagogiques

« Les pratiques pĂ©dagogiques constituent un ensemble de procĂ©dĂ©s qui permettent aux enseignants de transmettre des contenus Ă  leurs Ă©lĂšves. Leur Ă©volution traduit une transformation du type de savoir, des maniĂšres de transmettre le savoir, un rĂŽle et un statut diffĂ©rent de l’apprenant et de l’enseignant, et un idĂ©altype de l’homme Ă  construire selon les Ă©poques »

Sorez & Saint-Martin, « RĂ©ussir l’écrit 1 », 2020.

4. ModalitĂ©s d’évaluation

« L’évaluation tient une place fondamentale dans une logique de scolarisation d’une discipline »

Chervel, 1998.

« L’évolution des modalitĂ©s d’évaluation sont parallĂšles aux changements scolaires »

Attali et St-Martin, 2010.

En EP, l’évaluation met plus de temps Ă  s’imposer. La commission interministĂ©rielle de 1904 avait demandĂ© la mise en place d’une Ă©preuve d’EP aux examens afin d’unifier les mĂ©thodes enseignĂ©es, sans succĂšs.

1904
Demande d’une Ă©preuve d’EP aux examens afin d’unifier les mĂ©thodes enseignĂ©es. → Sans succĂšs.

Il a fallu attendre un demi-siĂšcle pour que soit instaurĂ©e une Ă©preuve obligatoire d’EP au bac.

Ce dĂ©lai montre bien qu’à l’école, l’excellence intellectuelle prime sur l’excellence corporelle, et que ce qui semble naturel pour les disciplines intellectuelles ne l’est pas pour l’EPS.
COMPLÉMENTS DES IO 6e-5e — 1987
« il n’y a pas d’enseignement sans Ă©valuation ».
DÉFINITION

« Evaluer signifie formuler un jugement de valeur sur une rĂ©alitĂ©, sur laquelle les exigences de l’action ont conduit Ă  s’interroger »

H. Charles, L’évaluation des actions Ă©ducatives, 1992.

5. Transmission

Transmission : Action, fait de transmettre (Le Robert). Faire passer d’une personne à une autre (Le Robert).

Ce qui est effectivement transmis

La transmission ne concerne pas uniquement la maniĂšre d’enseigner : elle interroge Ă©galement ce qui est effectivement transmis aux Ă©lĂšves.

Or, les contenus transmis ne dĂ©pendent pas seulement des prescriptions institutionnelles. Ils sont aussi influencĂ©s par la formation, l’expĂ©rience personnelle et professionnelle ainsi que par la culture de l’enseignant.

Formation initiale
Expérience personnelle
Expérience professionnelle
Culture de l’enseignant
FORMATION INITIALE ET INERTIE DES PRATIQUES

L’évolution des pratiques enseignantes est ainsi caractĂ©risĂ©e par une forte inertie, notamment en raison du poids dĂ©terminant de la formation initiale (B. Michon et B. Caritey, « Histoire orale d’une profession : les enseignants d’EP », Revue Spirales, 13-14, 1998).

La formation reçue par les enseignants contribue donc Ă  construire des maniĂšres relativement durables de concevoir l’EPS, de choisir les activitĂ©s enseignĂ©es et de dĂ©terminer les contenus jugĂ©s lĂ©gitimes Ă  transmettre.

L’HABITUS SPORTIF DE L’ENSEIGNANT

De plus, Combaz et Hoibian (2009) expliquent par ailleurs que les enseignants programment majoritairement des activités institutionnalisées dans lesquelles on produit une performance correspondant à leur « habitus sportif ».

ExpĂ©riences sportives → Habitus sportif → Choix des APSA → Contenus transmis

Ainsi, ce qui est transmis aux Ă©lĂšves dĂ©pend Ă©galement de la culture sportive incorporĂ©e par les enseignants : leurs expĂ©riences antĂ©rieures, les activitĂ©s qu’ils maĂźtrisent et les reprĂ©sentations qu’ils ont construites de l’EPS participent Ă  orienter leurs choix de programmation et les contenus qu’ils privilĂ©gient.

LE SAVOIR EXPÉRIENTIEL

La pratique de l’enseignant dans une activitĂ© spĂ©cifique constitue un savoir expĂ©rientiel (« savoir construit dans l’expĂ©rience ») qui influence ce qui est dĂ©finitivement transmis en classe.

L’« en plus » (P. Buznic-Bourgeacq & al., La transmission du savoir expĂ©rientiel en EPS, 2010) = savoir expĂ©rientiel que l’enseignant a construit dans sa pratique personnelle et qu’il peut alors transmettre Ă  l’élĂšve.

L’« en plus » est transformĂ© par un processus de conversion didactique qui permet d’intĂ©grer ce savoir expĂ©rientiel dans l’enseignement.

Cela change ce qui est transmis, pas seulement comment l’enseignant enseigne.
ABSENCE D’EXPÉRIENCE PERSONNELLE
  • contenu conceptuel moins dense ;
  • vocabulaire gĂ©nĂ©rique ;
  • recours moins frĂ©quents aux sensations.
PRÉSENCE DE L’« EN PLUS »

L’« en plus » dans une activitĂ© permet une transmission de contenu plus spĂ©cifique et contextualisĂ©.

DE LA TRANSMISSION À L’INCORPORATION

Transmettre ne signifie pas nécessairement faire incorporer

Cependant, tout ce qui est transmis par l’enseignant n’est pas nĂ©cessairement incorporĂ© par l’élĂšve. Il convient donc de distinguer les contenus proposĂ©s et transmis par l’enseignant de ce que l’élĂšve s’approprie effectivement au cours de son expĂ©rience.

INCORPORATION
« Processus d’intĂ©gration Ă  un corps humain de symboles spĂ©cifiques Ă  tel ou tel groupe auquel il ressortit. »

L’élĂšve ne constitue donc pas un simple rĂ©ceptacle des savoirs transmis. Les contenus proposĂ©s peuvent ĂȘtre compris, transformĂ©s, sĂ©lectionnĂ©s, rĂ©interprĂ©tĂ©s ou ne pas ĂȘtre incorporĂ©s.

Ce qui est effectivement incorporĂ© dĂ©pend notamment de l’expĂ©rience vĂ©cue par l’élĂšve, de son histoire, de ses caractĂ©ristiques et du sens qu’il attribue Ă  ce qui lui est proposĂ©.

CE QUE L’INSTITUTION PRESCRIT
↓
CE QUE L’ENSEIGNANT TRANSMET
↓
CE QUE L’ÉLÈVE INCORPORE
Ce dĂ©calage est particuliĂšrement important pour analyser historiquement la diversitĂ© des Ă©lĂšves : un mĂȘme contenu transmis Ă  tous ne produit pas nĂ©cessairement les mĂȘmes acquisitions ni la mĂȘme expĂ©rience chez tous les Ă©lĂšves.

6. Relation pédagogique

« La relation pĂ©dagogique devient Ă©ducative quand, au lieu de se rĂ©duire Ă  la transmission du savoir, elle engage des ĂȘtres dans une rencontre oĂč chacun dĂ©couvre l’autre et se voit soi-mĂȘme, et oĂč commence une aventure humaine par laquelle l’adulte va naĂźtre en l’enfant »

Postic, La relation éducative, 2001.

La relation pĂ©dagogique ne se rĂ©duit donc pas au rapport entre l’enseignant, le savoir et sa transmission. Elle dĂ©signe aussi le lien qui se construit entre l’enseignant et les Ă©lĂšves, dans une structure sociale oĂč prennent place le sens, les interactions, le partage, l’engagement et le dĂ©veloppement de l’élĂšve.

L’enjeu est notamment de susciter l’intĂ©rĂȘt des Ă©lĂšves et de les engager dans des pratiques porteuses de vĂ©ritables enjeux, susceptibles de produire du sens et du progrĂšs.

LA PÉDAGOGIE FAÇONNE AUSSI LE CORPS

« les pédagogies sont porteuses de préceptes qui donnent au corps une forme et quadrillent pour le soumettre aux normes plus sûrement que la pensée »

G. Vigarello.
UNE RELATION QUI ÉVOLUE AVEC L’IDÉAL ÉDUCATIF

« Chaque modÚle de citoyens formés définit le type de relation pédagogique à privilégier »

Tony Froissart, « La relation enseignant/élÚve en EPS : processus subi ou agi ? Fin du XIXÚme siÚcle à nos jours », 2012.
LIEN AVEC L’ITEM → La relation pĂ©dagogique constitue elle-mĂȘme un vecteur de transmission. Adapter la maniĂšre d’entrer en relation avec les Ă©lĂšves — commander, guider, contractualiser, faire choisir, responsabiliser, dialoguer — transforme l’expĂ©rience qu’ils vivent et donc ce qu’ils sont susceptibles d’incorporer, explicitement comme implicitement.

7. Association sportive et sport scolaire

Le sport scolaire constitue une particularitĂ© forte du systĂšme Ă©ducatif français. Il prolonge l’EPS obligatoire par une pratique associative, volontaire et organisĂ©e dans l’établissement scolaire.

« Aucun pays d’Europe et au-delĂ  n’a fait ce choix de formation sportive scolaire avec les mĂȘmes exigences et en complĂ©ment d’une EP obligatoire »

M. Fouquet, Le Sport Scolaire : « une exception culturelle française », Conférence Grenoble, 2002.
ASSOCIATION SPORTIVE

« rassemblement volontaire des élÚves dans l'association multisports de leur établissement scolaire pour pratiquer des APS dans un cadre le plus souvent compétitif »

P. Arnaud, IdentitĂ© de l’EP au XXĂšme siĂšcle, 1993.
UNSS

« est une fédération multisports au service des licenciés des associations sportives des établissements scolaires du second degré »

J. Zoro, Images de 150 ans d’EPS, 2002.
DEUX VOIES D’INTÉGRATION DU SPORT À L’ÉCOLE

P. Arnaud distingue deux voies d’intĂ©gration du sport dans le systĂšme Ă©ducatif français :

Voie pédagogique et didactique
Le sport est intĂ©grĂ© dans les programmes obligatoires et transformĂ© en contenu d’enseignement de l’EPS.
Voie associative
Le sport s’intĂšgre Ă  la vie sociale et culturelle de l’établissement par les associations sportives auxquelles les Ă©lĂšves adhĂšrent librement et volontairement.
P. Arnaud, « L’intĂ©gration du sport dans l’enseignement secondaire public français : la voie associative », in L’identitĂ© de l’éducation physique scolaire au XXĂšme siĂšcle — entre l’école et le sport, AFRAPS, 1993.
LIEN AVEC L’ITEM → L’AS constitue un autre espace de transmission de la culture sportive, distinct de la leçon obligatoire par son caractĂšre volontaire et associatif. Son Ă©volution permet d’étudier comment l’institution adapte les formes de pratique, les rĂŽles et les valeurs proposĂ©s aux Ă©lĂšves, et donc les expĂ©riences sportives qu’ils peuvent progressivement incorporer.
PARTIE 1

1880 → 1967

Comprendre le contexte gĂ©nĂ©ral et scolaire dans lequel Ă©voluent les enjeux de transmission et d’adaptation en EPS.

CONTEXTE GÉNÉRAL

Une société marquée par la revanche, la fragilité des corps et la reconstruction nationale

1870

La défaite contre la Prusse en 1870 provoque la chute du Second Empire. La défaite de Sedan est attribuée à la faiblesse physique et morale des jeunes français. Dans un souci de revanche, il faut préparer les futurs soldats, cultiver leur corps et leur volonté.

1Ăšre GM

Au sortir de la 1Ăšre GM, l’état des lieux est d’autant plus lourd qu’aux 1,4 millions de morts, rien que pour la France, s’ajoutent 3 millions de blessĂ©s et 1 million de mutilĂ©s. La population, qui ne semblait dĂ©jĂ  ne pas se renouveler, apparaĂźt donc doublement fragile. L’obsession de « rebĂątir la race » est au centre des discours et des dispositions.

1945

AprĂšs Vichy (1945), selon l'IG Berthoumieu en 1946 :

« 80% de nos jeunes sont des déficients physiologiques (...), des insuffisances respiratoires et musculaires ».

IG Berthoumieu, 1946.
UNE IDÉOLOGIE QUI TRAVERSE LA PÉRIODE

DĂšs lors, « l’idĂ©ologie revancharde et patriotique » (Attali et J. Saint-Martin, 2004) traverse cette pĂ©riode et influence les savoirs enseignĂ©s par les enseignants vers davantage de dirigisme et d’autoritĂ©.

CONSEIL NATIONAL DES SPORTS — 1946
« Toute reconstruction nationale comme ce par la reconstruction du corps ».
Vimard, Conseil National des sports, 1946.
CONTEXTE DE L’ÉCOLE

Une École organisĂ©e selon un dualisme social

À l’école, il existe un dualisme qui exclut toute passerelle entre Ă©cole du peuple et secondaire (La dĂ©mocratisation de l’enseignement, A. Prost, 1992).

ÉCOLE PRIMAIRE

L’école du peuple

En effet, l’école primaire rĂ©publicaine a pour volontĂ© de ne pas modifier la position sociale de ceux qu’elle instruit.

Les paysans deviendront paysans,
les ouvriers deviendront ouvriers.

L’instituteur est jugĂ© excellent s’il fait rĂ©ussir les bons Ă©lĂšves (B. Charlot, Une autre Ă©cole est-elle en train d’émerger ?, 2007).

À l’école primaire, construite pour le peuple, des pratiques sociales comme la danse, la boxe ou la natation peuvent ĂȘtre mises en Ɠuvre, mais elles font l’objet d’un travail dĂ©contextualisĂ© qui prive les Ă©lĂšves d’une grande partie de leur sens culturel, au profit de finalitĂ©s disciplinaires, morales et physiques.

Dans la mĂ©thode sportive, la gymnastique de dĂ©veloppement reste privilĂ©giĂ©e tandis que la gymnastique d’application et les pratiques sportives demeurent largement en dehors des frontiĂšres de l’école du peuple. Les Ă©coliers rĂ©pĂštent ainsi des mouvements abstraits et scientifiquement irrĂ©prochables afin de « rentabiliser » leur capital santĂ©.

L’école primaire, autonome et coupĂ©e du secondaire, produit ainsi des individus qui ne doivent pas entretenir d’illusions sociales ou professionnelles en limitant leurs connaissances Ă  « ce qu’il n’est pas permis d’ignorer » (T. Terret, IdentitĂ© de l’EP Ă  l’école primaire 1880-1998).

ENSEIGNEMENT SECONDAIRE

L’école de l’élite sociale

Or, l’enseignement du secondaire est rĂ©servĂ© Ă  l’élite sociale.

Il s’agit de faire des citoyens destinĂ©s aux positions « Ă©levĂ©es ».

À la diffĂ©rence des Ă©coliers du primaire, les lycĂ©ens accĂšdent davantage au sport, qui doit notamment dĂ©velopper des qualitĂ©s de dĂ©brouillardise et d’initiative (T. Terret, IdentitĂ© de l’EP Ă  l’école primaire 1880-1998).

LE SPORT COMME CULTURE DE L’ÉLITE

Le sport est l’activitĂ© dĂ©fendue pour le secondaire, utile Ă  l’éducation de l’élite car il est l’apanage de la « classe dominante » seule Ă  disposer de loisirs (Baluteau, L’EP dans plusieurs mondes, 2002).

LE DUALISME SCOLAIRE
ÉCOLE PRIMAIRE
École du peuple
Gymnastique de développement · capital santé
Pratiques sociales décontextualisées
≠
ENSEIGNEMENT SECONDAIRE
Élites sociales
Sport et culture dominante
Initiative · débrouillardise
À RETENIR — CONTEXTE — PARTIE 1
Les preuves Ă  mobiliser dans une copie
  • 1870 : la dĂ©faite contre la Prusse alimente une logique de revanche et de prĂ©paration des corps ; Attali & Saint-Martin (2004) parlent d’« idĂ©ologie revancharde et patriotique ».
  • Berthoumieu, 1946 : « 80% de nos jeunes sont des dĂ©ficients physiologiques (...) » → le corps est pensĂ© comme Ă  redresser et fortifier.
  • Vimard, Conseil National des sports, 1946 : « Toute reconstruction nationale comme ce par la reconstruction du corps ».
  • Prost, 1992 : dualisme entre Ă©cole primaire du peuple et secondaire ; T. Terret, IdentitĂ© de l’EP Ă  l’école primaire 1880-1998 : au primaire, pratiques sociales dĂ©contextualisĂ©es et gymnastique de dĂ©veloppement pour le « capital santĂ© », tandis que le secondaire donne davantage accĂšs au sport, Ă  l’initiative et Ă  la dĂ©brouillardise ; Baluteau, 2002 : le sport reste associĂ© Ă  la « classe dominante ».
TRANSMETTRE · ADAPTER · INCORPORER → L’institution ne transmet pas encore une culture corporelle identique Ă  tous. Les contenus s’adaptent surtout Ă  des catĂ©gories sociales et corporelles dĂ©jĂ  constituĂ©es ; les expĂ©riences proposĂ©es diffĂšrent donc, tout comme ce que les Ă©lĂšves peuvent incorporer.
BLOC ARGUMENTAIRE

Des normes corporelles transmises et incorporées différemment

Les pratiques enseignantes permettent ici de relier directement transmission, diversité des élÚves, évaluation et incorporation.

Pratiques transmissives → Normes corporelles transmises → ExpĂ©riences diffĂ©renciĂ©es → Incorporations diffĂ©renciĂ©es

De 1880 Ă  1967, l’EP repose largement sur une volontĂ© de faire incorporer des normes corporelles, mais celles-ci ne sont ni identiques pour tous les Ă©lĂšves ni nĂ©cessairement rĂ©ductibles aux contenus explicitement enseignĂ©s. Dans les pratiques rĂ©gressives et dominantes dĂ©crites par Marsenach, la pĂ©dagogie demeure essentiellement transmissive : dĂ©monstration, commandement, rĂ©pĂ©tition collective et dĂ©composition analytique des techniques. L’apprentissage de la brasse en constitue une bonne illustration : hors de l’eau, les Ă©lĂšves reproduisent ensemble les mouvements prescrits avant de passer successivement dans le bassin (Terret, 1993 ; Caritey & Michon, 1998). Explicitement, l’enseignant transmet une technique utilitaire destinĂ©e Ă  permettre Ă  l’élĂšve de se sauver ; implicitement, cette organisation peut Ă©galement faire incorporer des dispositions Ă  l’obĂ©issance, Ă  la rĂ©pĂ©tition et Ă  la conformitĂ© corporelle.

Cependant, ce processus d’incorporation est profondĂ©ment diffĂ©renciĂ©. L’EP ne construit pas le mĂȘme corps fĂ©minin que masculin. Les filles sont davantage confrontĂ©es Ă  des exercices rythmiques et Ă  une valorisation de la grĂące, de la souplesse et de l’esthĂ©tique. Les rapports d’inspection rĂ©alisĂ©s sous Vichy, Ă©tudiĂ©s par Szerdahelyi, montrent comment les enseignantes peuvent elles-mĂȘmes vĂ©hiculer implicitement ces normes par leur maniĂšre d’ĂȘtre et de dĂ©montrer : une enseignante est dĂ©crite comme une « belle athlĂšte, souple et fine, [qui] excelle en rythmique », consolidant son autoritĂ© « par le sang-froid et la distinction » et grĂące Ă  des « dĂ©monstrations prĂ©cises et gracieuses » (Szerdahelyi, « Enseignantes paradoxales. Femmes d’action en EPS (1941 et 1989) », Revue TrĂ©ma, 2016). L’enseignante ne transmet donc pas seulement verbalement : son propre corps constitue Ă©galement un modĂšle Ă  reproduire. Attali, Ottogalli et Saint-Martin parlent de « sexuation des apprentissages » : l’enseignement participe donc Ă  la transmission, puis potentiellement Ă  l’incorporation, de normes sociales diffĂ©rentes selon les sexes. Cette diffĂ©renciation est Ă©galement sociale puisque les Ă©lĂšves du primaire populaire rencontrent surtout une culture corporelle utilitaire et dĂ©contextualisĂ©e, tandis que les Ă©lĂšves du secondaire peuvent davantage accĂ©der au sport, Ă  l’initiative et Ă  la dĂ©brouillardise.

Enfin, les groupes physiologiques instaurĂ©s aprĂšs 1945 montrent que l’évaluation participe directement Ă  sĂ©lectionner ce qui pourra ĂȘtre incorporĂ©. Le mĂ©decin mesure et classe les Ă©lĂšves selon leur aptitude corporelle ; le classement obtenu dĂ©termine ensuite le type d’EP proposĂ©. Les Ă©lĂšves du groupe I accĂšdent Ă  une EP normale et sportive tandis que d’autres sont orientĂ©s vers des contenus correctifs ou rééducatifs. T. Bourgoin (Handicap et EPS, 2018) montre plus largement que les Ă©lĂšves considĂ©rĂ©s comme diffĂ©rents ont aussi Ă©tĂ© dĂ©signĂ©s par des catĂ©gories telles que « idiots, imbĂ©ciles, hĂ©miplĂ©giques, arriĂ©rĂ©s, instables ». L’adaptation existe donc dĂ©jĂ , mais elle fonctionne principalement comme une assignation de contenus Ă  des catĂ©gories de corps. Ainsi, sous une apparente homogĂ©nĂ©itĂ© pĂ©dagogique, cette pĂ©riode produit en rĂ©alitĂ© une forte diffĂ©renciation : selon son sexe, son aptitude et sa position scolaire et sociale, l’élĂšve ne rencontre pas les mĂȘmes contenus, ne vit pas les mĂȘmes expĂ©riences et n’est donc pas placĂ© dans les mĂȘmes conditions d’incorporation.

TRANSMETTRE ≠ FAIRE INCORPORER LA MÊME CHOSE À TOUS
REPÈRES EXPLICATIFS

Comment la transmission se différencie selon les élÚves

Quatre entrĂ©es permettent de comprendre comment les pratiques, le sexe, l’origine sociale et l’évaluation modifient ce qui est explicitement transmis, implicitement vĂ©hiculĂ© et potentiellement incorporĂ©.

1. PRATIQUES ENSEIGNANTES

Transmettre une technique, mais aussi une maniĂšre d’ĂȘtre Ă©lĂšve

De 1880 Ă  1967, les pratiques restent majoritairement transmissives, directives et analytiques. Dans les pratiques rĂ©gressives et dominantes dĂ©crites par Marsenach, l’enseignant montre, commande et fait reproduire.

En natation, la brasse est apprise hors de l’eau, de maniĂšre dĂ©composĂ©e, avant des passages successifs dans le bassin (Terret, 1993 ; Caritey & Michon, 1998).

TRANSMISSION EXPLICITE
L’enseignant transmet une technique utile permettant notamment de se sauver.
TRANSMISSION IMPLICITE → INCORPORATION
L’organisation transmet aussi l’obĂ©issance, la rĂ©pĂ©tition, la conformitĂ© au modĂšle et la maĂźtrise du corps. L’élĂšve peut donc incorporer une certaine relation Ă  son corps et Ă  l’autoritĂ©.
2. DIVERSITÉ SEXUÉE

Filles et garçons ne sont pas exposĂ©s aux mĂȘmes normes corporelles

Chez les filles, les exercices rythmiques, la grĂące, la souplesse et l’esthĂ©tique sont davantage valorisĂ©s. Cette diffĂ©renciation s’explique par les rĂŽles sociaux assignĂ©s au corps fĂ©minin : l’éducation corporelle doit notamment accroĂźtre la dextĂ©ritĂ© de la jeune fille pour les travaux d’aiguille ou mĂ©nagers, tout en recherchant une grĂące supposĂ©e utile Ă  sa future fonction d’épouse et de mĂšre.

POURQUOI DES PRATIQUES DIFFÉRENCIÉES ?

Liotard montre que l’exclusion de tout excĂšs et l’utilitĂ© esthĂ©tique sont fortement valorisĂ©es dans les IO de 1945 et de 1959 : il s’agit de « rendre la femme belle [
] afin d’amĂ©liorer sa fonction de reproductrice ».

Cette grĂące doit cependant rester modĂ©rĂ©e : « L’effet d’esthĂ©tisation de la gestualitĂ© n'a de sens que dans la recherche d’un reproducteur et dĂšs lors que la sĂ©duction s’autonomise de la procrĂ©ation, elle est condamnĂ©e ».

Liotard, « Être belle pour ĂȘtre utile : Le discours sur l’EP fĂ©minine aprĂšs 1918 » ; Sorez & Saint-Martin, RĂ©ussir l’écrit 1, 2020.

Les rapports d’inspection sous Vichy Ă©tudiĂ©s par Szerdahelyi montrent que ces normes sont aussi implicitement transmises par le corps et l’attitude des enseignantes. L’une est dĂ©crite comme une « belle athlĂšte, souple et fine, [qui] excelle en rythmique », dont l’autoritĂ© se consolide « par le sang-froid et la distinction », grĂące Ă  des « dĂ©monstrations prĂ©cises et gracieuses ».

Szerdahelyi, « Enseignantes paradoxales. Femmes d’action en EPS (1941 et 1989) », Revue TrĂ©ma, 2016.

L’enseignante ne transmet donc pas seulement verbalement : son propre corps constitue Ă©galement un modĂšle Ă  reproduire.

Attali, Ottogalli et Saint-Martin parlent ainsi de « sexuation des apprentissages ».

TRANSMISSION EXPLICITE
Filles et garçons reçoivent des contenus et exercices différents.
TRANSMISSION IMPLICITE → INCORPORATION
Ils sont confrontĂ©s Ă  des attentes diffĂ©rentes concernant ce qu’un corps fĂ©minin ou masculin doit ĂȘtre. Les possibilitĂ©s d’incorporation sont donc elles aussi sexuĂ©es.
3. DIVERSITÉ SOCIALE

Le systÚme scolaire distribue des cultures corporelles différentes

Le dualisme scolaire distingue encore fortement l’école primaire du peuple et l’enseignement secondaire des Ă©lites. L’École ne cherche pas encore Ă  transmettre une culture corporelle commune Ă  tous, mais prĂ©pare les Ă©lĂšves Ă  des positions sociales diffĂ©rentes.

ÉCOLE PRIMAIRE POPULAIRE
Des pratiques sociales comme la danse, la boxe ou la natation sont décontextualisées et orientées vers des finalités disciplinaires, morales et physiques. La gymnastique de développement domine ; les élÚves répÚtent des mouvements abstraits afin de rentabiliser leur « capital santé ».
ENSEIGNEMENT SECONDAIRE
La gymnastique d’application et surtout le sport sont davantage accessibles. Les lycĂ©ens sont confrontĂ©s Ă  des qualitĂ©s de dĂ©brouillardise et d’initiative.
T. Terret, IdentitĂ© de l’EP Ă  l’école primaire 1880-1998.
TRANSMISSION EXPLICITE
Les contenus corporels diffĂšrent selon le public scolaire.
TRANSMISSION IMPLICITE → INCORPORATION
Certains Ă©lĂšves rencontrent surtout un rapport au corps fondĂ© sur l’utilitĂ© et la discipline, quand d’autres rencontrent davantage l’initiative, le sport et l’autonomie.
4. ÉVALUATION ET DIVERSITÉ PHYSIOLOGIQUE

Mesurer les corps pour décider de ce qui sera transmis

AprĂšs 1945, l’évaluation est largement diagnostique et mĂ©dicale. Le mĂ©decin mesure et classe les Ă©lĂšves selon leurs aptitudes et leur morphologie dans diffĂ©rents groupes physiologiques. Ce classement dĂ©termine directement le contenu proposĂ©.

T. Bourgoin montre plus largement la maniĂšre dont les Ă©lĂšves considĂ©rĂ©s comme diffĂ©rents ont pu ĂȘtre catĂ©gorisĂ©s et dĂ©signĂ©s : « idiots, imbĂ©ciles, hĂ©miplĂ©giques, arriĂ©rĂ©s, instables ».

T. Bourgoin, Handicap et EPS, 2018.
ÉVALUER → CLASSER → ORIENTER → TRANSMETTRE DIFFÉREMMENT
Groupe I
EP normale et sportive.
Groupes plus fragiles
Contenus correctifs ou rééducatifs.
Groupe IV
Pas d’EP normale.

L’évaluation ne mesure donc pas seulement une diffĂ©rence dĂ©jĂ  existante : elle produit une orientation pĂ©dagogique diffĂ©rente.

TRANSMISSION EXPLICITE
Le groupe physiologique dĂ©termine les contenus auxquels l’élĂšve accĂšde.
TRANSMISSION IMPLICITE → INCORPORATION
Le classement construit aussi une reprĂ©sentation hiĂ©rarchisĂ©e des corps : normal, fragile, dĂ©ficient ou inapte. L’élĂšve peut donc incorporer une certaine maniĂšre de se percevoir lui-mĂȘme dans l’EP.
À RETENIR — PRATIQUES — PARTIE 1
Les preuves Ă  mobiliser dans une copie
  • Terret, 1993 ; Caritey & Michon, 1998 : apprentissage analytique de la brasse hors de l’eau avant le passage dans le bassin → dĂ©monstration, rĂ©pĂ©tition, reproduction.
  • T. Terret, IdentitĂ© de l’EP Ă  l’école primaire 1880-1998 : primaire populaire → gymnastique de dĂ©veloppement et pratiques sociales dĂ©contextualisĂ©es ; secondaire → sport, initiative et dĂ©brouillardise.
  • Liotard, « Être belle pour ĂȘtre utile : Le discours sur l’EP fĂ©minine aprĂšs 1918 » : « rendre la femme belle [
] afin d’amĂ©liorer sa fonction de reproductrice » → contexte social de la diffĂ©renciation sexuĂ©e.
  • Szerdahelyi, « Enseignantes paradoxales. Femmes d’action en EPS (1941 et 1989) », Revue TrĂ©ma, 2016 : les rapports d’inspection montrent comment les enseignantes peuvent implicitement donner Ă  voir le modĂšle corporel attendu — « belle athlĂšte, souple et fine », « dĂ©monstrations prĂ©cises et gracieuses ».
  • T. Bourgoin, Handicap et EPS, 2018 : les catĂ©gorisations des Ă©lĂšves diffĂ©rents (« idiots, imbĂ©ciles, hĂ©miplĂ©giques, arriĂ©rĂ©s, instables ») Ă©clairent une adaptation historiquement pensĂ©e par le classement ; aprĂšs 1945, les groupes physiologiques organisent Ă©valuer → classer → orienter → transmettre diffĂ©remment.
TRANSMETTRE · ADAPTER · INCORPORER → Le geste technique explicitement transmis vĂ©hicule aussi des normes implicites — obĂ©issance, conformitĂ©, grĂące, force, aptitude. L’adaptation fonctionne souvent comme une assignation Ă  une catĂ©gorie ; ce qui est incorporĂ© dĂ©pend donc du sexe, du milieu scolaire et de l’aptitude.
ANALYSEUR — TEXTES OFFICIELS

Prescrire des contenus, mais aussi des normes corporelles

Les textes officiels prescrivent ce qui doit ĂȘtre enseignĂ© et la maniĂšre de l’enseigner. Ils vĂ©hiculent Ă©galement des conceptions du corps et de l’élĂšve susceptibles d’orienter ce qui sera incorporĂ©.

1. UNE TRANSMISSION PRESCRITE COMME COLLECTIVE, DIRIGÉE ET CONTRÔLÉE

Les textes officiels confortent largement, jusqu’aux annĂ©es 1950, une conception directive et collective de l’enseignement de l’EP.

IO DE 1908

« ĂȘtre pratiquĂ©s avec modĂ©ration, en Ă©vitant tout excĂšs et toute spĂ©cialisation »

« le maitre dĂ©montre l’exercice, en commande et en surveille l’exĂ©cution, prĂ©voit les accidents et les Ă©vite »

IO DE 1923

« corriger les attitudes dĂ©fectueuses qu’impose trop souvent au corps de l’enfant le travail scolaire »

Cette conception reste visible dans les IO de 1945. Combeau-Mari (1993) montre alors que le « contrĂŽle du corps est partout ». La relation pĂ©dagogique est largement autoritaire : les Ă©lĂšves sont alignĂ©s, marchent au pas, en colonne, et le groupe tend Ă  englober l’individu.

CE QUI EST EXPLICITEMENT PRESCRIT ET TRANSMIS
Des exercices destinés à entretenir, corriger et fortifier le corps, réalisés sous la direction et la surveillance du maßtre.
CE QUI PEUT ÊTRE IMPLICITEMENT VÉHICULÉ ET INCORPORÉ
Une valorisation du contrĂŽle, de la discipline, de la modĂ©ration et de la conformitĂ© Ă  une norme extĂ©rieure. Les prescriptions contribuent ainsi Ă  construire un certain rapport au corps et Ă  l’autoritĂ©.
2. LES TEXTES PRESCRIVENT AUSSI DES CORPS DIFFÉRENTS SELON LE SEXE

La normalisation corporelle ne conduit pas Ă  une EP identique pour tous. Les textes d’évaluation diffĂ©rencient directement filles et garçons. MĂȘme lorsque l’EP est facultative au baccalaurĂ©at, certaines Ă©preuves sont rĂ©servĂ©es aux garçons — saut en hauteur, grimper de corde, lancer de poids — alors que le lancer de balle est proposĂ© aux filles.

GARÇONS
Force · puissance · action
FILLES
Grùce · modération · esthétique

Liotard montre que l’exclusion de tout excĂšs en EP et l’utilitĂ© esthĂ©tique restent fortement valorisĂ©es dans les IO de 1945 et de 1959, dans une perspective visant Ă  :

« rendre la femme belle [
] afin d’amĂ©liorer sa fonction de reproductrice »

Liotard, « Être belle pour ĂȘtre utile : Le discours sur l’EP fĂ©minine aprĂšs 1918 ».

La différenciation des contenus correspond donc aux représentations sociales dominantes. Les textes ne prescrivent pas seulement des exercices différents : ils institutionnalisent des usages sociaux différents du corps féminin et masculin.

CE QUI EST EXPLICITEMENT PRESCRIT ET TRANSMIS
Des épreuves, activités et qualités corporelles différenciées selon le sexe.
CE QUI PEUT ÊTRE IMPLICITEMENT VÉHICULÉ ET INCORPORÉ
L’idĂ©e que les corps fĂ©minins et masculins n’ont ni les mĂȘmes capacitĂ©s, ni les mĂȘmes usages, ni les mĂȘmes rĂŽles sociaux. Les normes sexuĂ©es peuvent ainsi ĂȘtre naturalisĂ©es et incorporĂ©es.
IDÉE FORTE — ANALYSEUR « TEXTES OFFICIELS »
Les textes officiels ne sont pas seulement le reflet de pratiques existantes : ils lĂ©gitiment institutionnellement ce qui doit ĂȘtre transmis et les corps qu’il convient de construire.
Prescription explicite → Normes vĂ©hiculĂ©es implicitement → Incorporation possible
À RETENIR — TEXTES OFFICIELS — PARTIE 1
Les preuves Ă  mobiliser dans une copie
  • IO 1908 : « le maitre dĂ©montre l’exercice, en commande et en surveille l’exĂ©cution » ; les exercices doivent ĂȘtre pratiquĂ©s « avec modĂ©ration ».
  • IO 1923 : « corriger les attitudes dĂ©fectueuses qu’impose trop souvent au corps de l’enfant le travail scolaire ».
  • Combeau-Mari, 1993 Ă  propos des IO de 1945 : le « contrĂŽle du corps est partout ».
  • Liotard, « Être belle pour ĂȘtre utile : Le discours sur l’EP fĂ©minine aprĂšs 1918 » : les IO de 1945 et de 1959 valorisent l’exclusion de tout excĂšs et l’utilitĂ© esthĂ©tique ; l’EP fĂ©minine vise notamment Ă  « rendre la femme belle [
] afin d’amĂ©liorer sa fonction de reproductrice ».
TRANSMETTRE · ADAPTER · INCORPORER → Les textes prescrivent explicitement des exercices et des qualitĂ©s corporelles, mais lĂ©gitiment implicitement discipline, contrĂŽle et normes sexuĂ©es. L’adaptation est catĂ©gorielle ; elle contribue Ă  faire incorporer des maniĂšres diffĂ©rentes d’habiter son corps.
ANALYSEUR — CONCEPTEURS

Deux conceptions, deux modalitĂ©s d’incorporation

Georges HĂ©bert et Philippe TissiĂ© proposent deux maniĂšres diffĂ©rentes de transmettre des valeurs par le corps et de faire de l’expĂ©rience motrice un support d’incorporation.

1. GEORGES HÉBERT — LA MÉTHODE NATURELLE

Faire incorporer des valeurs par l’expĂ©rience motrice

Avec la mĂ©thode naturelle, Georges HĂ©bert dĂ©fend une Ă©ducation globale de l’individu. Le geste naturel doit dĂ©velopper simultanĂ©ment la santĂ©, la rĂ©sistance Ă  la fatigue, la confiance, le courage et l’équilibre psychique. Il ne s’agit pas de former « un lutteur, un coureur ou un acrobate », mais un homme complet, capable de s’adapter aux nĂ©cessitĂ©s de la vie.

« Être fort pour ĂȘtre utile »

S. Villaret, La mĂ©thode Naturelle de Georges HĂ©bert ou « l’école naturiste » en EP, 2004.

La leçon, rĂ©alisĂ©e autant que possible en plein air, enchaĂźne des actions variĂ©es : marcher, courir, sauter, grimper, lancer, porter, lutter, nager, s’équilibrer, se dĂ©placer en quadrupĂ©die.

Ce qui est explicitement transmis dĂ©passe donc les seules habiletĂ©s motrices : HĂ©bert vise la santĂ©, le courage, la confiance, l’utilitĂ© sociale et le service d’autrui.

Mais la transmission des valeurs passe surtout par l’expĂ©rience corporelle. RĂ©sister Ă  la fatigue peut faire Ă©prouver le courage ; Ă©conomiser ses forces, la mesure ; agir efficacement, la confiance ; Ă©voluer librement en plein air, la joie et le « plaisir sain ».

La valeur n’est pas seulement dite : elle est mise en acte et ressentie.

L’incorporation repose alors sur la rĂ©pĂ©tition d’expĂ©riences variĂ©es et fonctionnelles. À force d’agir, de s’adapter, de persĂ©vĂ©rer ou de coopĂ©rer, l’élĂšve peut progressivement transformer ces valeurs en dispositions durables, c’est-Ă -dire en maniĂšres d’agir et d’ĂȘtre.

La leçon elle-mĂȘme devient ainsi un dispositif de socialisation : l’expĂ©dition collective, l’entraide et l’utilitĂ© donnent au geste une signification qui dĂ©passe l’individu.

TRANSMISSION
« ĂȘtre fort pour ĂȘtre utile »
→ EXPÉRIENCE
agir, s’adapter, rĂ©sister, coopĂ©rer
→ INCORPORATION
courage, confiance, entraide, utilité

Ainsi, HĂ©bert cherche Ă  transmettre l’idĂ©al d’un homme fort et utile par des expĂ©riences motrices variĂ©es, afin que l’élĂšve incorpore progressivement des dispositions de courage, de confiance, d’entraide et d’utilitĂ© sociale.

Il existe toutefois un paradoxe concernant la diversitĂ© sexuĂ©e : l’égalitĂ© proposĂ©e par HĂ©bert repose largement sur des qualitĂ©s de vigueur, d’efficacitĂ© et de rĂ©sistance historiquement construites au masculin. Les filles peuvent donc accĂ©der au mĂȘme modĂšle corporel, mais au prix d’une certaine virilisation de la norme corporelle.

2. PHILIPPE TISSIÉ — LA MÉTHODE SUÉDOISE

Discipliner le corps pour discipliner l’individu

Chez Philippe TissiĂ©, la mĂ©thode suĂ©doise poursuit Ă©galement un projet qui dĂ©passe le simple dĂ©veloppement physique. L’EP doit renforcer la santĂ©, mais aussi former le caractĂšre : volontĂ©, attention, initiative, maĂźtrise des impulsions et refus de la paresse.

Jean Saint-Martin montre ainsi que la gymnastique de TissiĂ© « Ă©duque tout autant qu’elle instruit » (Philippe TissiĂ© ou l’EP au secours de la dĂ©gĂ©nĂ©rescence de la jeunesse française, 2006).

« discipliner les muscles, c’est discipliner la pensĂ©e »

Le geste constitue donc un moyen d’agir simultanĂ©ment sur le corps et sur le caractĂšre.

Ce qui est explicitement transmis, ce sont des exercices analytiques, méthodiques et précisément ordonnés, mais également des valeurs clairement recherchées : effort, volonté, attention, obéissance et maßtrise de soi.

La maniĂšre mĂȘme de les enseigner renforce cette transmission. RĂ©pĂ©ter des mouvements ordonnĂ©s, respecter une progression rigoureuse, agir avec prĂ©cision et contrĂŽler ses impulsions confronte quotidiennement l’élĂšve aux comportements que TissiĂ© souhaite dĂ©velopper.

La forme de l’exercice participe elle-mĂȘme Ă  l’éducation morale.

L’incorporation se joue alors Ă  plusieurs niveaux : le corps acquiert des habitudes de prĂ©cision et de maĂźtrise ; le caractĂšre se construit dans la persĂ©vĂ©rance et le contrĂŽle de soi ; enfin, les exercices collectifs et synchronisĂ©s peuvent favoriser l’intĂ©riorisation du devoir, de la responsabilitĂ© et d’un ordre social collectif.

TRANSMISSION
discipline, volonté, maßtrise
→ RÉPÉTITION CORPORELLE
ordre, précision, contrÎle
→ INCORPORATION
maßtrise de soi, persévérance, sens du devoir

Ainsi, TissiĂ© transmet des valeurs de discipline, de volontĂ© et de maĂźtrise Ă  travers des exercices ordonnĂ©s et rĂ©pĂ©tĂ©s, afin que l’élĂšve incorpore progressivement des dispositions de contrĂŽle de soi, de persĂ©vĂ©rance et de sens du devoir.

DEUX CONCEPTIONS, DEUX MODALITÉS D’INCORPORATION
HÉBERT
Liberté du mouvement
Diversité, plein air, adaptation
Plaisir sain, courage, confiance
Valeurs Ă©prouvĂ©es dans l’action
« Être fort pour ĂȘtre utile »
TISSIÉ
Ordre du mouvement
Analyse, répétition, précision
Volonté, discipline, maßtrise
Valeurs inscrites dans la répétition ordonnée
« Discipliner le corps pour discipliner la pensée »
IDÉE FORTE — ANALYSEUR « CONCEPTEURS »
Chez HĂ©bert comme chez TissiĂ©, le geste n’est jamais neutre : il transmet des valeurs et peut contribuer Ă  faire incorporer une certaine maniĂšre de se conduire, de se reprĂ©senter son corps et de prendre place dans la collectivitĂ©.
À RETENIR — CONCEPTIONS — PARTIE 1
Les preuves Ă  mobiliser dans une copie
  • HĂ©bert — Villaret, 2004 : « Être fort pour ĂȘtre utile » ; activitĂ©s naturelles variĂ©es, plein air, adaptation, courage, confiance et utilitĂ© sociale.
  • HĂ©bert : la valeur est surtout mise en acte dans l’expĂ©rience — agir, rĂ©sister, s’adapter, coopĂ©rer — avant de devenir une disposition durable.
  • TissiĂ© — Saint-Martin, 2006 : la gymnastique « Ă©duque tout autant qu’elle instruit » ; « discipliner les muscles, c’est discipliner la pensĂ©e ».
  • TissiĂ© : rĂ©pĂ©tition analytique, ordre, prĂ©cision et contrĂŽle → maĂźtrise de soi, persĂ©vĂ©rance et sens du devoir.
TRANSMETTRE · ADAPTER · INCORPORER → Chez HĂ©bert comme chez TissiĂ©, transmettre passe par la forme de l’expĂ©rience corporelle. L’adaptation aux singularitĂ©s reste limitĂ©e : l’objectif est surtout de faire incorporer un idĂ©al humain et moral par l’action rĂ©pĂ©tĂ©e.
PARTIE 2

1967 → 1985

Une pĂ©riode de coexistence entre des pratiques dominantes encore trĂšs sportives et transmissives, et des pratiques innovantes qui cherchent Ă  placer davantage l’élĂšve au centre de ses apprentissages.

CONTEXTE GÉNÉRAL

Une rationalitĂ© Ă©conomique commune Ă  l’École, au sport et Ă  l’EP

L’EP et l’école sont progressivement transformĂ©es par un mĂȘme « rĂ©cit » dominant, porteur d’une rationalitĂ© Ă©conomique. Ce rĂ©cit s’impose notamment Ă  partir des dĂ©bats du colloque d’Amiens en 1968 et des orientations politiques de De Gaulle (Prost, 1992).

Un rĂ©seau d’idĂ©es de plus en plus structurĂ© se dĂ©veloppe, articulant Ă©conomie, sport, Ă©cole, progrĂšs matĂ©riel et humain Ă  travers les logiques de production (Baluteau, L’EP dans plusieurs mondes. Contribution Ă  une histoire des disciplines scolaires, 2002).

PROGRÈS
DÉPASSEMENT
PERFORMANCE
RENDEMENT

Le sport, dans ce contexte, est fortement marquĂ© par la recherche de performance, Ă  l’image des formes de travail propres aux sociĂ©tĂ©s industrielles. Ce glissement culturel, perceptible dans l’école comme dans l’EP, s’inscrit dans un dĂ©placement plus large des valeurs sociales. Une connivence entre le monde sportif et le monde Ă©conomique s’exprime clairement Ă  travers l’usage commun de notions telles que « progrĂšs », « dĂ©passement » ou encore « performance ».

Le sport apparaĂźt alors « comme un des aspects de l’activitĂ© humaine, une crĂ©ation de l’homme pour le progrĂšs ».

Collinet, 2000, p. 157.

DĂšs lors, la culture scolaire elle-mĂȘme se rĂ©oriente vers des valeurs d’efficacitĂ©, d’action et de rendement. L’introduction du sport de compĂ©tition dans l’EP participe Ă  cette logique : il s’agit de former les corps et les esprits dans une dynamique oĂč sport et rationalitĂ© Ă©conomique agissent de concert.

CONTEXTE DE L’ÉCOLE

De l’élitisme rĂ©publicain Ă  l’égalitĂ© des chances

La massification change la nature de l’École dans la mesure oĂč elle transforme le modĂšle de l’élitisme rĂ©publicain en modĂšle de l’égalitĂ© des chances (Baluteau, L’EP dans plusieurs mondes, 2002).

L’école Ă©lĂ©mentaire ne doit plus sĂ©lectionner les meilleurs, mais prĂ©parer tous les Ă©lĂšves Ă  entrer au collĂšge oĂč tous pourront prĂ©tendre Ă  des Ă©tudes longues (Dubet, Les enjeux d’une culture commune). Apparaissent ainsi des enjeux nouveaux de culture commune et d’égalitĂ©.

LE PARADOXE DU COLLÈGE UNIQUE

Toutefois, le collĂšge unique vise Ă  imposer une forme et un contenu pĂ©dagogiques uniques Ă  des Ă©lĂšves qui ne sont pas tous de futurs lycĂ©ens capables de se conformer aux exigences dictĂ©es par le lycĂ©e d’enseignement gĂ©nĂ©ral, attentes que les professeurs ont fortement intĂ©riorisĂ©es comme la carriĂšre « normale ».

Ainsi, ce collĂšge fonctionne selon un principe de « distillation fractionnĂ©e » rejetant dans les marges ou des filiĂšres spĂ©ciales ceux qui ne correspondent pas aux canons de l’excellence.

La prĂ©sence d’élĂšves faibles ou en difficultĂ© devient une vĂ©ritable prĂ©occupation pour des enseignants qui ne savent pas toujours les prendre en charge et qui peuvent finir, parfois au prix d’un fort sentiment de culpabilitĂ©, par les relĂ©guer.

Le collĂšge unique reste donc Ă©loignĂ© de l’égalitĂ© rĂ©ellement vĂ©cue : l’écart entre les principes affichĂ©s et les pratiques se creuse, ce qui conduit une minoritĂ© significative d’enseignants Ă  souhaiter une orientation plus prĂ©coce des Ă©lĂšves.
À RETENIR — CONTEXTE — PARTIE 2
Les preuves Ă  mobiliser dans une copie
  • Baluteau, 2002 : rapprochement entre Ă©cole, sport, Ă©conomie et progrĂšs autour de logiques de production.
  • Collinet, 2000 : le sport est « une crĂ©ation de l’homme pour le progrĂšs » → performance, dĂ©passement, efficacitĂ© et rendement deviennent des rĂ©fĂ©rences communes.
  • Baluteau, 2002 : la massification transforme l’élitisme rĂ©publicain en modĂšle de l’égalitĂ© des chances.
  • Dubet : enjeu d’une culture commune, mais le collĂšge unique demeure confrontĂ© Ă  la diversitĂ© des Ă©lĂšves et Ă  des mĂ©canismes de relĂ©gation.
TRANSMETTRE · ADAPTER · INCORPORER → L’École cherche Ă  transmettre une culture commune Ă  un public devenu plus nombreux et plus hĂ©tĂ©rogĂšne. Mais les formes scolaires restent encore largement pensĂ©es selon des normes de performance ; l’adaptation aux nouveaux publics demeure donc incomplĂšte.
ANALYSEUR — PRATIQUES ENSEIGNANTES

Des pratiques dominantes aux pratiques innovantes

La relation pĂ©dagogique Ă©volue progressivement d’un modĂšle transmissif et autoritaire vers une approche plus interactive, mĂȘme si la sportivisation reste largement dominante.

1. PRATIQUES DOMINANTES

Transmettre le modĂšle sportif et ses valeurs

Dans les pratiques dominantes, la relation pĂ©dagogique reste largement mimĂ©tique et transmissive. L’enseignant dĂ©tient l’initiative et propose des gestes issus des techniques sportives de rĂ©fĂ©rence que l’élĂšve doit reproduire. Roche souligne ainsi que la sportivisation ne suffit pas, Ă  elle seule, Ă  transformer la relation pĂ©dagogique : le modĂšle reste traditionnel et centrĂ© sur la reproduction technique.

IO DU 19 OCTOBRE 1967

« mettre l’accent sur l’aspect du geste ou de la technique sportive dans le but de combler une lacune »

Cette orientation est renforcée par la formation initiale : Caritey et Michon (1998) montrent que les enseignants restent fortement marqués par une formation ENSEP/CREPS à dominante sportive.

La compĂ©tition, la performance et la recherche de maĂźtrise technique transmettent explicitement des valeurs d’effort, de travail, de discipline, de respect des rĂšgles et de mĂ©rite (Queval, 2004).

Cette transmission correspond au contexte de la Ve République : sous De Gaulle et Herzog, le sport devient un symbole de progrÚs, de rayonnement national et de réussite individuelle. Lemonnier (2010) montre la proximité entre ces valeurs et celles du monde économique : rendement, productivité, optimisation et ascension par le travail.

TRANSMISSION ≠ INCORPORATION

L’enquĂȘte Misoff rĂ©vĂšle un dĂ©calage entre les valeurs institutionnelles et les attentes des jeunes. Ceux-ci ne rejettent pas nĂ©cessairement l’activitĂ© physique, mais contestent davantage le record, l’exploit, la sĂ©lection et l’élitisme, au profit du bien-ĂȘtre, de l’équilibre, du plaisir et de la sociabilitĂ©.

TRANSMISSION
compétition, performance, discipline, mérite
→ EXPÉRIENCE
reproduire, s’entraĂźner, se comparer, ĂȘtre classĂ©
→ INCORPORATION
partielle, sélective ou résistante

Ainsi, les pratiques dominantes cherchent Ă  transmettre les valeurs du sport compĂ©titif par la reproduction de modĂšles techniques et la confrontation hiĂ©rarchisĂ©e, mais l’élĂšve n’incorpore pas nĂ©cessairement l’ensemble de ces valeurs : l’appropriation peut ĂȘtre partielle, sĂ©lective ou rĂ©sistante.

UNE INCORPORATION DIFFÉRENCIÉE SELON LE SEXE

Les garçons, davantage socialisĂ©s Ă  la compĂ©tition sportive, rencontrent Ă  l’école des normes dĂ©jĂ  prĂ©sentes dans leurs loisirs et peuvent donc plus facilement les incorporer.

Pour les filles, la situation est plus contradictoire : elles doivent réussir dans un univers valorisant des qualités historiquement masculines tout en restant conformes à des attentes de féminité. La séparation des sexes demeure importante, particuliÚrement dans les activités à forte connotation masculine ou à confrontation directe.

« l’EPS des filles n’est alors pas simplement diffĂ©rente, ni Ă©gale Ă  celle des garçons, elle est inĂ©galitaire car reproductrice des distinctions de genre »

Szerdahelyi, 2009.
2. PRATIQUES INNOVANTES

Transmettre autrement pour permettre d’autres incorporations

À partir des annĂ©es 1970 apparaissent des pratiques innovantes qui cherchent Ă  rompre avec la simple pĂ©dagogie du modĂšle. Avec MĂ©rand, Marsenach ou encore les influences liĂ©es aux transformations Ă©ducatives de l’aprĂšs-1968, l’élĂšve devient davantage acteur de ses apprentissages.

L’enseignant prend davantage en compte ses possibilitĂ©s, ses besoins, son plaisir (Lobrot, 1995) et son activitĂ© propre. Ces pratiques introduisent ou valorisent davantage la danse, les activitĂ©s de pleine nature, les pratiques non compĂ©titives, l’expression personnelle, la coopĂ©ration, l’autonomie et l’initiative.

D. Bret permet de décrire cette évolution comme le passage du « praticien artisan » vers le « technicien réfléchi et applicateur ».

Les valeurs ne sont plus seulement celles de la compĂ©tition et de l’excellence technique. Les pratiques innovantes transmettent davantage : autonomie, libertĂ©, plaisir, expression, coopĂ©ration et respect du rythme individuel.

Elles entrent ainsi davantage en rĂ©sonance avec les aspirations relevĂ©es par l’enquĂȘte Misoff : santĂ©, Ă©quilibre physique et moral, sociabilitĂ© et pratique sans obsession du podium ou du record.

TRANSMISSION
autonomie, plaisir, expression, coopération
→ EXPÉRIENCE
choisir, rechercher, s’exprimer, coopĂ©rer, expĂ©rimenter
→ INCORPORATION
autonomie, initiative, rapport plus personnel Ă  l’activitĂ©

Ainsi, les pratiques innovantes cherchent Ă  transmettre des valeurs d’autonomie, de plaisir et d’expression en transformant l’expĂ©rience proposĂ©e Ă  l’élĂšve ; parce que ces valeurs correspondent davantage aux aspirations juvĂ©niles, leur incorporation peut ĂȘtre facilitĂ©e.

DES INÉGALITÉS D’ACCÈS QUI PERSISTENT

Cette transformation ne signifie pas que tous les Ă©lĂšves bĂ©nĂ©ficient Ă©galement de la diversification des pratiques. Louveau et Davisse (1998) montrent que l’accĂšs au sport reste socialement diffĂ©renciĂ© : les catĂ©gories supĂ©rieures et intermĂ©diaires disposent davantage des ressources nĂ©cessaires Ă  la pratique, tandis que les ouvriers et employĂ©s y accĂšdent moins ; les femmes restent Ă©galement moins investies dans un univers encore fortement masculin. Changer ce qui est transmis ne suffit donc pas Ă  garantir une incorporation identique : les expĂ©riences antĂ©rieures, le sexe et l’origine sociale continuent Ă  filtrer ce que les Ă©lĂšves peuvent effectivement s’approprier.

3. L’AS / LE SPORT SCOLAIRE

Adapter la transmission à des publics plus diversifiés

À partir du dĂ©but des annĂ©es 1970, l’ASSU cherche Ă  Ă©largir son public en dĂ©veloppant, Ă  cĂŽtĂ© de la formule compĂ©titive, une « formule masse », moins centrĂ©e sur la sĂ©lection et la performance. Ce choix traduit une volontĂ© d’adapter le sport scolaire aux besoins, aux envies et aux possibilitĂ©s de davantage d’élĂšves, notamment de ceux qui accĂšdent moins facilement Ă  la pratique compĂ©titive.

La transformation ne porte donc pas seulement sur l’organisation de l’AS : elle modifie Ă©galement ce qui est transmis.

FORMULE COMPÉTITIVE
Culture sportive fondée sur la performance, la comparaison, la hiérarchie et la recherche du résultat.
FORMULE MASSE
Valorisation du plaisir de pratiquer, de la participation, de la sociabilitĂ© et de l’accĂšs du plus grand nombre Ă  une culture physique et sportive.
Adapter la forme de pratique, c’est donc aussi adapter les valeurs et les expĂ©riences que l’on cherche Ă  transmettre.

Cette Ă©volution est particuliĂšrement importante du point de vue de la diversitĂ© sociale. Les Ă©lĂšves issus des milieux les moins favorisĂ©s disposent parfois de moins de ressources Ă©conomiques et d’une culture sportive moins familiĂšre, ce qui peut limiter leur accĂšs Ă  une AS exclusivement compĂ©titive. En diversifiant ses formes de pratique, le sport scolaire cherche donc Ă  rĂ©duire certains obstacles Ă  la participation.

Mais lĂ  encore, transmission ne signifie pas incorporation automatique : proposer une AS plus ouverte ne garantit pas que tous les Ă©lĂšves incorporent de la mĂȘme maniĂšre les valeurs de plaisir, de sociabilitĂ© ou d’engagement. Leur expĂ©rience dĂ©pend aussi de leur histoire sportive, de leur milieu social et du sens qu’ils donnent Ă  la pratique proposĂ©e.

ADAPTATION
de l’offre compĂ©titive Ă  une offre plus diversifiĂ©e
→ TRANSMISSION
plaisir, participation, sociabilité, culture sportive
→ INCORPORATION
rapport plus positif et plus familier Ă  la pratique physique

Ainsi, en diversifiant les formes de pratique proposĂ©es par l’ASSU, l’institution ne cherche pas seulement Ă  accueillir davantage d’élĂšves : elle transforme aussi les expĂ©riences sportives auxquelles ils accĂšdent et donc les valeurs qu’ils sont susceptibles d’incorporer.

IDÉE FORTE — PARTIE 2 / PRATIQUES
Pratiques dominantes
modĂšle sportif → reproduction technique → compĂ©tition → incorporation sĂ©lective des valeurs de performance et de mĂ©rite.
Pratiques innovantes
activitĂ© de l’élĂšve → diversification → autonomie / plaisir → incorporation potentiellement plus en phase avec les aspirations juvĂ©niles.

La rupture ne porte donc pas seulement sur le choix des activitĂ©s : elle concerne surtout la maniĂšre de transmettre et le type d’expĂ©rience Ă  travers laquelle les valeurs peuvent ĂȘtre incorporĂ©es.

À RETENIR — PRATIQUES — PARTIE 2
Les preuves Ă  mobiliser dans une copie
  • IO 1967 : l’enseignant peut « mettre l’accent sur l’aspect du geste ou de la technique sportive dans le but de combler une lacune » → permanence du modĂšle technique.
  • Caritey & Michon, 1998 : forte fidĂ©litĂ© des enseignants Ă  leur formation initiale ENSEP/CREPS Ă  dominante sportive.
  • EnquĂȘte Misoff : les jeunes contestent davantage record, exploit, sĂ©lection et Ă©litisme, et valorisent bien-ĂȘtre, Ă©quilibre, plaisir et sociabilitĂ©.
  • MĂ©rand / Marsenach ; Lobrot, 1995 : pratiques innovantes davantage centrĂ©es sur l’activitĂ©, les besoins et le plaisir de l’élĂšve.
  • ASSU, dĂ©but des annĂ©es 1970 : dĂ©veloppement d’une « formule masse » Ă  cĂŽtĂ© de la formule compĂ©titive → Ă©largissement de l’offre sportive scolaire.
TRANSMETTRE · ADAPTER · INCORPORER → Dans les pratiques dominantes, on transmet surtout performance, technique et compĂ©tition, sans garantie d’incorporation. Les pratiques innovantes et la formule masse adaptent davantage l’expĂ©rience aux aspirations des Ă©lĂšves, ce qui peut favoriser l’appropriation de valeurs d’autonomie, de plaisir et de participation.
ANALYSEUR — TEXTES OFFICIELS

Le sport, la performance et l’évaluation comme normes scolaires

Les textes officiels prescrivent un idĂ©al humain fondĂ© sur la performance et le dĂ©passement de soi, tandis que l’évaluation traduit concrĂštement cet idĂ©al en performances mesurĂ©es et hiĂ©rarchisĂ©es.

1. LE SPORT DEVIENT LE SUPPORT PRIVILÉGIÉ D’UN IDÉAL DE PERFORMANCE

Au milieu des annĂ©es 1960, l’EP participe Ă  un projet de modernisation et de puissance nationale. Il s’agit de former de « robustes adolescents » (Collinet, L’EP et les sciences, 2001), aptes au « dĂ©passement de soi » et ayant « l’ambition de s’imposer dans le cadre de leur vie active » (IO du 19 octobre 1967).

Les finalitĂ©s de l’EP valorisent ainsi des individus performants, combatifs, ayant le « goĂ»t de l’effort » et la volontĂ© de vaincre.

« non seulement à dégager un type humain dans sa perfection, mais à accroßtre par la compétition et le travail acharné qu'elle exige, les possibilités de l'homme »

Dans cette logique, le sport doit « dans la majoritĂ© des cas, tenir la plus grande place », car il implique « la confrontation, la compĂ©tition et la collaboration » et peut faire naĂźtre « un comportement et un Ă©tat d'esprit exemplaires ». La compĂ©tition est mĂȘme prĂ©sentĂ©e comme « une excellente motivation ».

CE QUI EST EXPLICITEMENT PRESCRIT ET TRANSMIS
Pratique sportive, maßtrise technique, dépassement de soi, compétition, effort et volonté de vaincre.
CE QUI EST IMPLICITEMENT VÉHICULÉ
Une conception de l’individu fondĂ©e sur la performance, la comparaison, l’efficacitĂ© et le progrĂšs, en cohĂ©rence avec les valeurs Ă©conomiques et sociales de la pĂ©riode.

Les textes ne prescrivent donc pas seulement davantage de sport : ils lĂ©gitiment une certaine maniĂšre d’ĂȘtre performant, combatif et compĂ©titif que l’élĂšve est invitĂ© Ă  incorporer.

2. L’ÉVALUATION TRADUIT CETTE CONCEPTION EN MESURANT LA PERFORMANCE

Cette logique se retrouve dans les modalitĂ©s d’évaluation. La table de cotation Letessier (1957) permet de transformer les performances physiques et la maĂźtrise technique en rĂ©sultats chiffrĂ©s comparables.

Son caractĂšre simple et objectif constitue un moyen d’assurer Ă©quitĂ©, transparence et uniformitĂ© nationale, participant ainsi Ă  la scolarisation de l’EP comme discipline d’enseignement Ă  part entiĂšre.

Mais la production motrice est principalement envisagĂ©e comme un produit mesurable : la performance obtenue conduit Ă  la note, tandis que les processus mobilisĂ©s par l’élĂšve restent peu pris en compte.

Évaluer la performance revient donc aussi Ă  dĂ©terminer ce qui mĂ©rite d’ĂȘtre appris et valorisĂ©.

Or tous les Ă©lĂšves ne disposent pas des mĂȘmes ressources face Ă  cette norme. Les Ă©lĂšves pratiquant dĂ©jĂ  en club sont avantagĂ©s, de mĂȘme que les enfants issus de milieux favorisĂ©s bĂ©nĂ©ficient plus frĂ©quemment d’une familiaritĂ© antĂ©rieure avec la culture sportive.

L’EPS peut alors produire elle aussi de l’échec scolaire et conduire Ă  naturaliser les diffĂ©rences sous la forme du « don » (Maccario, 1983), cette :

« vertu mystĂ©rieuse que les uns possĂšdent alors que d’autres en sont dĂ©pourvus »

Rauch, Êtes-vous douĂ© ?, 1970.
CE QUI EST EXPLICITEMENT TRANSMIS ET ÉVALUÉ
Performance, maßtrise technique et efficacité mesurable.
CE QUI PEUT ÊTRE IMPLICITEMENT INCORPORÉ
L’idĂ©e qu’ĂȘtre « bon » en EPS signifie ĂȘtre performant selon une norme sportive commune, voire que les Ă©carts entre Ă©lĂšves relĂšvent de capacitĂ©s naturelles.

Une Ă©valuation prĂ©sentĂ©e comme identique et objective pour tous ne place donc pas tous les Ă©lĂšves dans les mĂȘmes conditions de rĂ©ussite ni d’incorporation des valeurs sportives.

IDÉE FORTE — ANALYSEUR « TEXTES OFFICIELS »
TEXTES OFFICIELS
sport, compétition, dépassement
→ ÉVALUATION
performance mesurée et hiérarchisée
→ INCORPORATION
performance, comparaison, mérite, position dans la hiérarchie

Ce que l’institution cherche Ă  transmettre ne prĂ©juge pas de ce que chaque Ă©lĂšve incorpore effectivement.

À RETENIR — TEXTES OFFICIELS — PARTIE 2
Les preuves Ă  mobiliser dans une copie
  • Collinet, 2001 : l’EP doit former de « robustes adolescents ».
  • IO du 19/10/1967 : « dĂ©passement de soi », « ambition de s’imposer dans le cadre de leur vie active » ; le sport doit « dans la majoritĂ© des cas, tenir la plus grande place ».
  • IO 1967 : la compĂ©tition est prĂ©sentĂ©e comme « une excellente motivation » et comme support de confrontation, collaboration et comportement exemplaire.
  • Letessier, 1957 : table de cotation nationale fondĂ©e sur la performance ; Maccario, 1983 et Rauch, 1970 montrent le risque de naturaliser les Ă©carts sous la forme du « don ».
TRANSMETTRE · ADAPTER · INCORPORER → Les textes transmettent un idĂ©al sportif de performance et l’évaluation le transforme en hiĂ©rarchie mesurable. Une norme identique pour tous n’est pas forcĂ©ment une adaptation Ă©quitable : elle peut conduire certains Ă©lĂšves Ă  incorporer leur place dans la hiĂ©rarchie sportive.
ANALYSEUR — CONCEPTEURS

Deux maniĂšres d’adapter la transmission : transformer la culture corporelle ou transformer la place de l’élĂšve

Claude Pujade-Renaud et Jacques De Rette proposent deux conceptions diffĂ©rentes mais convergentes sur un point : l’élĂšve ne peut plus ĂȘtre pensĂ© comme un simple exĂ©cutant d’un modĂšle imposĂ©.

1. CLAUDE PUJADE-RENAUD

Faire du corps un espace d’expression et d’émancipation

Claude Pujade-Renaud appartient au contre-courant de l’expression corporelle, notamment avec le GREC de Toulouse. InfluencĂ©e par la psychoclinique et la psychanalyse, elle critique une EP dominĂ©e par le sport, la performance et la technicisation du geste.

Elle refuse notamment les formes d’apprentissage dans lesquelles les gestes sont :

« rationnellement découpés suivant les principes de l'analyse mécanique du mouvement »

Pujade-Renaud, L'expression corporelle impossible, 1975.

Cette logique techniciste rĂ©duit selon elle le corps Ă  un objet Ă  contrĂŽler et Ă  rendre efficace. À l’inverse, l’expression corporelle doit favoriser la crĂ©ativitĂ©, l’émotion, la communication et l’épanouissement individuel. Dans la leçon, l’élĂšve est invitĂ© Ă  crĂ©er, s’exprimer et explorer son propre mouvement, avec une limitation de la normativitĂ© motrice.

« L’expression corporelle permet la remontĂ©e vers la conscience des mĂ©moires enfouies »

Expression corporelle, langage du silence, 1974.

« Les activitĂ©s sportives sont partie intĂ©grante mais non suffisante d’une Ă©ducation corporelle entendue dans un sens extensif »

Vers une EPS critique, 1979.
TRANSMISSION
créativité, expression personnelle, autonomie, communication, émotion
→ EXPÉRIENCE
explorer, créer, ressentir, exprimer, communiquer corporellement
→ INCORPORATION
rapport plus personnel au corps, expression, émotion, émancipation

Ainsi, Pujade-Renaud cherche Ă  transmettre des valeurs d’autonomie, de crĂ©ativitĂ© et d’expression en faisant vivre Ă  l’élĂšve des expĂ©riences corporelles moins normĂ©es, afin qu’il puisse incorporer un rapport au corps davantage fondĂ© sur le ressenti, l’expression personnelle et l’émancipation.

UNE AUTRE CONCEPTION DE L’ÉVALUATION

Cette conception conduit Ă©galement Ă  critiquer l’évaluation techniciste de type Letessier. Une Ă©valuation fondĂ©e sur la dĂ©composition mĂ©canique du geste privilĂ©gie ce qui est mesurable, productif et conforme Ă  une norme, mais laisse de cĂŽtĂ© l’expĂ©rience affective, relationnelle et expressive de l’élĂšve.

Adapter l’évaluation suppose alors de ne plus seulement mesurer la conformitĂ© Ă  un modĂšle technique, mais de reconnaĂźtre la singularitĂ© de l’expĂ©rience corporelle.

Cette conception entre directement en rĂ©sonance avec le contexte des annĂ©es 1968-1970 : montĂ©e de l’hĂ©donisme, contestation de l’autoritĂ© et des normes, revendications fĂ©ministes et rĂ©appropriation du corps par les femmes (Bard, 2001).

2. JACQUES DE RETTE

Permettre Ă  l’élĂšve de s’approprier la culture sportive

Jacques De Rette ne rejette pas le sport. Il cherche au contraire Ă  transformer la maniĂšre de le transmettre.

« La gymnastique de grand-pÚre est morte »

1961.

Son objectif est de proposer « un sport de l’enfant et non un sport pour l’enfant » : il faut adapter l’EPS Ă  la jeunesse moderne et construire une forme de sport que l’élĂšve puisse rĂ©ellement s’approprier.

Dans les Républiques des Sports, les élÚves sont organisés en clubs stables et alternent entraßnements et compétitions. Mais ils deviennent aussi acteurs, observateurs et organisateurs : président, secrétaire, responsable du matériel, capitaines, représentants élus.

La culture sportive reste donc centrale, mais sa transmission passe davantage par la participation et la responsabilisation.

« EntrĂ©, comme beaucoup de camarades Ă  l’ENSEPS, en tant que sportif, j’en suis ressorti Ă©ducateur »

La République des Sports, Revue EPS n°98, 1969.

« Le vrai pĂ©dagogue peut intĂ©resser les Ă©lĂšves avec Ă  peu prĂšs n’importe quoi, mais les motifs qui l’animent ne sont pas forcĂ©ment ceux qui font bouger les Ă©lĂšves »

La République des Sports, Revue EPS n°98, 1969.
Ce que l’enseignant veut transmettre ne correspond pas nĂ©cessairement Ă  ce qui fait sens pour l’élĂšve.
TRANSMISSION
culture sportive, responsabilité, citoyenneté, coopération, autonomie
→ EXPÉRIENCE
pratiquer, organiser, décider, observer, exercer des responsabilités
→ INCORPORATION
engagement, responsabilité, participation collective, autonomie

Ainsi, De Rette cherche Ă  transmettre une culture sportive et citoyenne en faisant participer les Ă©lĂšves Ă  l’organisation mĂȘme de leur pratique, afin qu’ils puissent incorporer la responsabilitĂ©, l’autonomie et la participation plutĂŽt que de rester de simples exĂ©cutants.

UNE ÉVALUATION DAVANTAGE FORMATIVE

Cette transformation apparaĂźt Ă©galement dans l’évaluation. Les « dossiers techniques » permettent aux Ă©lĂšves d’enregistrer leurs rĂ©sultats et de rĂ©flĂ©chir eux-mĂȘmes Ă  leurs progrĂšs :

« L’élĂšve envisage l’avenir, c’est-Ă -dire les progrĂšs possibles
 Il se dĂ©finit ainsi Ă  lui-mĂȘme, et sous notre contrĂŽle, ses objectifs »

De Rette, Voici le premier livre d’EP pour les Ă©lĂšves et leurs parents, Revue EPS n°61, 1962.
L’évaluation devient un moyen d’adaptation et d’appropriation : elle aide l’élĂšve Ă  devenir acteur de ce qui lui est transmis.

Il existe nĂ©anmoins une limite : les RĂ©publiques des Sports restent fortement dĂ©pendantes du modĂšle compĂ©titif. Loudcher et Vivier (2006) montrent qu’elles s’essoufflent notamment en raison de cet alignement sur le sport compĂ©titif et de leur lourdeur organisationnelle.

DEUX CONCEPTIONS DE L’ADAPTATION ET DE L’INCORPORATION
CLAUDE PUJADE-RENAUD
Critique de la norme sportive
Expression corporelle
Créativité, émotion, liberté
Refus du modĂšle technique unique
Critique de l’évaluation techniciste
Changer ce qui est transmis
JACQUES DE RETTE
Transformation de la culture sportive
République des Sports
Responsabilité, autonomie, citoyenneté
Sport approprié et organisé par les élÚves
Évaluation plus dynamique et formative
Changer la maniĂšre de le transmettre
IDÉE FORTE — ANALYSEUR « CONCEPTEURS »
Pujade-Renaud cherche surtout Ă  Ă©largir la culture corporelle transmise, en donnant une place Ă  l’expression, au ressenti et Ă  la crĂ©ativitĂ©.
De Rette conserve la culture sportive mais cherche Ă  l’adapter Ă  l’élĂšve, en transformant sa place dans la pratique, l’organisation et l’évaluation.
Dans les deux cas, l’élĂšve n’est plus seulement envisagĂ© comme le rĂ©cepteur d’un contenu : la maniĂšre dont il vit l’expĂ©rience devient dĂ©terminante pour ce qu’il pourra effectivement incorporer.
À RETENIR — CONCEPTIONS — PARTIE 2
Les preuves Ă  mobiliser dans une copie
  • Pujade-Renaud, 1975 : critique des gestes « rationnellement dĂ©coupĂ©s suivant les principes de l'analyse mĂ©canique du mouvement ».
  • Pujade-Renaud, 1974 : « L’expression corporelle permet la remontĂ©e vers la conscience des mĂ©moires enfouies » ; 1979 : les sports sont « partie intĂ©grante mais non suffisante » de l’éducation corporelle.
  • De Rette, Revue EPS n°98, 1969 : « EntrĂ© (...) en tant que sportif, j’en suis ressorti Ă©ducateur » ; il vise un sport de l’enfant que l’élĂšve peut s’approprier.
  • RĂ©publiques des Sports : clubs stables, responsabilitĂ©s, organisation par les Ă©lĂšves ; De Rette, 1962 : l’élĂšve se dĂ©finit lui-mĂȘme ses objectifs Ă  partir de ses progrĂšs.
  • Loudcher & Vivier, 2006 : limites liĂ©es au maintien d’une logique compĂ©titive et Ă  la lourdeur organisationnelle.
TRANSMETTRE · ADAPTER · INCORPORER → Pujade-Renaud adapte surtout ce qui est transmis en Ă©largissant la culture corporelle ; De Rette adapte surtout la maniĂšre de transmettre le sport en responsabilisant l’élĂšve. Dans les deux cas, l’incorporation dĂ©pend davantage du sens de l’expĂ©rience vĂ©cue.
PARTIE 3

Vers une logique personnaliste et une adaptation accrue aux élÚves

La prise en compte de l’élĂšve dans sa singularitĂ© devient un enjeu central, mais cette volontĂ© d’adaptation se heurte Ă  la permanence de pratiques sportives traditionnelles et peut elle-mĂȘme produire de nouvelles diffĂ©renciations.

CONTEXTE GÉNÉRAL

L’affirmation d’une logique personnaliste

À partir des annĂ©es 1980 s’affirme progressivement une « logique personnaliste » (Baluteau), qui entre en tension avec l’orientation sportive et performative qui dominait jusque-lĂ  l’EP. Il ne s’agit plus seulement de former un individu efficace et performant, mais de considĂ©rer la personne dans toutes ses dimensions : motrices, affectives, relationnelles et crĂ©atrices.

Cette Ă©volution s’inscrit dans une transformation plus large des valeurs sociales. Les termes qui dĂ©signaient auparavant les individus par leur appartenance collective — « patriotes », « travailleurs », « citoyens » — laissent davantage de place Ă  ceux d’« usagers », de « consommateurs » ou de « personnes ».

Le mouvement de 1968 participe Ă©galement Ă  la valorisation de l’hĂ©donisme, du loisir, de la libĂ©ration et de l’épanouissement personnel. Dans le champ des pratiques corporelles, le dĂ©veloppement des APEX et des APPN accompagne cette Ă©volution en valorisant davantage l’expression, les sensations et la libĂ©ration du corps.

ParallĂšlement, la crise Ă©conomique rend les inĂ©galitĂ©s sociales plus visibles : chĂŽmage, blocage de l’ascenseur social et ralentissement de la consommation caractĂ©risent ces « trente peu glorieuses » (L. Chauvel, 1998). Dans ce contexte, l’institution scolaire est conduite Ă  mieux prendre en compte les caractĂ©ristiques propres de chaque Ă©lĂšve.

« placer l’élĂšve au centre du dispositif »

Loi d’orientation du 10 juillet 1989.

« individualiser l’enseignement au point que chaque Ă©lĂšve reçoive le traitement spĂ©cifique qui lui permettra de rĂ©ussir »

A. Prost, Éducation, sociĂ©tĂ© et politique, 1992.
L’enjeu devient donc progressivement de ne plus demander seulement Ă  l’élĂšve de s’adapter Ă  l’enseignement, mais d’adapter davantage l’enseignement aux caractĂ©ristiques de l’élĂšve afin de favoriser sa rĂ©ussite.
CONTEXTE DE L’ÉCOLE

Faire rĂ©ussir tous les Ă©lĂšves dans une École devenue plus diverse

La prise en compte des différences entre élÚves devient une préoccupation centrale. Les ZEP, créées en 1983, visent à réduire les inégalités face à la formation selon le principe de « donner plus à ceux qui ont le moins ».

Cette politique affirme une volontĂ© de diffĂ©renciation, mais elle fait Ă©galement apparaĂźtre une contradiction : le systĂšme distingue dĂ©sormais des Ă©tablissements « normaux » et des Ă©tablissements relevant de l’éducation prioritaire, alors mĂȘme que les diffĂ©rences tiennent largement Ă  leur recrutement social.

Surtout, la culture scolaire commune elle-mĂȘme est peu remise en question. Georges Snyders montre qu’elle reste trĂšs proche de la culture des classes dominantes (École, classe et lutte des classes, 1976), laissant les classes populaires davantage dĂ©munies face aux attentes scolaires.

« amener 80 % d’une classe d’ñge au niveau du baccalaurĂ©at »

Jospin, 1989.

Cette tension se retrouve en EPS. MalgrĂ© une ambition d’universalitĂ©, les contenus proposĂ©s peuvent varier selon le contexte social des Ă©tablissements. Poggi-Combaz (2002) montre que, dans les Ă©tablissements dĂ©favorisĂ©s, les enseignants proposent plus frĂ©quemment des activitĂ©s traditionnelles et prĂ©sentant peu d’incertitude, comme l’athlĂ©tisme ou la gymnastique. À l’inverse, les Ă©lĂšves des Ă©tablissements favorisĂ©s accĂšdent davantage Ă  une diversitĂ© d’APS, favorisant notamment l’autonomie et la prise de dĂ©cision.

L’adaptation aux caractĂ©ristiques supposĂ©es des Ă©lĂšves peut donc produire un effet paradoxal : en voulant adapter l’enseignement au public, l’EPS peut finalement transmettre des cultures corporelles diffĂ©rentes selon l’origine sociale des Ă©lĂšves.
À RETENIR — CONTEXTE — PARTIE 3
Les preuves Ă  mobiliser dans une copie
  • Baluteau : affirmation d’une « logique personnaliste » → prise en compte de la personne dans ses dimensions motrices, affectives et crĂ©atrices.
  • Chauvel, 1998 : les « trente peu glorieuses » rendent plus visibles chĂŽmage, blocage de l’ascenseur social et inĂ©galitĂ©s.
  • LO du 10/07/1989 : « placer l’élĂšve au centre du dispositif ».
  • Prost, 1992 : « individualiser l’enseignement au point que chaque Ă©lĂšve reçoive le traitement spĂ©cifique qui lui permettra de rĂ©ussir ».
  • ZEP, 1983 : logique de compensation — « donner plus Ă  ceux qui ont le moins » ; Poggi-Combaz, 2002 : les contenus proposĂ©s peuvent pourtant rester socialement diffĂ©renciĂ©s.
TRANSMETTRE · ADAPTER · INCORPORER → Le mouvement de fond consiste Ă  adapter davantage l’enseignement aux caractĂ©ristiques de l’élĂšve pour rendre la transmission accessible. Mais adapter ne doit pas conduire Ă  transmettre une culture moins riche Ă  certains publics, au risque d’incorporations socialement diffĂ©renciĂ©es.
ANALYSEUR — PRATIQUES EN EPS

Diversifier, adapter
 mais des pratiques dominantes qui résistent

La période voit apparaßtre des pratiques innovantes qui traduisent la logique personnaliste, tandis que les pratiques dominantes restent encore fortement marquées par le modÚle sportif traditionnel et technocentré.

1. PRATIQUES INNOVANTES

Diversifier ce qui est transmis et adapter les formes de pratique

À partir des annĂ©es 1980, certaines pratiques innovantes s’éloignent progressivement du « tout sport ». L’offre d’APSA se diversifie avec l’introduction des APPN, des APEX et d’autres activitĂ©s venant complĂ©ter les « sports de base ». O. Bessy Ă©voque ainsi l’apparition de « nouvelles pratiques » dans les programmations (Revue EPS n°227, 1991).

Cette diversification traduit une transformation de la culture corporelle transmise. À la culture sportive traditionnelle, compĂ©titive et institutionnalisĂ©e, viennent s’ajouter des pratiques permettant d’autres rapports au corps et Ă  l’activitĂ©. A. Loret (GĂ©nĂ©ration glisse, 1995) Ă©voque ainsi l’enrichissement d’une « culture sportive digitale » par une « culture sportive analogique ».

Marsenach parle alors d’une vĂ©ritable redistribution des APSA proposĂ©es.

Les pratiques innovantes transmettent ainsi davantage de valeurs de diversitĂ©, d’autonomie, de libertĂ© d’engagement, d’expression et de relation sensible au corps. Les APEX peuvent favoriser la crĂ©ativitĂ© et l’expression personnelle, tandis que les APPN confrontent davantage l’élĂšve Ă  l’incertitude, au choix et Ă  l’adaptation Ă  l’environnement.

Diversifier les APSA, c’est aussi diversifier les expĂ©riences Ă  travers lesquelles les Ă©lĂšves peuvent incorporer des valeurs.

Cette Ă©volution peut Ă©galement contribuer Ă  une meilleure prise en compte de la diversitĂ© sexuĂ©e. Deltour (2005) considĂšre que cette redistribution des APSA participe Ă  la recherche d’une certaine Ă©galitĂ© entre filles et garçons, en Ă©largissant les expĂ©riences corporelles proposĂ©es au-delĂ  des pratiques sportives traditionnellement masculines.

TRANSMISSION
diversitĂ©, autonomie, expression, libertĂ© d’engagement
→ EXPÉRIENCE
ressentir, choisir, crĂ©er, s’adapter, agir dans l’incertitude
→ INCORPORATION
rapport plus autonome, sensible et personnel au corps et Ă  l’activitĂ©

Ainsi, les pratiques innovantes cherchent Ă  transmettre une culture corporelle plus diversifiĂ©e en proposant des expĂ©riences d’expression, de choix et d’adaptation, afin que les Ă©lĂšves puissent incorporer des dispositions Ă  l’autonomie, Ă  la crĂ©ativitĂ© et Ă  un rapport plus personnel au corps.

2. ADAPTER LA PRATIQUE AU NIVEAU DE DÉVELOPPEMENT DE L’ÉLÈVE

La logique personnaliste ne se traduit pas uniquement par la diversification des APSA. Elle conduit Ă©galement Ă  transformer une mĂȘme activitĂ© en fonction des caractĂ©ristiques des Ă©lĂšves.

Gasparini (1999) propose par exemple une évolution des modalités de pratique en volley-ball selon le niveau scolaire.

EN SIXIÈME
Objectif prioritaire : « renvoyer la balle dans le camp adverse en frappe haute »
2 contre 2 sur un petit terrain de 4 × 4 m à 5 × 5 m.
EN TERMINALE
Objectif prioritaire : « organiser la relance et l’attaque, se spĂ©cialiser dans un poste, traiter les informations rapidement [et prendre] des dĂ©cisions en fonction du type de jeu »
4 contre 4 sur un terrain de 7 × 7 m.

La pratique sportive n’est donc plus envisagĂ©e comme un modĂšle adulte qu’il suffirait de reproduire Ă  une Ă©chelle rĂ©duite. La forme scolaire de l’APSA est reconstruite en fonction de l’ñge, des ressources et du niveau des Ă©lĂšves.

Adapter ne signifie pas changer l’ambition d’apprentissage, mais transformer les conditions de transmission pour rendre l’appropriation possible.
ADAPTATION
rÚgles, espace, effectif, complexité, objectifs
→ TRANSMISSION
une mĂȘme culture sportive rendue progressivement accessible
→ INCORPORATION
des savoirs et modes d’action qui se complexifient

Ainsi, l’adaptation des formes de pratique permet de conserver une ambition culturelle commune tout en diffĂ©renciant les conditions nĂ©cessaires Ă  son appropriation par des Ă©lĂšves d’ñges et de niveaux diffĂ©rents.

3. PRATIQUES DOMINANTES

Une permanence du modÚle sportif et technocentré

Malgré ces innovations, les pratiques dominantes évoluent beaucoup plus lentement.

« la démarche effective, en référence au HN, reste traditionnelle et techno-centrée »

J. Marsenach, Revue EPS n°176, 1982.

« globalement la tradition domine, la notion de sport de base reste encore vivace »

M.-P. Poggi-Combaz, 2002.

Le sondage rĂ©alisĂ© dans l’acadĂ©mie de CrĂ©teil Ă  la fin des annĂ©es 1980 montre que prĂšs de 80 % du temps scolaire demeure consacrĂ© Ă  un petit noyau d’activitĂ©s traditionnelles, tandis que les APPN (1 %) et APEX (4 %) restent marginales.

Bessy (1991) relie notamment cette permanence Ă  l’« habitus sportif » des enseignants : 57,5 % sont membres d’un club et 30 % pratiquent la compĂ©tition. Leur propre expĂ©rience sportive contribue donc Ă  maintenir une prĂ©fĂ©rence pour les APSA institutionnalisĂ©es, compĂ©titives et centrĂ©es sur la performance.

« toujours et encore les mĂȘmes APSA et que rien ne change »

Durali, 2002.
UNE CONTRADICTION ENTRE LE PRESCRIT ET LE TRANSMIS « EN ACTES »

L’institution affirme dĂ©sormais la nĂ©cessitĂ© d’individualiser, de diffĂ©rencier et de faire rĂ©ussir tous les Ă©lĂšves. Pourtant, dans les pratiques dominantes, l’organisation concrĂšte de l’enseignement continue souvent Ă  transmettre des valeurs de performance, d’efficacitĂ©, de technicitĂ© et de conformitĂ© Ă  un modĂšle.

PRESCRIT
individualisation, prise en compte de l’élĂšve, rĂ©ussite de tous
→ TRANSMIS EN ACTES
performance, modÚle technique, hiérarchie, conformité
→ INCORPORATION POSSIBLE
efficacité, comparaison, conformité sportive

Ainsi, le passage Ă  une logique personnaliste est loin d’ĂȘtre immĂ©diat : les valeurs nouvelles affichĂ©es par l’institution peuvent coexister avec des pratiques qui continuent Ă  faire incorporer les normes sportives hĂ©ritĂ©es des pĂ©riodes prĂ©cĂ©dentes.

4. UNE ADAPTATION QUI PEUT AUSSI RENFORCER LES DIFFÉRENCES ENTRE ÉLÈVES

Poggi-Combaz (2002) montre que les contenus proposĂ©s varient selon le contexte social des Ă©tablissements. Dans les Ă©tablissements dĂ©favorisĂ©s, les Ă©lĂšves sont davantage confrontĂ©s Ă  des activitĂ©s traditionnelles, fermĂ©es et prĂ©sentant peu d’incertitude, comme l’athlĂ©tisme ou la gymnastique.

À l’inverse, les Ă©tablissements favorisĂ©s proposent davantage d’APPN et une plus grande diversitĂ© d’APS, donnant davantage accĂšs Ă  des expĂ©riences de choix, de prise de dĂ©cision et d’autonomie — mĂȘme si ces APPN peuvent elles-mĂȘmes ĂȘtre remises en forme selon une logique compĂ©titive.

ÉTABLISSEMENTS DÉFAVORISÉS
activités plus fermées et traditionnelles
→ conformitĂ©, rĂ©pĂ©tition, moindre incertitude
→ possibilitĂ©s d’incorporation plus limitĂ©es en matiĂšre d’autonomie et de prise de dĂ©cision
ÉTABLISSEMENTS FAVORISÉS
offre plus diversifiĂ©e et davantage d’APPN
→ choix, incertitude, dĂ©cision
→ dispositions davantage orientĂ©es vers l’autonomie et l’adaptation
Adapter aux caractĂ©ristiques supposĂ©es du public peut donc devenir une forme d’assignation lorsqu’on ne transmet plus la mĂȘme richesse culturelle Ă  tous.

Cette diffĂ©renciation peut alors « priver l’école de son rĂŽle Ă©mancipateur » (Poggi-Combaz, 2002).

5. UNE DIFFÉRENCIATION ÉGALEMENT SEXUÉE

Les pratiques restent Ă©galement marquĂ©es par des reprĂ©sentations sexuĂ©es. Davisse et Louveau (Sport, Ă©cole et sociĂ©tĂ©, la part des femmes, 1991) montrent que les pratiques d’entretien sont davantage associĂ©es aux filles, renvoyant Ă  une reprĂ©sentation du corps fĂ©minin plus proche de la sphĂšre domestique, tandis que les garçons restent davantage confrontĂ©s Ă  des activitĂ©s valorisant compĂ©tition, force et affrontement.

« le sport demeure idĂ©ologiquement organisĂ© selon des critĂšres explicites ou diffus d’appartenance sexuelle oĂč chacun et chacune est jugĂ© et classĂ© selon ses goĂ»ts, ses pratiques, ses comportements ou ses formes corporelles »

Roger & Terret, Sport et genre, 2005.
LA RELATION PÉDAGOGIQUE ELLE-MÊME PEUT ÊTRE SEXUÉE

Couchot-Schiex (2007) montre que les pratiques et les interactions pĂ©dagogiques sont elles aussi affectĂ©es par le genre. Les enseignants peuvent s’ancrer dans les stĂ©rĂ©otypes vĂ©hiculĂ©s par le sport de haut niveau et ne pas transmettre exactement les mĂȘmes attentes aux filles et aux garçons, y compris dans une mĂȘme APSA.

En badminton, activitĂ© connotĂ©e masculine, « dans leurs discours sur l’activitĂ©, les enseignants renforcent les comportements-type des filles et des garçons : attaque placĂ©e et dĂ©fense au filet pour les filles, smash pour les garçons ».

Couchot-Schiex, « Observation des pratiques enseignant(es) d’EPS au regard du genre », Recherche et formation, 2007.

Ainsi, la diffĂ©renciation ne tient pas seulement aux APSA programmĂ©es : la relation pĂ©dagogique, les interactions et les contenus effectivement valorisĂ©s peuvent eux-mĂȘmes transmettre des attentes sexuĂ©es, susceptibles d’ĂȘtre incorporĂ©es par les Ă©lĂšves.

LĂ  encore, la diversification ne garantit donc pas automatiquement l’égalitĂ© : selon la maniĂšre dont les activitĂ©s sont distribuĂ©es, les interactions conduites et les contenus valorisĂ©s, filles et garçons peuvent continuer Ă  rencontrer des expĂ©riences diffĂ©rentes et Ă  incorporer des normes corporelles sexuĂ©es.

IDÉE FORTE — PRATIQUES DE LA PARTIE 3
Pratiques innovantes
logique personnaliste → diversification des APSA + adaptation des formes de pratique → expĂ©riences plus variĂ©es → incorporation possible de l’autonomie, de l’expression, du choix et de l’adaptation.
Pratiques dominantes
inertie de l’habitus sportif → activitĂ©s traditionnelles + technocentrisme + diffĂ©renciations sociales et sexuĂ©es → expĂ©riences inĂ©galement distribuĂ©es → incorporations diffĂ©rentes selon le sexe et le contexte social.
ADAPTER peut donc signifier soit transformer les conditions pour permettre Ă  tous d’accĂ©der Ă  une mĂȘme ambition culturelle, soit rĂ©duire les contenus en fonction de ce que l’on suppose des Ă©lĂšves. Toute la tension de la pĂ©riode se situe lĂ .
À RETENIR — PRATIQUES — PARTIE 3
Les preuves Ă  mobiliser dans une copie
  • Bessy, Revue EPS n°227, 1991 : les programmations complĂštent les « sports de base » par de « nouvelles pratiques », notamment les APPN.
  • Loret, 1995 : la « culture sportive analogique » enrichit la « culture sportive digitale » → diversification des expĂ©riences corporelles.
  • Gasparini, 1999 : en volley, 2c2 sur petit terrain en 6e puis 4c4 et organisation de l’attaque en terminale → adaptation concrĂšte de la forme de pratique au niveau des Ă©lĂšves.
  • Marsenach, Revue EPS n°176, 1982 : « la dĂ©marche effective, en rĂ©fĂ©rence au HN, reste traditionnelle et techno-centrĂ©e ».
  • Poggi-Combaz, 2002 : « globalement la tradition domine » et l’offre varie selon le contexte social ; Davisse & Louveau, 1991 : maintien de diffĂ©renciations sexuĂ©es.
  • Couchot-Schiex, Recherche et formation, 2007 : les interactions pĂ©dagogiques varient selon le genre ; en badminton, les enseignants renforcent des comportements-types — « attaque placĂ©e et dĂ©fense au filet pour les filles, smash pour les garçons ».
TRANSMETTRE · ADAPTER · INCORPORER → Les pratiques innovantes adaptent les APSA et leurs formes pour transmettre une culture plus diversifiĂ©e et favoriser autonomie, choix et expression. Les pratiques dominantes montrent cependant qu’une adaptation mal pensĂ©e peut assigner certains Ă©lĂšves Ă  des contenus plus limitĂ©s et produire des incorporations sociales ou sexuĂ©es diffĂ©rentes.
ANALYSEUR — TEXTES OFFICIELS

DiffĂ©rencier pour lutter contre l’échec et rendre l’élĂšve acteur de sa rĂ©ussite

Les textes officiels traduisent la logique personnaliste : l’égalitĂ© ne consiste plus nĂ©cessairement Ă  proposer la mĂȘme situation Ă  tous, mais Ă  adapter les conditions d’apprentissage et Ă  responsabiliser davantage l’élĂšve.

1. PRENDRE EN COMPTE LES DIFFÉRENCES POUR LUTTER CONTRE L’ÉCHEC SCOLAIRE

Les IO de 1986 s’inscrivent dans un contexte de montĂ©e des inĂ©galitĂ©s et de dĂ©veloppement de l’échec scolaire. La crise Ă©conomique et sociale des « trente peu glorieuses » (Chauvel, 1998) conduit l’École Ă  renforcer son ambition d’égalitĂ© des chances, orientation prolongĂ©e par la loi d’orientation de 1989.

Cette ambition suppose désormais de prendre davantage en compte la diversité des élÚves. Les IO de 1986 indiquent ainsi que :

« pour une mĂȘme classe il est possible de proposer des ateliers de travail diffĂ©renciĂ©s en fonction des niveaux d’habiletĂ© atteints »

L’égalitĂ© ne consiste donc plus nĂ©cessairement Ă  proposer la mĂȘme situation Ă  tous, mais Ă  adapter les conditions d’apprentissage afin de permettre Ă  chacun de progresser.

Cette Ă©volution traduit la logique personnaliste : l’élĂšve est considĂ©rĂ© dans ses caractĂ©ristiques propres et l’enseignement doit pouvoir ĂȘtre transformĂ© en fonction de ses besoins.

ADAPTATION
diffĂ©rencier les ateliers selon les niveaux d’habiletĂ©
→ TRANSMISSION
rendre les apprentissages accessibles à des élÚves différents
→ INCORPORATION
construire effectivement les savoirs malgré des ressources initiales différentes

Ainsi, les textes officiels font progressivement de l’adaptation une condition de la transmission : pour transmettre Ă  tous, il devient nĂ©cessaire de ne pas nĂ©cessairement enseigner de la mĂȘme maniĂšre Ă  chacun.

2. FAIRE DE L’ÉLÈVE UN ACTEUR DE SA RÉUSSITE

Les IO cherchent Ă©galement Ă  modifier le rapport de l’élĂšve Ă  sa propre rĂ©ussite. Il :

« faut en effet pouvoir comptabiliser les raisons de la réussite ou de l'échec, dans une analyse personnelle des conditions de réalisations, pour décider ensuite de la stratégie à adopter »

L’élĂšve n’est donc plus seulement celui dont l’enseignant constate la performance ou l’échec : il est invitĂ© Ă  comprendre ce qui produit sa rĂ©ussite, Ă  analyser son activitĂ© et Ă  dĂ©cider de la suite de son action.

« placer l’élĂšve au centre du dispositif »

Loi d’orientation du 10 juillet 1989.

La « pĂ©dagogie du contrat », valorisĂ©e dans les IO de 1985, participe du mĂȘme dĂ©placement. Elle transmet des valeurs d’autonomie, d’engagement personnel et de responsabilisation : l’élĂšve est progressivement reconnu comme partenaire de son apprentissage.

TRANSMISSION
autonomie, réflexivité, responsabilité
→ EXPÉRIENCE
analyser sa rĂ©ussite ou son Ă©chec, choisir une stratĂ©gie, s’engager dans un contrat
→ INCORPORATION
comprendre son activité, se fixer des objectifs, devenir acteur de ses apprentissages

Ainsi, les textes ne cherchent plus seulement Ă  transmettre des savoirs : ils cherchent aussi Ă  faire incorporer Ă  l’élĂšve une maniĂšre plus autonome et rĂ©flexive de conduire ses propres apprentissages.

IDÉE FORTE — ANALYSEUR « TEXTES OFFICIELS »
L’adaptation devient une condition de la transmission et la responsabilisation une condition de l’appropriation : l’élĂšve est progressivement reconnu comme une personne singuliĂšre et comme un acteur de ses apprentissages.
À RETENIR — TEXTES OFFICIELS — PARTIE 3
Les preuves Ă  mobiliser dans une copie
  • IO 1986 : « pour une mĂȘme classe il est possible de proposer des ateliers de travail diffĂ©renciĂ©s en fonction des niveaux d’habiletĂ© atteints ».
  • IO 1986 : analyser les raisons de la rĂ©ussite ou de l’échec pour « dĂ©cider ensuite de la stratĂ©gie Ă  adopter ».
  • IO 1985 : valorisation d’une « pĂ©dagogie du contrat ».
  • LO du 10/07/1989 : « placer l’élĂšve au centre du dispositif ».
TRANSMETTRE · ADAPTER · INCORPORER → Les textes font de l’adaptation une condition de la transmission : transmettre Ă  tous ne signifie plus enseigner exactement de la mĂȘme maniĂšre Ă  chacun. Ils cherchent aussi Ă  faire incorporer autonomie, rĂ©flexivitĂ© et responsabilitĂ© en rendant l’élĂšve acteur.
ANALYSEUR — CONCEPTEURS

Repenser l’évaluation pour transformer l’expĂ©rience de la rĂ©ussite

Le Groupe Plaisir de l’AEEPS et Mayeko et al. proposent deux maniĂšres d’adapter l’évaluation : faire vivre davantage la rĂ©ussite et rendre visibles les progrĂšs de chaque Ă©lĂšve.

1. GROUPE PLAISIR DE L’AEEPS

Partir du plaisir pour mobiliser l’élĂšve

Le Groupe Plaisir s’inscrit pleinement dans la logique personnaliste qui valorise l’épanouissement, les Ă©motions et la prise en compte des caractĂ©ristiques propres de l’élĂšve.

Dans PĂ©dagogie de la mobilisation en EPS. RĂ©flexions et orientations (Belhouchat & Gagnaire, 2023), le plaisir n’est pas envisagĂ© comme un simple divertissement : il constitue un levier permettant de mobiliser durablement l’élĂšve dans la pratique.

L’enjeu est notamment de dĂ©velopper un « habitus de pratique physique positif » et de reconnaĂźtre un vĂ©ritable « droit au plaisir ».

Il ne s’agit donc plus seulement de demander Ă  l’élĂšve de s’adapter aux exigences de l’activitĂ©, mais de construire des situations qui prennent appui sur ses ressources, ses prĂ©occupations et ce qui peut lui donner envie de s’engager.

CONTRE UNE « PÉDAGOGIE DES MANQUES »

Le Groupe Plaisir critique les Ă©valuations qui identifient principalement ce que l’élĂšve ne sait pas encore faire. Une telle « pĂ©dagogie des manques » peut multiplier les expĂ©riences d’échec, dĂ©valoriser l’élĂšve et rĂ©duire son envie de pratiquer. L’idĂ©e consiste au contraire Ă  rendre visibles les rĂ©ussites et les progrĂšs accessibles.

L’exemple proposĂ© par Belhouchat (2017) en acrosport illustre cette logique par une progression en paliers :

BLANC
montage et démontage sécurisés
VERT
démontage acrobatique
BLEU
montage acrobatique
ROUGE
montage et démontage acrobatiques
Le plaisir de valider et de progresser devient un moteur de l’engagement.
ADAPTATION
niveaux de réussite accessibles et progressifs
→ EXPÉRIENCE
réussir, valider un palier, percevoir ses progrÚs, vouloir poursuivre
→ INCORPORATION
sentiment de compĂ©tence, plaisir de progresser, disposition positive Ă  s’engager

Ainsi, le Groupe Plaisir cherche Ă  adapter les situations et l’évaluation pour multiplier les expĂ©riences de rĂ©ussite, afin que l’élĂšve incorpore progressivement un rapport positif Ă  la pratique physique fondĂ© sur le plaisir, la compĂ©tence perçue et l’envie de progresser.

2. MAYEKO ET AL.

Passer d’une performance normative Ă  une performance autorĂ©fĂ©rencĂ©e

Mayeko et al. (Capitaliser ses performances en demi-fond : une expérience individuelle et collective à faire vivre aux élÚves, 2016) proposent de repenser la place de la performance en EPS.

Ils ne cherchent pas à supprimer la performance, mais à modifier la référence à partir de laquelle elle prend sens.

Dans une logique traditionnelle, l’élĂšve est confrontĂ© Ă  une norme commune ou Ă  la performance des autres. Cette conception favorise les Ă©lĂšves dĂ©jĂ  performants et peut conduire les autres Ă  interprĂ©ter leurs rĂ©sultats comme la manifestation d’une incapacitĂ© stable : la performance semble alors rĂ©servĂ©e Ă  une « petite poignĂ©e d’élus », dotĂ©s de qualitĂ©s que les autres ne possĂ©deraient pas.

De plus, si chaque Ă©valuation constitue une nouvelle Ă©preuve ponctuelle, la moindre contre-performance peut ĂȘtre vĂ©cue comme une remise en cause de la compĂ©tence de l’élĂšve et du travail dĂ©jĂ  accompli.

CAPITALISER SES PROGRÈS

Mayeko et al. proposent au contraire une performance autorĂ©fĂ©rencĂ©e : l’élĂšve Ă©value sa progression Ă  partir de ce qu’il Ă©tait capable de rĂ©aliser auparavant. La capitalisation des performances individuelles et collectives permet ainsi de donner une place centrale au plaisir de progresser, de s’accomplir et de se dĂ©passer.

PERFORMANCE NORMATIVE
Suis-je meilleur que les autres ou conforme au barĂšme ?
PERFORMANCE AUTORÉFÉRENCÉE
Ai-je progressĂ© par rapport Ă  moi-mĂȘme ?

Cette transformation permet Ă©galement de redonner une place positive Ă  l’erreur. Celle-ci n’est plus seulement la marque d’un manque ou d’une incompĂ©tence, mais peut devenir une source de dĂ©couverte et de progrĂšs.

UNE DOUBLE DIMENSION INDIVIDUELLE ET COLLECTIVE

La performance individuelle confronte l’élĂšve Ă  ses propres limites et Ă  ses propres progrĂšs.

La performance collective permet parallÚlement de rassembler les élÚves, chacun pouvant contribuer au progrÚs du groupe à partir de son propre niveau.

L’évaluation devient alors moins une procĂ©dure destinĂ©e Ă  classer les individus qu’un moyen de rendre les progrĂšs visibles et de mettre l’élĂšve sur la voie de l’apprentissage.

ADAPTATION
prendre comme référence les progrÚs propres à chaque élÚve
→ EXPÉRIENCE
constater ses progrĂšs, capitaliser ses rĂ©ussites, apprendre de l’erreur, contribuer au collectif
→ INCORPORATION
sentiment de compétence, goût du progrÚs, persévérance, rapport moins déterministe aux capacités

Ainsi, l’évaluation autorĂ©fĂ©rencĂ©e adapte la rĂ©fĂ©rence de la performance au parcours de chaque Ă©lĂšve afin de lui faire vivre concrĂštement ses progrĂšs et de lui permettre d’incorporer l’idĂ©e que sa compĂ©tence peut se construire et se transformer par l’apprentissage.

DEUX FAÇONS DE REPENSER L’ÉVALUATION
GROUPE PLAISIR
Partir du plaisir et de la réussite
Contre la « pédagogie des manques »
Paliers accessibles
Donner envie de s’engager
Faire vivre la réussite
Incorporer un rapport positif Ă  la pratique
MAYEKO ET AL.
Partir des progrĂšs de l’élĂšve
Contre la performance uniquement normative
Capitalisation des performances
Donner envie de progresser
Rendre visible le progrĂšs
Incorporer un rapport évolutif à sa compétence
IDÉE FORTE — ANALYSEUR « CONCEPTEURS »
Groupe Plaisir : « je peux réussir et prendre plaisir à progresser ».
Mayeko et al. : « je peux devenir meilleur que ce que j’étais ».
Dans les deux cas, l’évaluation devient elle-mĂȘme un outil de transmission et d’incorporation : elle contribue Ă  construire chez l’élĂšve une certaine maniĂšre de se reprĂ©senter ses capacitĂ©s, sa rĂ©ussite et sa possibilitĂ© de progresser.
À RETENIR — CONCEPTIONS — PARTIE 3
Les preuves Ă  mobiliser dans une copie
  • Belhouchat & Gagnaire, 2023 : le Groupe Plaisir vise un « habitus de pratique physique positif » et dĂ©fend un « droit au plaisir ».
  • Groupe Plaisir : critique d’une « pĂ©dagogie des manques » centrĂ©e sur ce que l’élĂšve ne sait pas faire.
  • Belhouchat, 2017 — acrosport : paliers blanc → vert → bleu → rouge ; la validation progressive rend la rĂ©ussite visible et soutient l’engagement.
  • Mayeko et al., 2016 : performance autorĂ©fĂ©rencĂ©e et capitalisation des progrĂšs individuels et collectifs ; la performance prend sens par rapport au parcours propre de l’élĂšve.
  • Mayeko et al., 2016 : l’erreur peut devenir une source de dĂ©couverte et de progrĂšs plutĂŽt qu’une preuve d’incompĂ©tence.
TRANSMETTRE · ADAPTER · INCORPORER → Le Groupe Plaisir adapte les situations pour faire vivre la rĂ©ussite ; Mayeko et al. adaptent la rĂ©fĂ©rence de l’évaluation pour rendre les progrĂšs visibles. Dans les deux cas, l’évaluation transmet une reprĂ©sentation positive et Ă©volutive de la compĂ©tence, susceptible d’ĂȘtre incorporĂ©e.
2Le geste et l’effortOuvrir le cours
LE COURS « LE GESTE ET L’EFFORT » SERA AJOUTÉ ICI.
3DĂ©bats et controversesOuvrir le cours
LE COURS « DÉBATS ET CONTROVERSES » SERA AJOUTÉ ICI.
CONNAISSANCES · ÉCRIT 2

CAPEPS L3

Les quatre items de connaissances au programme de l’Écrit 2 CAPEPS L3.

ITEM 1ActivitĂ© et expĂ©rience des Ă©lĂšves dans les pratiques physiques, sportives et artistiques
LE COURS DE L’ITEM 1 SERA AJOUTÉ ICI.
ITEM 2Apprentissage moteur et techniques corporelles
LE COURS DE L’ITEM 2 SERA AJOUTÉ ICI.
ITEM 3Effort et bien-ĂȘtre
LE COURS DE L’ITEM 3 SERA AJOUTÉ ICI.
ITEM 4DĂ©veloppement des adolescents
LE COURS DE L’ITEM 4 SERA AJOUTÉ ICI.
CONNAISSANCES · ÉCRIT 2

CAPEPS M2

Les trois items de connaissances au programme de l’Écrit 2 CAPEPS M2.

ITEM 1Technique, technologie et apprentissage moteur
CM COMPLET

Apprentissage moteur et techniques corporelles

Fil rouge : enseigner consiste Ă  amĂ©nager des conditions externes ; apprendre correspond Ă  un processus de transformation de l’élĂšve. Selon la façon dont on explique cette transformation, l’enseignant n’agit pas sur les mĂȘmes conditions.

Introduction — Enseigner et apprendre : deux processus diffĂ©rents

« Enseigner c’est crĂ©er des conditions externes (matĂ©rielles, informationnelles, relationnelles) dans le but de permettre aux Ă©lĂšves de s’engager dans un processus interne et individuel Ă  partir duquel ils construiront de nouvelles compĂ©tences. »

Rapport du jury de l’agrĂ©gation externe EPS, 2001, p. 23.
ENSEIGNER
→ amĂ©nager des conditions externes susceptibles de favoriser les apprentissages.
APPRENDRE
→ processus de transformation des possibilitĂ©s d’action de l’élĂšve.
CONDITIONS EXTERNES → ACTIVITÉ DE L’ÉLÈVE → TRANSFORMATIONS → APPRENTISSAGE

L’enseignant ne peut pas apprendre Ă  la place de l’élĂšve (processus interne). Il peut en revanche agir sur la tĂąche, le matĂ©riel, l’espace, les rĂšgles, les consignes, les informations, les feedbacks, la rĂ©pĂ©tition, les interactions sociales et les rĂŽles attribuĂ©s aux Ă©lĂšves (conditions externes).

À retenir : l’enseignement porte sur les conditions de l’apprentissage, mais ne garantit pas l’apprentissage. En Écrit 2, l’intervention doit ĂȘtre reliĂ©e au contexte de l’établissement et aux Ă©pisodes observĂ©s.

PARTIE 1

L’apprentissage moteur

1. Qu’est-ce qu’apprendre ?

Pour Maurice Reuchlin, il y a apprentissage lorsqu’un « organisme placĂ© plusieurs fois dans la mĂȘme situation modifie sa conduite de façon systĂ©matique et relativement durable ».

EXPÉRIENCE → TRANSFORMATION → RELATIVE STABILITÉ

Une rĂ©ussite ponctuelle ne suffit donc pas Ă  conclure qu’un apprentissage s’est produit. Cette dĂ©finition doit nĂ©anmoins ĂȘtre nuancĂ©e : des apprentissages peuvent Ă©galement se produire par observation ou transmission verbale. Dans l’apprentissage moteur, l’expĂ©rience corporelle et la rĂ©pĂ©tition restent cependant particuliĂšrement importantes.

L’apprentissage est un processus non directement observable. L’enseignant observe des comportements, coordinations, rĂ©ponses et performances, puis infĂšre qu’une transformation a eu lieu.

PERFORMANCE
Ce que l’élĂšve rĂ©alise ici et maintenant.
APPRENTISSAGE
Transformation relativement durable de ses possibilitĂ©s d’action.

2. Qu’est-ce qu’un apprentissage moteur ?

Pour Durand, apprendre consiste Ă  « Ă©laborer et Ă  rĂ©aliser une rĂ©ponse efficace et Ă©conomique pour atteindre un objectif prĂ©cis » (L’enfant et le sport, PUF, 1987).

Efficace : l’action permet d’atteindre le but recherchĂ©. Économique : le rĂ©sultat est obtenu grĂące Ă  une organisation progressivement plus adaptĂ©e.

Apprendre moteur = transformer progressivement ses possibilitĂ©s d’action pour atteindre plus efficacement un but dans une situation donnĂ©e.

3. Comment expliquer cette transformation ?

Les thĂ©ories de l’apprentissage reposent sur des conceptions diffĂ©rentes de l’élĂšve, de son activitĂ© et de sa relation Ă  l’environnement. Pour chaque approche, on retiendra la mĂȘme grille :

1. Quel élÚve apprend ?
2. Comment apprend-il ?
3. Comment qualifier l’enseignement ?
4. Quelles conditions externes l’enseignant amĂ©nage-t-il ?
Approche cognitiviste

L’élĂšve est : un processeur d’informations et constructeur de reprĂ©sentations.

Comment apprend-il ? PERCEVOIR → TRAITER → SE REPRÉSENTER → DÉCIDER → AGIR → FEEDBACK. Au fil de ses expĂ©riences, il amĂ©liore connaissances, reprĂ©sentations, principes d’action, rĂšgles de dĂ©cision et programmes moteurs (Schimdt, 1993).

À retenir : apprendre = construire et amĂ©liorer des reprĂ©sentations et connaissances permettant de mieux agir.

L’enseignement est : explicite et rĂ©gulateur.

AdĂ©, 2021 Ă  Apprendre consiste Ă  acquĂ©rir de l’information mais aussi Ă  optimiser son traitement, son stockage en mĂ©moire et sa rĂ©actualisation. Les connaissances sont organisĂ©es en regroupements de + en + larges permettant de stocker les informations non pas une par une mais dans des ensembles utilisables dans de multiples situations. Les mĂ©ta-procĂ©dures permettront alors au systĂšme cognitif Ă  la fois de crĂ©er des automatismes et d’ĂȘtre flexible. Cet apprentissage se fait Ă  chaque Ă©tape du traitement de l’info°, depuis la perception jusqu’à la production de la rĂ©ponse. Chaque expĂ©rience s’appuie sur ce qui est stockĂ© en mĂ©moire et, en retour, nourrit cette derniĂšre, ce qui donne au retour d’information (sur l’effet de l’action) un rĂŽle tout Ă  fait prĂ©pondĂ©rant.

Conditions externes : informations, consignes, dĂ©monstrations, critĂšres de rĂ©ussite, feedbacks, verbalisation, rĂšgles d’action de type « si
 alors
 ».

Logique : l’enseignant organise les informations → l’élĂšve construit des reprĂ©sentations plus pertinentes → son action se transforme.

 

Approche dynamique

L’élĂšve est : un systĂšme auto-organisĂ© et explorateur.

Comment apprend-il ? Selon Newell (1986), la coordination Ă©merge de l’interaction ORGANISME × TÂCHE × ENVIRONNEMENT. COORDINATION HABITUELLE → DÉSTABILISATION → EXPLORATION → ÉMERGENCE D’UNE NOUVELLE COORDINATION → STABILISATION.

À retenir : apprendre = faire Ă©merger puis stabiliser de nouvelles coordinations sous l’effet des contraintes.

L’enseignement est : orientĂ© par les contraintes et exploratoire.

Conditions externes : but, rÚgles, matériel, vitesse, cible, espace, distances, hauteurs, obstacles, zones et niveau de difficulté.

Logique : l’enseignant modifie les contraintes → la coordination habituelle devient moins adaptĂ©e → l’élĂšve explore → une nouvelle coordination peut Ă©merger.
Approche écologique

L’élĂšve est : un percepteur-acteur. PERCEPTION ↔ ACTION.

Gibson, J. J. (1979). The Ecological Approach to Visual Perception.

Comment apprend-il ? Il devient progressivement capable de dĂ©tecter les informations pertinentes de l’environnement et les affordances, c’est-Ă -dire les possibilitĂ©s d’action offertes par l’environnement relativement Ă  ses capacitĂ©s. L’apprentissage peut ĂȘtre pensĂ© comme une Ă©ducation de l’attention.

À retenir : apprendre = devenir capable de percevoir les informations pertinentes et les possibilitĂ©s d’action.

L’enseignement est : contextualisĂ© et attentionnel.

Conditions externes : milieu, reprĂ©sentativitĂ© de la situation, saillance des informations et orientation de l’attention.

Logique : l’enseignant amĂ©nage l’environnement → certaines informations deviennent plus disponibles → l’élĂšve apprend Ă  les dĂ©tecter → son couplage perception-action se transforme.
Approche énactive

Varela 1989

Saury, AdĂ©, Gal-Petitfaux, Huet, SĂšve & Trohel (2013), Actions, significations et apprentissages en EPS. Une approche centrĂ©e sur les cours d’expĂ©rience des Ă©lĂšves et des enseignants.

AdĂ© & TerrĂ© (dir., 2025), Le cours d’EPS, des expĂ©riences Ă  vivre : une approche Ă©nactive de l’intervention.

L’élĂšve est : un acteur autonome et interprĂšte. Il sĂ©lectionne ce qui fait sens pour lui en fonction de son histoire, ses actions, ses perceptions et ses intentions. On peut retenir le modĂšle HAPI : Histoires – Actions – Perceptions – Intentions.

Comment apprend-il ? Deux Ă©lĂšves placĂ©s dans le mĂȘme environnement peuvent ne pas vivre la mĂȘme situation. ACTEUR ↔ ENVIRONNEMENT → EXPÉRIENCE → CONSTRUCTION DE SIGNIFICATIONS → TRANSFORMATION DE L’ACTIVITÉ.

L’élĂšve apprend en situation, en se situant et Ă  se situer. Au fil de ses expĂ©riences, il construit aussi des expĂ©riences-types : EXPÉRIENCE → TYPICALISATION → EXPÉRIENCE-TYPE → RECONNAISSANCE → REMOBILISATION.

À retenir : apprendre = transformer progressivement les significations construites Ă  partir de ses expĂ©riences.

L’enseignement est : indirect et itĂ©ratif. INDIRECT : l’enseignant ne commande pas ce qui fera sens. ITÉRATIF : CONCEVOIR → OBSERVER → ENQUÊTER → AJUSTER → OBSERVER À NOUVEAU.

Les espaces d’actions encouragĂ©es — EAE

Un EAE est un environnement conçu afin de rendre certaines actions et expĂ©riences plus probables sans imposer complĂštement une rĂ©ponse. L’enseignant agit sur ESPACE – MATÉRIEL – RÈGLES – AUTRUI – CONSIGNES – ORGANISATION.

PACE (Dossier EPS 93)

P — Proscrire
Limiter certaines possibilitĂ©s pour en encourager d’autres.
A — Amplifier
Créer un effet loupe sur une perception, une sensation ou un effet.
C — Connecter
Créer des continuités et des « airs de déjà-vu » entre les expériences.
E — EnquĂȘter
Comprendre ce que vit rĂ©ellement l’élĂšve : action, perception, intention.
Approche socio-constructiviste

Vygotsky, pensée et langage, 1934

Doise & Mugny (1981), Le dĂ©veloppement social de l’intelligence

L’élĂšve est : un co-constructeur de connaissances. Autrui devient une ressource pour apprendre.

Comment apprend-il ? Il transforme ses connaissances en confrontant son point de vue Ă  celui des autres, en argumentant, expliquant et comparant.

À retenir : apprendre = construire ou transformer ses connaissances dans l’interaction avec autrui.

L’enseignement est : interactif et co-constructif.

Conditions externes : groupes, binĂŽmes, temps d’échange, questionnement, traces de l’activitĂ©, responsabilitĂ©s.

DĂ©bat d’idĂ©es : PRATIQUER → RECUEILLIR DES INFORMATIONS → ÉCHANGER → CONFRONTER → CO-CONSTRUIRE → REPRATIQUER. On ne fait pas parler les Ă©lĂšves pour parler : la parole doit transformer leur comprĂ©hension de l’action.

Apprentissage social, imitation-modélisation et co-repérage

Bandura (1986), Social Foundations of Thought and Action: A Social Cognitive Theory

Winnykamen (1990), Apprendre en imitant ?, PUF → rĂ©fĂ©rence majeure pour l’imitation-modĂ©lisation interactive (IMI).

Les neurones miroirs ont Ă©tĂ© mis en Ă©vidence Rizzolatti & al 1996 dans les annĂ©es 1990. Ils s’activent lorsqu’un individu rĂ©alise une action mais aussi lorsqu’il observe cette mĂȘme action rĂ©alisĂ©e par autrui. 

Le lien avec l’apprentissage moteur par observation est donc assez intuitif : lorsque l’élĂšve observe un modĂšle, certains rĂ©seaux impliquĂ©s dans l’action sont Ă©galement sollicitĂ©s. Cela peut faciliter la reprĂ©sentation de l’action, la comprĂ©hension du but du geste et sa prĂ©paration ultĂ©rieure.

L’élĂšve est : un observateur actif et modĂ©lisateur.

Comment apprend-il ? OBSERVER → CONSTRUIRE UN MODÈLE → ESSAYER → COMPARER → AJUSTER.

L’enseignement est : observationnel et interactif.

Conditions externes : choix du modÚle, démonstration explicitée, informations à observer, alternance observer/pratiquer, challenge optimal de modélisation.

Co-repĂ©rage (S.Delarche, 2015) : PRATIQUER ↔ OBSERVER ↔ ÉCHANGER ↔ REPRATIQUER. L’enseignant joue sur les binĂŽmes, rĂŽles, indicateurs, fiches et temps d’échange.

Synthùse des conceptions de l’apprentissage

Approche L’élĂšve est
 Comment apprend-il ? L’enseignement est
 Conditions externes
Cognitiviste Processeur d’informations / constructeur de reprĂ©sentations Construit connaissances et reprĂ©sentations Explicite et rĂ©gulateur Informations, consignes, feedbacks, dĂ©monstrations, verbalisation
Dynamique SystÚme auto-organisé / explorateur Fait émerger puis stabilise de nouvelles coordinations Orienté par les contraintes et exploratoire RÚgles, matériel, espace, difficulté, contraintes
Écologique Percepteur-acteur Perçoit informations et possibilitĂ©s d’action pertinentes ContextualisĂ© et attentionnel Milieu, informations perceptives, reprĂ©sentativitĂ©, attention
Énactive Acteur autonome / interprĂšte Transforme les significations construites Ă  partir de ses expĂ©riences Indirect et itĂ©ratif EAE, expĂ©riences Ă  vivre, PACE
Socio-constructiviste Co-constructeur Construit ses connaissances avec autrui Interactif et co-constructif Groupes, débats, verbalisation, confrontation
Imitation / co-repĂ©rage Observateur actif / modĂ©lisateur Utilise l’action d’autrui pour rĂ©guler la sienne Observationnel et interactif ModĂšles, dĂ©monstrations, binĂŽmes, indicateurs, co-repĂ©rage
PARTIE 2

Les techniques corporelles

1. Qu’est-ce qu’une technique corporelle ?

« La technique est un acte traditionnel efficace. »

M. Mauss, Les techniques du corps, 1936.

Une technique corporelle est une solution corporelle, inventée, utilisée ou découverte pour résoudre un problÚme posé ou une classe de problÚmes.

TECHNIQUE CORPORELLE ≠ seulement forme gestuelle. Elle est d’abord une maniĂšre corporelle efficace de rĂ©soudre un problĂšme.

2. Dépasser une conception techniciste

Une conception techniciste risque de rĂ©duire la technique Ă  ses caractĂ©ristiques visibles : MODÈLE TECHNIQUE → REPRODUCTION → RÉPÉTITION → CORRECTION → STABILISATION. Elle peut apporter des repĂšres utiles, mais ne suffit pas Ă  rendre compte de toute la complexitĂ© des techniques corporelles.

APPROCHE BIOMÉCANIQUE
Caractéristiques observables et mesurables : positions, trajectoires, déplacements, vitesses, accélérations, coordinations segmentaires.
APPROCHE ANTHROPOLOGIQUE
Ce que vit celui qui agit : intentions, perceptions, sensations, émotions, significations.

Comprendre une technique suppose donc de considérer à la fois ce que fait le corps et ce que vit celui qui agit.

3. Pourquoi enseigner des techniques corporelles ?

Selon SÚve et Gal-Petitfaux (2015), les techniques corporelles sont à la fois une fin et un moyen. Elles participent simultanément à une éducation DU corps et à une éducation PAR le corps.

ÉDUCATION DU CORPS
Enrichir aisance, adaptabilité motrice, capacités perceptives, décisionnelles, physiologiques et coordinations. Construire une disponibilité motrice permettant de réinvestir gainage, mise en tension-renvoi, coordinations segmentaires et ajustements perceptivo-moteurs.
ÉDUCATION PAR LE CORPS
Construire Ă  travers l’expĂ©rience corporelle des ressources plus larges : responsabilitĂ©s, connaissance de l’effort, relation Ă  l’environnement, accĂšs Ă  un mode de vie actif.

La finalitĂ© n’est donc pas seulement de reproduire une technique dans la situation prĂ©cise oĂč elle a Ă©tĂ© apprise. L’élĂšve doit pouvoir RECONNAÎTRE → RÉINVESTIR → ADAPTER.

4. Quelles techniques corporelles en EPS ?

Les techniques sportives occupent une place importante, mais elles ne sont pas les seules. On peut distinguer :

Techniques sportives
Agir efficacement dans les APSA sportives.
Techniques expressives et artistiques
Créer, communiquer, exprimer par le corps.
Techniques d’entretien
Entretenir, préserver ou développer son corps.
Techniques sécuritaires
S’engager corporellement en contrîlant les risques.
PARTIE 3

Articuler apprentissage moteur et techniques corporelles

APPRENTISSAGE MOTEUR
Comment l’élĂšve se transforme-t-il ?
TECHNIQUES CORPORELLES
Quelles solutions corporelles l’élĂšve construit-il et s’approprie-t-il ?

L’apprentissage moteur permet de comprendre les processus de transformation ; les techniques corporelles dĂ©signent une partie des solutions corporelles que l’élĂšve construit et s’approprie.

Selon la conception de l’apprentissage, les conditions externes varient : cognitivisme → informations et feedbacks ; dynamique → contraintes et exploration ; Ă©cologique → informations perceptives et milieu ; Ă©naction → expĂ©riences Ă  vivre, EAE et PACE ; socio-constructivisme → Ă©changes et confrontation ; apprentissage social → observation, imitation-modĂ©lisation et co-repĂ©rage.

La technique n’est donc pas une simple copie : l’élĂšve s’approprie une solution corporelle en fonction de ses ressources, son histoire, ses perceptions, ses intentions, les contraintes, l’environnement et autrui.
PARTIE 4

Apprendre des techniques d’entretien en CA5

En CA5, l’élĂšve ne doit pas seulement apprendre Ă  rĂ©aliser un exercice. Il doit progressivement apprendre Ă  percevoir les effets de son activitĂ© sur son propre corps afin de pouvoir rĂ©guler sa pratique.

1. Comment l’élĂšve apprend-il ?

Il construit des savoir-faire perceptifs : essoufflement, tensions musculaires, aisance respiratoire, fatigue, « soif d’air », localisation des sensations. Il apprend Ă  utiliser ces informations pour faire des choix dans sa pratique.

À retenir : apprendre une technique d’entretien = apprendre Ă  agir, mais Ă©galement Ă  sentir, interprĂ©ter et rĂ©guler son action Ă  partir de ce que l’on ressent.

2. Comment qualifier l’enseignement ?

L’enseignement est notamment indirect, rĂ©flexif et itĂ©ratif. L’enseignant ne ressent pas Ă  la place de l’élĂšve. Il organise des conditions lui permettant de PERCEVOIR → OBJECTIVER → COMPARER → INTERPRÉTER → RÉGULER.

Il peut faire croiser CE QUE JE RESSENS avec CE QUE JE MESURE / CE QUE MON ACTIVITÉ DONNE À VOIR.

3. Les échelles de ressentis

L’enseignant peut d’abord proposer une Ă©chelle de ressentis commune. Au fil des expĂ©riences rĂ©pĂ©tĂ©es, l’élĂšve peut progressivement construire une Ă©chelle esthĂ©siologique personnelle : un rĂ©pertoire de sensations de plus en plus fines susceptible de guider sa pratique (Schirrer & Paintendre, 2017).

ÉCHELLE PROPOSÉE PAR L’ENSEIGNANT → EXPÉRIENCES RÉPÉTÉES → AFFINEMENT DES RESSENTIS → REPÈRES PERSONNELS → RÉGULATION DE LA PRATIQUE

4. Croiser ce que l’élĂšve vit et ce qu’il donne Ă  voir

Ce que l’élĂšve vit : sensations, perceptions, difficultĂ© ressentie, focalisations attentionnelles. Ce que l’élĂšve donne Ă  voir : frĂ©quence cardiaque, mouvements corporels, paramĂštres Ă©nergĂ©tiques et biomĂ©caniques.

Paintendre (2024) propose quatre questions : quelles informations corporelles sont perçues ? lesquelles sont mesurĂ©es ? existe-t-il une congruence ou une incohĂ©rence ? pourquoi et quels ajustements effectuer ? Les Ă©carts deviennent alors des objets d’apprentissage.

5. Le partage des ressentis

Les Ă©lĂšves ne disposent pas toujours spontanĂ©ment des mots pour dĂ©crire leur expĂ©rience corporelle. Dans des espaces de dĂ©briefing, ils peuvent dĂ©crire, Ă©couter, comparer et enrichir leurs repĂšres. Cette logique peut contribuer Ă  constituer une « communautĂ© sensorielle ». L’expĂ©rience reste personnelle, mais les mots et perceptions d’autrui peuvent aider chacun Ă  mieux identifier les siennes.

PARTIE 5

Argumentations et illustrations pour l’Écrit 2

Approche Ă©nactive — Construire sa propre technique corporelle

Argumentation

Dans une approche Ă©nactive, apprendre une technique corporelle, entendue comme une solution corporelle efficace Ă  un problĂšme, ne consiste pas Ă  reproduire une forme gestuelle prĂ©dĂ©finie. L’élĂšve, acteur autonome et interprĂšte, construit progressivement sa propre technique Ă  partir de ce qui fait sens pour lui dans les expĂ©riences vĂ©cues, selon ses ressources, ses perceptions et ses intentions. L’enseignement est alors indirect et itĂ©ratif : l’enseignant amĂ©nage des conditions externes, notamment par des inducteurs, qui ouvrent et orientent le champ des possibles sans prescrire la rĂ©ponse. Ces inducteurs sollicitent chez l’élĂšve une activitĂ© d’exploration, d’interprĂ©tation et de sĂ©lection : il Ă©prouve diffĂ©rentes solutions corporelles, en perçoit les effets, transforme ses premiĂšres rĂ©ponses puis stabilise progressivement celles qui lui permettent d’agir efficacement.

Exemple — Arts du cirque

En arts du cirque, plutĂŽt que d’imposer une technique traditionnelle de jonglage Ă  reproduire, l’enseignant donne Ă  chaque Ă©lĂšve un seul objet et lui laisse d’abord un temps d’exploration afin qu’il mobilise son propre bagage moteur et produise ses premiĂšres solutions corporelles. Il introduit ensuite diffĂ©rents inducteurs : « fais voyager l’objet sans le lancer », « garde-le en Ă©quilibre », « utilise une partie du corps que tu n’avais pas encore utilisĂ©e ». Ces consignes ne prescrivent pas une technique prĂ©cise mais conduisent chaque Ă©lĂšve Ă  rĂ©interprĂ©ter et transformer ses premiĂšres rĂ©ponses, en explorant de nouvelles manipulations, trajectoires et coordinations. L’enseignant observe alors les rĂ©ponses produites et propose de nouveaux inducteurs pour poursuivre cette transformation : chaque Ă©lĂšve construit ainsi progressivement sa propre technique corporelle, singuliĂšre mais efficace au regard du problĂšme proposĂ©.

Approche socio-constructiviste — Co-repĂ©rage et technique corporelle

Argumentation

Dans une approche socio-constructiviste, apprendre une technique corporelle ne repose pas uniquement sur la rĂ©pĂ©tition individuelle, mais sur les transformations permises par les interactions avec autrui. L’élĂšve, co-constructeur de connaissances, observe les rĂ©ponses motrices de ses pairs, les analyse, les confronte Ă  ses propres façons d’agir puis rĂ©investit les repĂšres construits dans sa pratique. L’enseignement est alors interactif et co-constructif : par le co-repĂ©rage, l’enseignant organise des conditions externes qui sollicitent une activitĂ© d’observation, d’analyse, de verbalisation et de comparaison. Ces interactions permettent Ă  l’élĂšve de faire Ă©voluer ses reprĂ©sentations et ses rĂšgles d’action afin de construire progressivement une technique corporelle plus efficace et adaptĂ©e Ă  la situation.

Exemple — Basket-ball : co-repĂ©rage d’une technique dĂ©cisionnelle

En basket-ball, l’enseignant organise des groupes dans lesquels les Ă©lĂšves alternent les rĂŽles d’attaquant, dĂ©fenseur et observateur. Lors d’un 2 contre 2, les observateurs utilisent une fiche de co-repĂ©rage construite autour d’un indicateur qualitatif : « avance si le couloir de jeu est libre ; passe si un dĂ©fenseur est devant toi », avec plusieurs niveaux de maĂźtrise. L’élĂšve observateur repĂšre les choix de son camarade et les met en relation avec la configuration du jeu. À chaque rotation, il devient Ă  son tour pratiquant et peut rĂ©investir ce qu’il a observĂ© et discutĂ©. Le co-repĂ©rage induit donc une activitĂ© d’observation → comparaison → construction d’une rĂšgle d’action → rĂ©investissement, permettant progressivement de construire une technique corporelle dĂ©cisionnelle adaptĂ©e au rapport de force.

CA5 — Construire des repĂšres perceptifs pour rĂ©guler une technique d’entretien

Argumentation

En CA5, apprendre une technique d’entretien ne consiste pas seulement Ă  savoir exĂ©cuter un mouvement ou appliquer des paramĂštres d’entraĂźnement. L’élĂšve doit progressivement apprendre Ă  percevoir les effets de son activitĂ© sur son corps et utiliser ces informations pour rĂ©guler sa pratique. Il construit ainsi des savoir-faire perceptifs en mettant en relation ses sensations — essoufflement, fatigue musculaire, aisance respiratoire, « soif d’air » — avec des informations plus objectives comme la frĂ©quence cardiaque. L’enseignant amĂ©nage alors des conditions permettant Ă  l’élĂšve de percevoir → objectiver → comparer → interprĂ©ter → rĂ©guler. Les Ă©chelles de ressentis et les donnĂ©es mesurĂ©es deviennent ainsi des outils permettant de construire progressivement une Ă©chelle esthĂ©siologique personnelle, susceptible de guider la mise en Ɠuvre de sa technique d’entretien.

Exemple — Step : confronter ressenti, FC mesurĂ©e et FC cible

En Step, un Ă©lĂšve poursuit un projet d’entraĂźnement en endurance correspondant par exemple Ă  une FC cible situĂ©e autour de 80 % de sa FC maximale. AprĂšs plusieurs minutes de pratique, il indique sur son Ă©chelle de ressentis un effort presque maximal : respiration saccadĂ©e, manque d’air, forte difficultĂ© sur les derniĂšres rĂ©pĂ©titions. Pourtant, son cardiofrĂ©quencemĂštre indique seulement 65 % de sa FC maximale. L’élĂšve est alors confrontĂ© Ă  un Ă©cart entre ce qu’il vit, ce qu’il mesure et ce que son projet devrait produire. L’enseignant l’amĂšne Ă  identifier cet Ă©cart puis Ă  modifier un paramĂštre de sa technique d’entretien — hauteur du step, engagement des bras, amplitude ou orientation des dĂ©placements — afin de se rapprocher de sa zone cible. En rĂ©pĂ©tant ces confrontations, l’élĂšve apprend progressivement Ă  associer certaines sensations Ă  diffĂ©rents niveaux d’intensitĂ© et Ă  rĂ©guler lui-mĂȘme les paramĂštres de son entraĂźnement.

Nuance Ă©nactive — EnquĂȘter avant de rĂ©guler

Identifier un Ă©cart entre ressenti et donnĂ©es objectives ne suffit pas Ă  savoir pourquoi cet Ă©cart existe. Une frĂ©quence cardiaque infĂ©rieure Ă  la cible associĂ©e Ă  une forte difficultĂ© perçue peut avoir des significations diffĂ©rentes selon l’élĂšve. L’enseignant doit donc enquĂȘter sur l’expĂ©rience vĂ©cue avant de modifier les conditions de pratique. Il peut s’appuyer sur la triade ACTION — PERCEPTION — INTENTION : « Que faisais-tu ? », « Qu’est-ce que tu ressentais ou regardais ? », « Qu’est-ce que tu cherchais Ă  faire ? ».

Argumentation

Dans une approche Ă©nactive, l’enseignement des techniques d’entretien est indirect et itĂ©ratif. L’enseignant ne peut pas dĂ©duire uniquement de la frĂ©quence cardiaque ou du comportement visible ce que vit rĂ©ellement l’élĂšve. Il enquĂȘte sur ses actions, perceptions et intentions afin de comprendre les raisons de ses choix et de ses sensations. Cette enquĂȘte lui permet ensuite d’ajuster les conditions externes pour provoquer de nouvelles expĂ©riences corporelles. L’élĂšve peut alors comparer ces nouvelles sensations aux prĂ©cĂ©dentes et construire progressivement des repĂšres personnels lui permettant de choisir et rĂ©guler des paramĂštres d’entraĂźnement adaptĂ©s Ă  son projet.

Exemple — Step : comprendre l’écart avant de modifier le paramĂštre

Tom rĂ©alise une sĂ©quence de Step Ă  132 bpm dans un projet d’endurance. Il dĂ©crit une respiration saccadĂ©e, un manque d’air et un effort presque maximal, alors que sa frĂ©quence cardiaque reste autour de 65 % de sa FC maximale, loin de sa zone cible. PlutĂŽt que de conclure immĂ©diatement qu’il doit « travailler plus fort », l’enseignant enquĂȘte. Tom explique qu’il est surtout prĂ©occupĂ© par la complexitĂ© des pas et qu’il doit continuellement rĂ©flĂ©chir Ă  la chorĂ©graphie, notamment lorsqu’il combine les orientations autour du step et les mouvements de bras. La difficultĂ© ressentie est donc en partie liĂ©e Ă  une charge attentionnelle importante, et pas seulement Ă  l’intensitĂ© Ă©nergĂ©tique de l’effort. L’enseignant peut alors lui proposer de simplifier momentanĂ©ment les dĂ©placements et de jouer davantage sur un paramĂštre Ă©nergĂ©tique, par exemple la hauteur du step. Tom peut ainsi vivre une nouvelle expĂ©rience, davantage centrĂ©e sur les sensations produites par l’intensitĂ© de l’effort, puis confronter Ă  nouveau ressenti, FC mesurĂ©e et FC cible.

Logique : ÉCHELLE DE RESSENTIS + DONNÉES OBJECTIVES → REPÉRER UN ÉCART → ENQUÊTE ÉNACTIVE → COMPRENDRE CE QUE VIT L’ÉLÈVE → AJUSTER LES CONDITIONS EXTERNES → NOUVELLE EXPÉRIENCE → AFFINER LES REPÈRES PERCEPTIFS → RÉGULER PLUS AUTONOMEMENT SA TECHNIQUE D’ENTRETIEN.
Banque complĂ©mentaire — Approches et exemples

Approche anthropologique / énactive : typicalisation

Dans le cadre de l'approche anthropologique de l'enseignement des techniques corporelles (TC), l'apprentissage ne se rĂ©duit pas Ă  une explication cognitive des liens entre actions et rĂ©sultats, mais repose sur une personnalisation Ă©nactive de ces liens Ă  partir du vĂ©cu individuel. Les Ă©lĂšves, confrontĂ©s Ă  des situations uniques, dĂ©veloppent des actions-types en s'appuyant sur des expĂ©riences reprĂ©sentatives oĂč une action s'est rĂ©vĂ©lĂ©e efficace, associant ces actions Ă  des Ă©lĂ©ments marquants du contexte – sensations, Ă©motions et singularitĂ©s situationnelles. Cette dynamique s'aligne sur la thĂ©orie de la catĂ©gorisation des objets du monde naturel proposĂ©e par Rosch (1978), selon laquelle les catĂ©gories se forment Ă  partir d'expĂ©riences typiques et prototypiques (approche Ă©nactive) plutĂŽt que de rĂšgles logiques abstraites (approche cognitive). Par consĂ©quent, apprendre une TC consiste Ă  associer des actions efficaces Ă  des Ă©lĂ©ments saillants d'une situation, en se rĂ©fĂ©rant Ă  ces expĂ©riences reprĂ©sentatives qui favorisent une reconnaissance intuitive et analogique du contexte. Cette perspective anthropologique valorise l'adaptation personnelle et la dimension expĂ©rientielle, au-delĂ  d'une simple reproduction mĂ©canique d’une technique tirĂ©e du haut-niveau.

Exemple Basket-Ball : Pour prendre en compte la dimension subjective de l’expĂ©rience vĂ©cue et pour que la mise en mots de l’expĂ©rience permette Ă  tous d’acquĂ©rir et d’utiliser la technique corporelle de la feinte. Nous prenons alors la proposition de Moucher (Les apprentissages dĂ©cisionnels en sports collectifs, 2021). Il s’agit de donner aux Ă©lĂšves des « touches d’explication » pendant les matches, c’est-Ă -dire d’arrĂȘter le jeu Ă  des moments stratĂ©giques par rapport Ă  la technique corporelle visĂ©e et de le questionner immĂ©diatement sur son expĂ©rience pour l’aider Ă  typifier les moments favorables Ă  la feinte. Par exemple, dĂšs qu’un Ă©lĂšve fait une feinte rĂ©ussie, arrĂȘter le jeu et le questionner « pourquoi tu as feintĂ©, qu’est ce que tu as perçu et ressenti ? ». Cela permet Ă  chaque Ă©lĂšve, individuellement, de mettre en mots son expĂ©rience pour que chacun typifie ce qui fait sens pour eux (ex : j’ai vu les Ă©paules du dĂ©fenseur s’oriente vers la passe, alors j’ai feintĂ©) ; ce qui est alors favorable Ă  l’acquisition de techniques corporelles de communication et contre-communication.

Exemple en Sports de raquette : Faire annoncer « banco » Ă  un Ă©lĂšve en tennis de table avant de frapper la balle sur lequel il pense gagner le point, c’est l’aider Ă  construire les conditions favorables pour reconnaitre des configurations propices Ă  la rupture de l’échange. C’est aussi favoriser la reconnaissance et le souvenir de situations de jeu ou le « banco » Ă©tait gagnant. Les Ă©lĂšves construisent leur propre technique sportive et dĂ©cisionnelle de rupture de l’échange, car ils typicalisent des connaissances en faisant des liens entre des moments ou avoir annoncĂ© banco Ă©tait bĂ©nĂ©fique ou non.

Approche anthropologique / énactive : démarche proscriptive

Dans le cadre de l'approche anthropologique de l'enseignement des techniques corporelles (TC), l'apprentissage repose sur la construction personnelle de significations par l'apprenant. Chaque Ă©lĂšve fabrique en effet « une rĂ©alitĂ© » et vit « sa situation » Ă  travers ses interactions avec un environnement d'apprentissage dynamique et unique, oĂč apprendre Ă©quivaut Ă  interprĂ©ter et Ă  bĂątir des significations Ă  partir d'expĂ©riences vĂ©cues. Dans cette perspective, accompagner les Ă©lĂšves dans l'acquisition des TC implique de privilĂ©gier une dĂ©marche « proscriptive » (Saury, 2013), qui offre des possibilitĂ©s d'actions adaptĂ©es tout en limitant ou en dissuadant simultanĂ©ment d'autres actions inappropriĂ©es, ce qui favorise une adaptation personnalisĂ©e. Contrairement Ă  une approche prescriptive rigide qui impose des rĂšgles abstraites et des rĂ©pĂ©titions mĂ©caniques, cette dĂ©marche proscriptive s'inscrit dans l'anthropologique en encourageant les Ă©lĂšves Ă  dĂ©velopper des actions-types efficaces en associant ces actions Ă  des Ă©lĂ©ments marquants d'une situation – sensations, contextes Ă©motionnels et singularitĂ©s perceptives – en se rĂ©fĂ©rant Ă  des expĂ©riences reprĂ©sentatives et prototypiques (thĂ©orie de la catĂ©gorisation de Rosch, 1978). Ainsi, cette approche proscriptive valorise l'autonomie de l'apprenant dans un cadre balisĂ©, permettant une personnalisation Ă©nactive des techniques qui respecte la diversitĂ© des vĂ©cus et des perceptions individuelles.

Exemple en Sport collectif : la prescription « dribble interdit » peut placer le PB dans des conditions de passe obligatoire inadaptĂ©es au rapport de force (par exemple s’il n’est pas menacĂ© par un dĂ©fenseur direct). Dans ce cas, proscrire, consiste Ă  annoncer que tout PB touchĂ© par un adversaire entraine la perte collective du ballon.

Exemple en Natation de vitesse : l’enseignant proscrit en demandant aux Ă©lĂšves « Ă  chaque 25m, cherchez Ă  diminuer d’un cycle la frĂ©quence de nage de la longueur prĂ©cĂ©dente ». L’enseignant ouvre des possibilitĂ©s car il ne prescrit pas le moyen d’action en mettant l’élĂšve dans une activitĂ© d’exploration des possibilitĂ©s d’action, mais il limite ses choix en favorisant l’exploration de moyens d’action qui augmentent l’amplitude de nage et la crĂ©ation de glisse bras tendus vers l’avant. En crawl, cette situation amĂšne les Ă©lĂšves Ă  allonger les trajets propulsifs en allant chercher loin devant et pousser loin derriĂšre. Aussi, cela accentue la sensation de glisse lors de la phase d’appui.

Exemple en Escalade : l’enseignant proscrit en demandant aux Ă©lĂšves de rĂ©aliser 3 fois une mĂȘme voie en cherchant Ă  diminuer le nombre de prise main Ă  chaque essai. Cette situation incite Ă  saisir des opportunitĂ©s pour grimper le plus haut possible en reconnaissant des qualitĂ©s aux prises qu’ils choisissent pour aller le plus haut. D’un point de vue des acquisitions motrices, il en va d’une augmentation de l’amplitude du mouvement via une diminution de la traction du bras (conduite typique du dĂ©butant) et une augmentation de l’amplitude des appuis pĂ©destres possible via des placements inhabituels et de nouveaux dĂ©sĂ©quilibres.

Approche cognitiviste

Selon l’approche cognitiviste, le mouvement est pilotĂ© par une reprĂ©sentation mentale des Ă©tapes reliant les conditions initiales au but Ă  atteindre, appuyĂ©e par une connaissance des principes d’action et un programme moteur qui prescrit les commandes aux muscles. Ainsi, se reprĂ©senter la tĂąche, comprendre ses principes d’action, puis sĂ©lectionner et paramĂ©trer le programme moteur sont des Ă©tapes clĂ©s pour exĂ©cuter une action motrice de maniĂšre efficace (D. DeligniĂšres, 2004). Le retour d’information, en particulier sur l’effet de l’action, joue un rĂŽle prĂ©pondĂ©rant en permettant d’ajuster reprĂ©sentations et programmes moteurs (AdĂ©, 2021).

Exemple en Badminton : un Ă©lĂšve qui peine Ă  envoyer le volant au fond compare les effets de frappes sous la hanche et au-dessus de l’épaule, puis une frappe initialisĂ©e de face avec une frappe dĂ©butĂ©e de profil et terminĂ©e de face. La mĂ©thode comparative vise la comprĂ©hension d’un principe d’action et la construction d’une reprĂ©sentation pertinente de la tĂąche.

Exemple en Sports collectifs ou de raquette : des grilles de lecture tactique « si
 alors
 » permettent de construire des principes d’action et des repĂšres informationnels pouvant ĂȘtre rĂ©investis dans des situations types.

Approche socio-constructiviste

Dans une approche socio-constructiviste (Vygotski, PensĂ©e et langage, 1934), l’élĂšve apprend en co-construction avec autrui, particuliĂšrement lorsqu’il est confrontĂ© Ă  un point de vue diffĂ©rent du sien. Les conflits socio-cognitifs peuvent conduire l’élĂšve Ă  dĂ©centrer ses structures cognitives et Ă  construire de nouvelles connaissances. L’enseignant peut rĂ©unir les conditions d’une interdĂ©pendance positive et faire Ă©merger des controverses constructives par des dĂ©bats d’idĂ©es.

Exemple en Natation de vitesse : un relais thĂ©matisĂ© autour des surfaces propulsives permet aux Ă©lĂšves de confronter temps, nombre de coups de bras et ressentis sous diffĂ©rentes contraintes (mains en poings, mains ouvertes, sans matĂ©riel, plaquettes), puis de vĂ©rifier leurs hypothĂšses en rĂ©pĂ©tant l’expĂ©rience.

Conclusion générale

ENSEIGNER → amĂ©nager des conditions externes.

APPRENDRE → transformer ses possibilitĂ©s d’action.

S’APPROPRIER DES TECHNIQUES CORPORELLES → construire, transformer et stabiliser des solutions corporelles efficaces et adaptables.

ÉDUQUER → DU corps et PAR le corps.

ITEM 2Effort, bien-ĂȘtre et sensations
LE COURS DE L’ITEM 2 SERA AJOUTÉ ICI.
ITEM 3Corps, adolescence et enjeux du monde contemporain
LE COURS DE L’ITEM 3 SERA AJOUTÉ ICI.
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Cet espace sera progressivement enrichi avec de nouveaux cours, ressources méthodologiques, exemples et supports de travail tout au long de la formation.